Promesses chimériques

L’idée de créer une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient demeure une utopie

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February 3, 2015 13:16
Les installations nucléaires israéliennes dans le désert du Néguev aux abords de Dimona

Les installations nucléaires israéliennes dans le désert du Néguev aux abords de Dimona. (photo credit: REUTERS)

Pas de quoi retenir son souffle ! Le Moyen-Orient n’est pas sur le point de devenir une zone exempte d’armes de destruction massive (ADM). En fait, l’idée même d’organiser une conférence régionale pour discuter de la création d’une zone exempte d’ADM au Moyen-Orient n’est pas près de se concrétiser.

Israël a accepté, en septembre 2014, une nouvelle série de discussions informelles au sujet d’une conférence régionale, mais la Ligue arabe, ses Etats membres et l’Iran n’ont pas daigné répondre. Et le temps est compté. La date limite est fixée à avril 2015, lorsque la conférence d’examen du Traité de non-prolifération (TNP) doit se réunir à New York. La vérité est que personne ne se berce d’illusions. Les chances de progrès concrets étaient très minces dès le départ.

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Pourtant le fait que, sous le voile du secret, cinq séries de pourparlers informels ont eu lieu depuis octobre 2013 entre Israël, l’Iran et les pays arabes est en soi une performance miraculeuse.

L’ambiguïté israélienne


Afin de comprendre ce processus, il faut revenir à 1970. Cette année-là, le traité de non-prolifération, signé deux ans plus tôt, a été ratifié et est entré en vigueur. A ce stade, on soupçonnait déjà Israël de posséder des armes nucléaires et d’être le sixième pays à avoir, officieusement, rejoint le prestigieux club nucléaire. Selon des rapports étrangers, Israël a construit sa première bombe nucléaire, non testée, au printemps 1967, quelques semaines avant le déclenchement de la guerre des Six Jours.

Depuis le début des années soixante, sous les présidences de John Kennedy et Lyndon Johnson, les Etats-Unis ont fait pression sur les gouvernements israéliens successifs pour qu’ils rejoignent et ratifient le TNP. Au départ, Israël donne l’impression de vouloir céder, mais au bout du compte, tout comme l’Inde et le Pakistan, Jérusalem refuse.

Au lieu de cela, Israël promet aux Etats-Unis qu’il « ne sera pas le premier Etat à introduire des armes nucléaires au Moyen-Orient ». Cette déclaration est devenue la ligne politique officielle israélienne connue sous le nom d’« ambiguïté ». En d’autres termes, Israël ne nie ni ne confirme qu’il possède des armes nucléaires ; pourtant le reste du monde, dans sa vaste majorité, et ses voisins du Moyen-Orient en particulier, agissent comme si tel était le cas.

L’Inde et le Pakistan, pour leur part, confirment posséder des armes nucléaires et les avoir testées.
Quant à la signification du terme « ambiguïté », différentes interprétations sont proposées. Pour certains, la promesse signifie qu’Israël ne sera pas le premier pays de la région à armer son arsenal nucléaire et à le rendre « opérationnel ». Pour d’autres, l’explication est qu’Israël a promis de ne pas être le premier pays du Moyen-Orient à tester la bombe.
La vérité est que le Traité de non-prolifération est une entité étrange, qui a introduit le monopole et l’inégalité. Il a de fait donné naissance à trois catégories.

La première est celle des puissances du monopole – les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU – les Etats-Unis, l’Union soviétique (aujourd’hui la Russie), le Royaume-Uni, la France et la Chine, autorisés à détenir, à mener des recherches et développer des armes nucléaires et légalement reconnus comme tels. Ce qui est interdit au reste du monde.

Mais en réalité, il existe une deuxième catégorie de pays, qui soit n’ont pas adhéré au TNP – Israël, l’Inde et le Pakistan – soit l’ont quitté, comme la Corée du Nord, et sont connus pour posséder des armes nucléaires.

Enfin, il existe une troisième catégorie d’Etats, qui, malgré leur appartenance et allégeance au TNP, ont essayé sournoisement de fabriquer des armes nucléaires – l’Afrique du Sud, l’Irak, la Libye, la Syrie et l’Iran.

Dénucléariser Israël

Après la ratification du TNP, on espérait voir les puissances nucléaires tomber d’accord pour réduire ou, mieux encore, démanteler leurs arsenaux nucléaires. Ainsi il a été décidé que le TNP serait en vigueur pour 25 ans, avec la conviction qu’il serait revu et corrigé en conséquence d’ici là. Mais cela n’a pas été le cas et ne le sera probablement jamais. Quel pays serait prêt à renoncer à son monopole et à son pouvoir ?

Ainsi, depuis 1995, tous les cinq ans, quatre conférences de révision ont eu lieu et la cinquième est prévue pour le printemps 2015.

Lors des quatre conférences précédentes, les Etats arabes, l’Egypte en tête, ont exigé l’établissement d’une zone dénucléarisée au Moyen-Orient. En tant qu’unique puissance nucléaire supposée dans la région, Israël est pratiquement le seul pays visé par cette demande, dont le but est, de toute évidence, de démanteler son arsenal nucléaire. Comme il n’a pas adhéré au TNP, l’Etat hébreu ne participe pas à ces conférences de révision, mais est tout à fait au courant de ce qui se passe à huis clos.

Avec le soutien actif des Etats-Unis et d’autres pays occidentaux, la demande arabe a été rejetée à chaque fois, entre 1995 et 2010. Mais lors de la dernière conférence il y a cinq ans, les Etats-Unis ont modifié leur position. Ils ont appuyé l’idée d’engager les pays du Moyen-Orient dans un dialogue informel sur la tenue éventuelle d’une conférence régionale.

Pour satisfaire l’argument israélien qui soutient ne pas être membre du TNP, la décision appelle les acteurs du Moyen-Orient à s’engager dans des négociations sur la création d’une zone exempte non seulement d’armes nucléaires, mais aussi d’armes chimiques et biologiques, autrement dit débarrassée d’armes de destruction massive.

Pourparlers informels


La Finlande a été désignée pour faciliter les négociations, supposées aboutir à la tenue d’une conférence à Helsinki avant la cinquième Conférence de révision du printemps 2015. La tâche a été confiée à Jaakko Laajava, un diplomate finlandais chevronné. Son objectif déclaré était, selon ses dires, « de poursuivre les discussions sur l’ordre du jour et les modalités de la conférence d’Helsinki ». Il lui a fallu plus de trois ans de persuasion pour tirer toutes les ficelles et enclencher la consultation.

En octobre 2013, le premier événement presque historique, a eu lieu à Glion, une retraite au bord du lac Léman à une centaine de kilomètres au Nord-Est de Genève. Etaient présents des représentants subalternes de 12 pays arabes ainsi que des observateurs russes, britanniques et américains. La deuxième réunion était la plus importante. Les diplomates de 17 pays arabes dont l’Arabie Saoudite et la Syrie, ainsi qu’un délégué iranien, y ont participé.

La délégation israélienne comprenait des fonctionnaires subalternes de la Commission de l’énergie atomique d’Israël et du Conseil de sécurité nationale, sous la férule de l’ambassadeur Jeremy Issacharoff, directeur général adjoint pour les affaires stratégiques du ministère des Affaires étrangères.

Les cinq réunions qui ont eu lieu entre octobre 2013 et juillet 2014 ont été menées en toute franchise, mais ont donné lieu également à quelques scènes cocasses. Avant la quatrième réunion, Issacharoff remarque la présence de deux gardes en uniforme de l’ONU, devant un drapeau de l’ONU. Il refuse alors d’entamer les débats jusqu’à ce que les gardes sortent et que l’on enlève le drapeau de l’ONU. La raison de l’ultimatum israélien tient à sa perception quant à la nature des pourparlers : informels, directs – entre les parties régionales et non sous parrainage international.

Un écart infranchissable

Mondanités et coups d’éclat mis à part, si l’on s’en réfère au contenu, l’écart entre les deux parties – Israël d’une part et le reste du Moyen-Orient de l’autre – est resté le même et semble infranchissable.

Pour Israël, avant toute négociation sérieuse quant à la création d’une zone exempte d’armes de destruction massive au Moyen-Orient, certaines conditions et réalités sur le terrain doivent être mises en place.

Israël doit être reconnu par tous les Etats, y compris l’Iran, et des traités de paix avec des arrangements de sécurité fiables doivent être signés. Alors seulement les négociations pourront avancer pour discuter du démantèlement de toutes les armes de destruction massive ainsi que des missiles, qui servent de moyens de livraison de ces armes, par tous les pays de la région.

La position arabe est complètement différente. Indépendamment des circonstances, prétendent les Etats arabes, Israël doit, comme condition préalable, se débarrasser de ses armes nucléaires. La paix dans la région n’est envisageable, selon eux, que si Israël accepte de se retirer de la Cisjordanie, de démanteler les implantations juives de Judée-Samarie et de négocier avec les Palestiniens. Alors seulement le reste du monde arabe se dit prêt à accepter de reconnaître et de faire la paix avec l’Etat hébreu.

Mais même si un tel miracle se produit, il reste peu probable de voir l’Iran emboîter le pas de la Ligue arabe.

Il est impossible de concilier ces deux positions antagonistes. L’éventualité d’une rencontre entre les deux parties, dans les prochaines semaines, pour une cinquième conférence semble donc plus qu’improbable. La Finlande ne sera certainement pas en mesure de tenir le sommet souhaité dans sa capitale en avril.

Ce qui nous reste, c’est un Moyen-Orient chaotique, déchiré par de violents conflits sectaires et tribaux, dévoré par les guerres civiles en Syrie, en Libye, au Yémen et en Irak. Et parallèlement un effort louable, quoiqu’utopique, de créer un Moyen-Orient idéal exempt d’armes de destruction massive.

Yossi Melman est un commentateur expert de la sécurité israélienne.


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