L’autre guerre

Son but : mettre à mal le terrorisme. Ses moyens : juridiques. Son nom : Nitsana Darshan-Leitner. Explications.

By SARAH HERSHENSON
October 23, 2012 14:26
L'autre guerre

2410JFR16 521. (photo credit: Reuters)

 
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Elle est la fondatrice et la directrice de Shourat Hadin (littéralement “la ligne de justice”), une association qui s’emploie à mener la vie dure aux organisations terroristes et aux pays qui les soutiennent. Mais Nitsana Darshan-Leitner, gracieuse, élégante à la coupe de cheveux sportive adoucie par des boucles brunes, est pourtant loin de ressembler à un membre de la brigade de la lutte antiterroriste.

Pourtant, sa poignée de main ferme, ses yeux calmes et alertes et sa présence ne trompent pas : on a affaire à une professionnelle.

“La force armée n’est pas le seul moyen de combattre le terrorisme”, affirme-t-elle. “Il faut penser d’une manière plus créative et moins conventionnelle.”

C’est ce que le groupe d’avocats de Shourat Hadin appelle : la guerre de la justice. Basée sur une législation relativement nouvelle, cette guerre contre le terrorisme est internationale. Darshan-Leitner souligne le rôle des Etats-Unis, pionniers dans ce domaine : les citoyens américains victimes d’attaques terroristes, ou dont les proches ont été tués dans des attentats, ont le pouvoir de riposter grâce à des lois votées par le Congrès.

Darshan-Leitner explique : si les pays, “liés par des traités, des accords et des alliances” ne peuvent pas mener des actions en justice, “les citoyens, eux, ne sont pas limités.”

C’est dans les années 1990 alors qu’elle terminait ses études de droit à Bar-Ilan que Nitsana Darshan-Leitner découvre ces méthodes légales pour combattre le terrorisme “Je travaillais bénévolement comme stagiaire et je participais à l’élaboration d’un dossier au nom des victimes de l’attaque de l’Achille Lauro, survenue en 1985.

Quatre membres de l’OLP avaient attaqué un bateau de croisière italien, pris en otage les passagers et demandé la libération de prisonniers palestiniens en Israël. Le président égyptien de l’époque Hosni Moubarak avait persuadé les terroristes de se rendre. Avant de le faire, ils s’en sont pris à un passager juif américain, âgé de 69 ans, Léon Klinghoffer, en chaise roulante. Ils l’ont abattu puis jeté par-dessus bord.”

“Certains des terroristes ont été envoyés en Tunisie, d’autres ont été mis en prison puis libérés sur parole, ou encore ont simplement disparu. La famille Klinghoffer a poursuivi l’OLP et réclamé des millions de dollars de compensation. Mais comme, à l’époque, l’OLP n’avait pas de représentation aux Etats-Unis, leur plainte a été rejetée.”

“Néanmoins, mobilisé par cette poursuite, le Congrès américain s’est décidé à traduire son insatisfaction et sa détermination à lutter contre le terrorisme par des lois donnant aux individus aux Etats-Unis et dans tous les autres pays le droit de poursuivre les Etats et organisations soutenant le terrorisme et commettant des crimes contre l’humanité.”

Justice contre le terrorisme 

Darshan-Leitner s’est intéressée à ces actions en justice et particulièrement à un groupe, Southern Poverty Law Center (Centre juridique pour le sud défavorisé - association américaine reconnue pour ses travaux de surveillance sur l’extrême droite et les associations prônant la haine aux Etats-Unis - ndlr) en Alabama, dont les avocats remportaient des jugements contre des organisations terroristes comme le Klu Klux Klan, des groupes néonazis et de skinheads. Le centre est alors devenu un des leaders dans la législation contre le terrorisme. Darshan-Leitner, avide d’apprendre, a étudié de près leurs méthodes : “Je me suis dit que si leur stratégie réussissait aux Etats-Unis, nous pouvions faire la même chose ici, contre le terrorisme au Moyen-Orient.” Elle s’est associée à d’autres avocats qui avaient les mêmes préoccupations et après avoir remporté plusieurs procès, ils ont été inondés de coups de téléphone de victimes voulant demander justice.

Mais déposer plainte avec constitution de parties civiles et mener des actions en justice pour dommages, blessures et perte de vie coûte cher : Darshan-Leitner avait besoin d’une organisation pour lutter et rendre justice aux victimes.

En 2003, elle a donc créé Shourat Hadin, association à but non lucratif, soutenue par des donateurs et un réseau mondial de bienfaiteurs. Le but : lutter contre le terrorisme perpétré contre les Juifs et contre Israël dans le monde entier. Le 30 mai 2012, une cérémonie marquait le 40e anniversaire du massacre de l’aéroport de Lod (aujourd’hui aéroport international Ben Gourion). Un hommage avait été rendu aux victimes. C’était aussi l’occasion de souligner la victoire remportée en 2010 par leurs familles, Darshan-Leitner et Shourat Hadin.

Procès après procès 

Rappelons les faits : le 30 mai 1972, un vol d’Air France en provenance de Rome atterrit en Israël. Trois passagers japonais récupèrent leurs bagages dont ils sortent des mitraillettes et des grenades. Ils massacrent vingt-six personnes et en blessent soixante-douze - voyageurs, membres du personnel de l’aéroport, passagers du vol d’Air France, passagers d’un vol El Al et même à travers des portes vitrées, amis et familles qui attendent les arrivées.

Les terroristes sont japonais, membres de l’armée rouge japonaise nord-coréenne, et ils opèrent pour le compte du FPLP.

Parmi les victimes : huit Israéliens, un Canadien et dixsept pèlerins catholiques portoricains. Comme ces derniers sont citoyens américains, Darshan Leitner et Shourat Hadin ont pu, en 2008, entreprendre une poursuite civile contre la Corée du Nord devant la cour fédérale des Etats-Unis. Invoquant la loi contre les actes terroristes votée par le Congrès américain, qui permet à tout citoyen américain de poursuivre en justice un Etat ou une organisation terroriste pour un attentat commis dans n’importe quel endroit du monde, ils prouvent que la Corée du Nord a soutenu et entraîné les auteurs de l’attentat.

Darshan-Leitner réclame une compensation financière pour les familles des victimes - des millions de dollars - et elle gagne. La cour reconnaît que le gouvernement nord-coréen criminel est responsable des actes perpétrés par le groupe terroriste. De plus, par une loi passée en 1996 au Congrès américain, qui révoque l’immunité pour les régimes désignés comme “des Etats sponsors du terrorisme”, ils prouvent l’implication de la Corée du Nord. Et la cour juge que les victimes ou les membres des familles des victimes sont dans leur droit de mener une action légale contre cet Etat pour son rôle joué dans le massacre perpétré à l’aéroport de Lod.

En juin 2010, Darshan-Leitner et Shourat Hadin gagnent le procès : une décision historique est prise. La cour condamne la Corée du Nord à verser 378 millions de dommages et intérêts pour les familles des victimes portoricaines.

“Nous devons montrer au monde que verser du sang juif et du sang d’amis d’Israël ne reste pas impuni”, affirme Darshan-Leitner. “Notre but est de mettre en faillite les Etats et les organisations soutenant le terrorisme.

Et nous le faisons, procès après procès.”

Pour le bien de la société 

Darshan-Leitener ne se voit pas comme un “superhéros”.

Elle ne se rappelle pas avoir grandi avec une telle ambition, hormis ses valeurs sionistes et une volonté de rendre la société meilleure, transmises par ses parents.

Cette année, en 2012, lors des cérémonies de Yom Yeroushalaïm, le “Jour de Jérusalem”, elle reçoit le prestigieux prix de Jérusalem pour le sionisme, offert par la fondation Moskowitz. Le comité souligne “son dévouement et son investissement jour après jour pour préserver l’honneur de l’Etat d’Israël et son action pour traîner en justice ceux qui lui veulent du mal”. Pour Darshan- Leitner, ce prix récompense aussi sa famille qui lui apporte un soutien constant.

Elle est née en Israël. Ses parents ont immigré d’Iran en Israël au début des années 1950 dans le cadre du programme de l’Aliyat Hanoar (aliya des jeunes). Ils se sont rencontrés et mariés dans un des maabarot, ces camps pour nouveaux immigrants, avant de déménager à Petah Tikva. “Et c’est là où je suis née, où j’ai grandi, et plus tard où je me suis mariée”, raconte, souriante, Darshan-Leitner. “Sans grand idéal, ni but précis, j’étais influencée par mes parents et voulais, comme mon frère et mes deux soeurs, choisir une profession qui rende la société meilleure. Après le lycée, j’ai accompli le Sherout Leoumi (service national civil à la place du service militaire) au Maguen David Adom. Je voulais, à l’époque, devenir médecin.”

Elle se dit alors : “Les heures de travail d’un docteur sont trop nombreuses pour une femme qui veut se marier et élever une famille. Je vais plutôt étudier le droit et être avocate.” Elle sourit aujourd’hui en ajoutant : “Je ne savais alors rien sur le nombre d’heures que cela suppose.

En tout cas, c’est aussi une profession pour le bien de la société.”

Des crimes contre l’humanité 

Mariée à un avocat, elle est la mère de six enfants (dont trois triplés en bas âge et un aîné bar-mitsva). “Un parent doit tout mener de front : l’école, les devoirs, les préparations d’examens, le bain et les histoires avant de dormir. La vie peut être dingue mais nous essayons de faire de notre maison un endroit confortable où il fait bon vivre et d’où se dégage une atmosphère de bonheur et d’amour.”

“Quand je suis dans le pays, je me fais un point d’honneur à être impliquée avec mes enfants. Mon plus grand soutien vient de mon mari, mes parents et mes soeurs.

J’apprécie le fait d’avoir une nourrice à plein-temps, mais je sais que quand je suis absente, le véritable amour vient de ma famille. A la maison, j’essaie de donner à mes enfants 100 % de mon attention. Dieu merci, ils se débrouillent bien, ils réussissent dans tous les domaines.

Plus ils grandissent, plus ils comprennent que je travaille dur et que ce travail est important. De mon côté, je leur montre qu’à mes yeux et j’espère dans mes actions, ma famille est la plus importante et reste la première de mes priorités”.

Bien sûr, ce n’est pas tous les jours facile, car Darshan- Leitner doit voyager fréquemment. Shourat Hadin mène des actions en justice dans le monde entier et compte aujourd’hui des bureaux à New York, au Canada et bientôt en Australie. Un réseau international d’avocats bénévoles s’est formé, dont Darshan-Leitner souligne l’importance car, dit-elle, “malheureusement, les attaques contre les Juifs ne sont pas rares, le terrorisme et les tentatives de délégitimisation de l’Etat d’Israël arrivent constamment dans le monde.”

Lorsqu’ils portent un cas en justice, il n’y a pas de place ni pour le doute, ni pour les hésitations, explique Darshan-Leitner. Shourat Hadin doit déterminer et prouver deux points essentiels : par qui a été menée l’action terroriste et quel est le régime ou l’organisation terroriste à l’origine du soutien financier.

“Nous devons vaincre les terroristes en cour de justice.

Notre stratégie doit être bien planifiée avec une équipe d’experts pour établir le cas de manière claire et professionnelle.

Notre défi est le suivant : la législation sur le terrorisme est très compliquée et c’est un nouveau domaine de la loi. Notre rôle est de convaincre la cour que les actes de terreur sont des crimes contre l’humanité et qu’en tant que tels, ils doivent être poursuivis et jugés.”

Bloquer les comptes 

Mais le travail ne s’arrête pas là, Après avoir gagné un procès, l’étape suivante consiste à collecter les fonds pour les victimes. Si les terroristes et les Etats terroristes perdent en cour, ils ne veulent bien entendu pas dédommager les victimes. Shourat Hadin utilise alors le système légal pour s’attaquer aux biens financiers. L’association bloque les comptes, stoppe les transferts et met les scellés sur les fonds.

“Nous avons une équipe qui recherche les biens des terroristes ou de ceux qui les soutiennent aux Etats-Unis et dans le monde”, note Darshan-Leitner. “Il peut s’agir de comptes en banque, de bateaux, avions, propriétés et entreprises. Nous sommes persévérants et travaillons jusqu’à l’obtention de l’argent, c’est une mission physique et mentale”.

Si on en juge par les résultats, Shourat Hadin fait bien son travail : dans un temps relativement court, l’association a gagné et récolté plus de 120 millions de dollars pour les victimes et leurs familles.

En juin 2011, elle s’est même essayée à la lutte préventive et a réussi son coup : bloquer légalement une flottille venant de Grèce, Turquie, France, Irlande et Chypre et qui s’apprêtait à naviguer en direction de Gaza. Le tristement célèbre Mavi Marmara, premier bâtiment du genre, qui avait pris la mer un an plus tôt, avait donné lieu à une confrontation armée avec Israël.

Tsahal avait été contrainte d’user de la force contre les passagers armés et le bilan avait été lourd : 9 morts et une condamnation internationale pour Israël.

Les organisateurs de la seconde flottille espéraient faire pire. Pour éviter cela, Shourat Hadin a mis au point un “plan de bataille”. Ses membres ont travaillé avec le Renseignement maritime, Tsahal et le bureau du Premier ministre pour lancer une attaque légale en trois temps.

Premièrement, avertir les compagnies d’assurance en Europe et en Turquie qu’elles seront légalement tenues responsables d’avoir aidé une organisation terroriste.

Deuxièmement, prévenir la compagnie de communication par satellite que si elle fournit des services à la flottille, elle devra faire face à une action légale. Enfin, monter un dossier pour violation de l’acte de neutralité devant une cour fédérale de New York et notifier au gouvernement grec que son propre acte de neutralité interdit aux bateaux de naviguer vers des ports illégaux (dont Gaza).

Un passager inscrit à bord s’était plaint de voir son voyage menacé par un centre de justice israélien de droite. “Il a raison !”, s’exclame Darshan-Leitner, “et nous le ferons encore. Nous croyons que la dissuasion par une action légale suivie d’une condamnation empêchera l’arrivée d’autres flottilles. Notre but est de nous battre légalement sur tous les fronts, au nom de l’Etat d’Israël et des Juifs dans le monde. Et la seule façon de le faire, c’est de tordre le coup au terrorisme et de rendre coup pour coup.




Victoire pour l’exemple 

Le 16 mai dernier, la famille de Daniel Wultz a gagné son procès contre des terroristes, devant une cour américaine du district de Colombia. Car les lois antiterroristes permettent à des citoyens américains de poursuivre en justice des Etats souverains qui soutiennent les actes de terreur.

Rappel des faits. Le 17 avril 2006, Daniel Wultz, 16 ans, et son père, Yekoutiel, mangent dans un restaurant de Tel- Aviv quand un terroriste du Djihad islamique fait exploser une bombe. Il tue 11 personnes et en blessent 60 autres.

Daniel, gravement atteint, meurt le 14 mai 2006 au terme de terribles souffrances. Son père, lui, est atteint de blessures physiques et psychologiques graves.

Représentée par Robert Tolchin, avocat à New York et par Darshan-Leitner, avocate à Tel-Aviv, la famille accuse et prouve que les gouvernements syrien et iranien, désignés par les Etats-Unis comme des Etats qui soutiennent le terrorisme, ont fourni au Djihad islamique le support matériel et les ressources nécessaires pour mener une attaque meurtrière.

Plus précisément, selon le Dr Patrick Clawson, expert dans le financement iranien du terrorisme, le Régime des Mollahs avait fourni un soutien financier annuel qui s’élevait autour de 300 à 500 millions de dollars.

Des experts témoignent que les terroristes s’étaient entraînés dans des camps syriens où ils avaient reçu un soutien logistique, financier et technique.

L’Iran et la Syrie seront condamnés à verser à la famille de Daniel Wultz la somme de 332 millions de dollars. C’est le juge Royce C. Lamberth qui rend le verdict final et déclare : “si un Etat choisit d’utiliser le terrorisme comme outil politique, comme le font l’Iran et la Syrie, il renonce à son immunité souveraine et mérite une condamnation sans fioritures. Des actes barbares comme cet attentat suicide du 17 avril 2006 n’ont pas leur place dans une société civilisée et représentent une dépravation morale sans limites.”

Pour Darshan-Leitner, il existe de bonnes chances que la famille de la victime obtienne une indemnisation par le biais des actifs syriens gelés détenus par les Etats-Unis.  
Site de Shourat Hadin : http://www.israellawcenter.org/ 

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