De Vienne à Jérusalem

Anna Ticho, peintre hiérosolomytaine, a vécu à Vienne. Une exposition retrace l’atmosphère culturelle de l’époque.

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November 29, 2012 00:31
Croissant de la ville de Krumat

Anna. (photo credit: Musée d'Israël)

 
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Mystérieux jumelage. Gageons que peu de ceux qui se pressent devant cette impressionnante façade de Vienne, près de la Schewedenplatz, connaissent le lien entre ce vieux bâtiment et le musée-restaurant Beit Ticho, installé au sud de Jérusalem. Timna Seligman est de ceux qui savent. Elle est commissaire de l’exposition « La Vienne d’Anna », au Beit Anna Ticho, inaugurée le 25 octobre dernier et ouverte jusqu’en avril 2013.

La célèbre peintre a en effet passé plusieurs de ses années de jeunesse dans cet immeuble à Vienne, avant de monter à Jérusalem, avec sa famille.

Installée dans un café de la capitale autrichienne, devant de délicieuses viennoiseries et un café serré, Seligman évoque l’origine du projet.

« Je travaillais ici en 2008 sur l’exposition ‘Valie Export’, que j’ai montée au Beit Ticho en 2009. Je déambulais dans les rues et en ressentais l’atmosphère, la vibration. J’en suis venue à me demander comment c’était, il y a 100 ans, à l’époque de la Sécession viennoise (le mouvement d’Art nouveau qui a inclus des artistes tels que Gustav Klimt, Koloman Moser et Josef Hoffmann) et à réfléchir à la manière dont tout cela avait affecté Anna Ticho. Car elle a vécu ici, adolescente, de 1908 à 1912. Des années pendant lesquelles le Groupe Gustav Klimt a présenté le Kunstau, une exposition d’art à grande échelle. Elle s’est formée à l’art, ici à Vienne ».

C’est en 1909, à l’âge de 15 ans, qu’Anna Ticho se met à étudier le dessin.

Bouillon de culture 

« La Vienne d’Anna » fournit une image détaillée de l’environnement dans lequel la jeune femme vit, étudie et songe. Une centaine de dessins, peintures, meubles et objets de l’époque sont exposés. L’idée consiste à montrer la culture visuelle et matérielle dans laquelle la jeune fille a grandi. L’exposition contient également des oeuvres de Klimt, Egon Schiele, Hoffman, Moser et de l’ébéniste Michael Thonet.

On pourra admirer des verreries et des céramiques réalisées à Loetz, une manufacture du début du 20e siècle et à Zsolnay, où se fabriquent de la porcelaine et de la poterie en Hongrie. Les Wiener Werkstätte (les Ateliers de Vienne), une communauté d’artistes visuels fondée en 1903 au début de la Sécession, sont également un élément important dans la vie artistique durant l’adolescence de Ticho. Le travail de quelques-uns de ses membres est exposé.

Seligman a dû jouer les détectives pour retrouver le foyer viennois d’Anna. « Parmi ses papiers personnels aux archives du musée, se trouve une carte postale conservée par Anna alors qu’elle était jeune fille », explique la commissaire. « Elle collectionnait les cartes postes postales, et certaines lui ont été adressées depuis sa ville natale en Moravie à l’adresse : 21 Franz Josefs Kai. J’ai vérifié et il s’agissait de l’immeuble à Vienne.

C’était très agréable de retrouver le lieu exact ». Le foyer viennois de la peintre est bien situé. « La Schewedenplatz est proche du Quartier juif et elle fait face au Danube », continue Seligman. « Autant d’éléments que nous avons conservés pour l’exposition à Jérusalem ».

Et de noter une jolie symétrie entre les dates. « L’idée du projet est née en 2008 et a vu le jour en 2012. Anna a vécu en Autriche de 1908 à 1912. J’apprécie cette résonnance entre les deux périodes et entre les deux villes : Vienne et Jérusalem ».

Une idée de l’époque 

Sans surprise, Ticho n’est pas exactement enchantée par les nouveaux paysages, si différents, qui l’entourent à son arrivée en Terre sainte. Elle suspend son activité artistique pour quelques années. Montée en même temps que son cousin, Avraham Albert Ticho, un ophtalmologue réputé, elle l’épouse quelques années plus tard. En 1924, le couple achète une maison entourée de jardins au clan des Nashashibi. Une demeure qui fera à la fois office de foyer et de clinique.

Anna assiste son mari jusqu’en 1960, date de la mort de celui-ci.

Après une longue pause, la jeune femme « Nous voulions que les visiteurs aient une idée de l’époque dont Anna a été le témoin, de ce qui a pu l’influencer. » retourne finalement à ses pinceaux. Dans les années 1930, elle peint certains de ses tableaux les plus saisissants des collines de Jérusalem et de la population locale.

Des croquis et des aquarelles aujourd’hui exposés dans le monde entier.

L’exposition se propose avant tout de brosser l’atmosphère d’une époque, le « zeitgeist » viennois. « Nous voulions que les visiteurs aient une idée de l’époque dont Anna a été le témoin, de ce qui a pu l’influencer. C’est assez éclectique. Nous ne voulions pas reconstruire la maison de son adolescence, bien que certains objets apparaissent dans le projet final. Il s’agissait davantage de montrer ce qu’elle a pu voir en allant dans les musées et les galeries durant son adolescence ».

La jeune fille a la main sûre et développe rapidement son propre coup de crayon.

« Certains de ses travaux d’étudiante, exposés pour l’occasion, font preuve d’une grande maîtrise pour son jeune âge. Ses lignes, son usage du fusain, des ombres et des volumes sont impressionnants. Elle était déjà experte en technique. Des qualités que l’on peut attribuer à sa formation académique, bien qu’elle ait cherché à la contourner à ce moment-là ».

L’influence de ses contemporains ne s’est donc fait ressentir que plus tard. « Ses travaux des années 1900 ne sont pas typiques de la période fin de siècle. Cela arrive bien après, dans les années 1950. Tout d’un coup, ses nus révèlent l’influence de Schiele, et leur positionnement dans l’espace fait penser à Klimt. C’est presque comme si dans ses années adolescentes, la vitalité de l’époque ne transparaissait pas dans ses travaux. Il a fallu du temps pour que cette influence décante et pour qu’Anna devienne une artiste confirmée. A partir de là, Vienne se retrouve dans ses toiles »

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