Le temps d’une danse

Rina Schenfeld, fondatrice phare de la compagnie de danse Israélienne Batsheva, se produit cet été avec un nouveau spectacle dédié à la danseuse et chorégraphe Pina Bausch. L’occasion de rendre hommage à l’amitié d’une vie.

By SASKIA BECAUD
June 25, 2014 10:24
3 minute read.
Rina Schenfeld sur scène

Rina Schenfeld sur scène. (photo credit: GADI DAGON)

Dans les années soixante, Rina Schenfeld, venue rejoindre les bancs de la célèbre école Julliard de New York, croise le chemin de Pina Bausch, jeune danseuse allemande. Un lien unique se noue alors entre Rina et Pina, deux femmes aux destins exceptionnels. Les danseuses partagent un amour inconditionnel de la danse, et conservent une relation privilégiée au fil du temps.

« Notre amitié était presque mystique », confie Rina Schenfeld, avec émotion. Rina ne cache pas l’admiration qu’elle porte à l’égard de Pina. « Elle était exceptionnelle. C’était un véritable génie », poursuit-elle.

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Pina Bausch décède en 2009 d’un cancer foudroyant. Elle aura été un véritable précurseur dans l’univers de la danse contemporaine. Héroïne de Fellini dans Café Muller, Pina Bausch impressionne et rayonne à travers le monde. L’artiste chorégraphe se défait des règles et codes qui régissent la danse. Elle donne un souffle nouveau à la discipline, en la libérant de ses rigidités. « La danse doit être considérée comme un champ de possibles et d’opportunités ; il ne devrait pas y avoir de contraintes dans la chorégraphie ni dans la création artistique en général », affirme Rina Schenfeld.

La chorégraphe israélienne considère Pina Bausch comme sa « sœur spirituelle ». Elle n’a de cesse d’évoquer le « destin », un thème qui lui est cher. Elle s’étonne encore de l’incroyable chance qui l’a menée à rencontrer Pina Bausch. Rina Schenfeld évoque leur troublante ressemblance : « Nous avions les mêmes traits de visage ; nos prénoms étaient à peu de chose près identiques ».

Un opéra d’un genre nouveau

Enfant, Rina flâne dans les rues de Tel-Aviv, sa ville natale. La jeune Pina, quant à elle, grandit à Solingen, dans l’Allemagne d’après-guerre des années 1940. Jeunes danseuses, elles se dirigent vers la danse contemporaine. Plus tard, elles partagent une même sensibilité pour la Shoah, qu’elles abordent dans leur travail. « Pina a toujours souffert d’un grand complexe. Elle se sentait coupable d’être allemande. Coupable pour ce qui s’était passé », affirme Rina Schenfeld. Lors d’une visite de Pina Bausch en Israël, les deux femmes se découvrent des racines communes. Pina apprend avec surprise qu’elle est juive. La nouvelle, tardive, est un véritable choc.

Pina et Rina appartiennent à une même génération, mais empruntent des chemins artistiques différents. Aux Etats-Unis, Pina Bausch, réalise des spectacles grandioses. « Son travail était spectaculaire, mais ne manquait ni de matière ni de profondeur », note Rina avec enthousiasme. « Ma danse occupe moins d’espace que celle de Rina. Elle est aussi moins théâtrale ». Rina Schenfeld quitte les Etats-Unis et accepte la proposition de la baronne Bat Sheva de Rothschild de fonder une compagnie de danse en Israël. Elle possède aujourd’hui sa propre école de danse, et continue de se produire sur les scènes du monde entier.



La vie et le travail de Rina sont inévitablement marqués par la présence de Pina Bausch. C’est tout naturellement que l’artiste israélienne souhaitait lui rendre un hommage, célébrer leur art et leur amitié. « Dans une scène de Café Muller, Pina prononce ces mots: “Souvenez-vous de moi”. C'est ce que j'entends réaliser avec ce spectacle Notes à Pina Bausch : faire perdurer sa mémoire », confie Rina Schenfeld.

Sur scène, quatre femmes et quatre langages se mêlent. Une chorégraphie s’organise entre poésie, sculpture, mouvements et vidéos. Rina Schenfeld ne sait comment définir son spectacle, qui combine avec subtilité ces différentes formes d’art. « Il s’agit sûrement d’un opéra. Un opéra d’un genre nouveau », suggère-t-elle. Le temps de la représentation, Rina et Pina sont à nouveau réunies. Les deux femmes, respectivement sur scène et sur écran vidéo, offrent un duo de danse bouleversant.
Rina Schenfeld n’entend pas donner à sa danse un sens défini. « Je ne prêche pas de message. En tant qu’artiste, je ne peux pas dicter au public une grille de lecture ». La curiosité est clé. « ll faut vivre la danse, sans chercher à l’analyser », conclut-elle. Elle affirme vouloir procurer aux spectateurs une sensation unique de liberté.

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