Un film excellent, un choc mémoriel

L’opus est sorti en salle le mercredi 30 avril. Mais bien avant d’envahir les écrans, le film d’Alexandre Arcady : « 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi », faisait déjà couler beaucoup d’encre

By BERNARD MUSICANT
May 7, 2014 13:44
4 minute read.
P22 X JFR 150

Affiche du film 24 Jours. (photo credit: DR)

 Rappel des faits. Le vendredi 20 janvier 2006, Ilan Halimi sort voir une jolie fille qui l’a abordé dans sa boutique de téléphones du boulevard Voltaire à Paris. Il sera enlevé et séquestré 24 jours durant, dans une cité à Bagneux, torturé, privé de nourriture pendant quinze jours par le Gang des Barbares sous l’emprise de Youssouf Fofana.
 Le 13 février 2006, ses tortionnaires l’aspergent d’eau de Javel et de produits inflammables avant de le libérer nu, en pleine forêt. Il sera retrouvé agonisant, le corps brulé à 80 % et décèdera pendant son transfert à l’hôpital. Un crime raciste par excellence : Ilan Halimi est mort parce que Juif.
La Police retrouvera ensuite rapidement les coupables, grâce aux remords tardifs d’une jeune femme qui a servi d’appât. Fofana, le chef Barbare, sera arrêté et extradé de Côte d’Ivoire où il passait du bon temps.
Le film est tiré du récit de la mère d’Ilan, Ruth Halimi, aidée par Emilie Freche : « 24 jours, la vérité sur l’affaire Ilan Halimi ». Et, une fois n’est pas coutume, Alexandre Arcady a voulu placer ce film sous l’angle des victimes, trop rarement repris par le cinéma Français.
 Si le réalisateur a réussi à monter son film, il le doit uniquement à lui-même. Et certainement pas aux télévisions françaises qui ont préféré ne pas s’associer à l’action, alors qu’elles avaient pourtant coproduit ses 15 films précédents. L’action courageuse d’Arcady, sa verve à défendre Israël et à lutter contre l’antisémitisme et l’antisionisme, ne sont donc pas du goût des télés du pays des Droits de l’Homme. Pour preuve, l’incident qui s’est déroulé samedi 26 avril sur France 2, dans l’émission de Laurent Ruquier, «On n’est pas couché», où le chroniqueur Aymeric Caron s’en est pris au réalisateur, mettant sur le même plan l’assassinat barbare d’Ilan Halimi et les terroristes palestiniens.

Un déni collectif

 Lors de la dernière projection-presse, le 29 avril, au Drugstore Publicis, c’est une salle émue, souvent en larmes, qui a applaudi debout, pendant près de 15 minutes, Arcady et son équipe, pour la qualité de son travail de mémoire. Car on ne sort pas indemne de ce film, on espère à chaque instant qu’Ilan Halimi sera sauvé, même si on connaît la terrible agonie subie.
 Le récit cinématographique se déroule comme un thriller percutant, proche du documentaire. Les acteurs jouent juste, Zabou et Pascal Elbé, mère et père d’Halimi, se serrent les coudes pour sauver leur fils, malgré un divorce prononcé 20 ans auparavant. Jacques  Gamblin, commissaire de police, et Sylvie Testud, psychologue-négociatrice, sont parfaits. Aucun doute pour eux : malgré les évidences, il s’agit d’un enlèvement crapuleux. Ni les mails, appels à la famille ou à un rabbin parlant de « Feuj », de « solidarité de la communauté juive », ni les sourates du Coran, les 600 appels téléphoniques, ou la rançon oscillant entre 450 000 et 500 000 euros ne les détourneront de leur certitude. Seule Ruth Halimi et un inspecteur noteront que toutes leurs tentatives d’enlèvement concernaient uniquement des Juifs : « Un Juif a été kidnappé ». Pas un Français, un homme, non un Juif.
 Cette affaire Ilan Halimi survenait quelques mois après l’affabulation d’une jeune femme dans le RER D. Les pouvoirs publics, les dirigeants de la communauté, avaient alors crié à l’antisémitisme, avant que la baudruche ne se dégonfle. Elle arrivait aussi quelques semaines après des émeutes de banlieue qui avaient traumatisé la République Française. Il ne fallait pas désespérer le 93 (prononcer neuf/trois), et surtout éviter de brandir trop tôt le spectre d’un acte antisémite. 400 policiers étaient en permanence sur l’enquête, aucun ne voulait croire à autre chose qu’une affaire crapuleuse.

N’allez pas cracher sur sa tombe

 La honte est arrivée aussi lors de l’investigation. Il aura fallu des jours avant que le caractère antisémite ne soit pris en compte dans l’instruction à charge du Gang des Barbares. Fofana a été condamné à perpétuité avec une période de 22 ans de sûreté. Il sortira de prison dans une vingtaine d’années.
Ruth Halimi ne voulait pas que les Barbares aillent cracher sur la tombe de son fils à leur libération. Elle n’a pas laissé la tombe de son fils à Bagneux, dans le carré Juif. Le corps d’Ilan a été transporté en Israël. Elle n’a pas non plus souhaité voir le film. Cette mère courageuse avait déclaré : « Je voudrais que la mort d’Ilan serve à donner l’alerte ». Il faut souhaiter que ce film républicain soit largement diffusé et commenté, en dehors de la communauté juive, pour servir à l’éducation contre la haine raciste et antisémite.
 Pour l’anecdote, on peut se rappeler qu’une scène du film a été tournée au Palais de Justice de Paris, alors que Dieudonné passait ce jour-là en jugement.
Ilan signifie «arbre» en hébreu. Symboliquement, la Mairie de Paris a nommé un jardin du XIIe arrondissement à son nom, près de son domicile.
 Depuis la tragédie, la communauté juive de France, qui n’est pas exempte d’agressions, pleure aussi les sanguinaires assassinats de Jonathan Sandler et ses deux enfants, et de la fillette Monsonégo, perpétrés à Toulouse par Mohamed Merah, indigne émule de Fofana. 

 



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