Tel-Aviv : le premier maire ouvertement gay du Moyen-Orient ?

S’il est élu, Nitzan Horowitz sera fier de représenter la communauté gay de Tel-Aviv. Mais son ordre du jour est plus large.

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October 15, 2013 16:18
Nitzan Horowitz : "La magie de Tel-Aviv repose sur sa vivacité, sa vie vibrante".

P12 JFR 370 . (photo credit: Marc Israel Sellem)

 
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Compte tenu de la nature conservatrice des voisins d’Israël, l’homosexualité n’y est que très rarement abordée. Ainsi, Nitzan Horowitz, député Meretz, n’est pas seulement le parlementaire ouvertement homosexuel d’Israël, il est aussi celui du Moyen-Orient (même s’il a été précédé dans ce rôle par Ouzi Even, sorti du placard en 2002).

Au terme de quatre années de bons et loyaux services à la Knesset, Horowitz a jeté son dévolu sur la mairie de Tel-Aviv. S’il devait l’emporter contre l’édile sortant, Ron Houldaï, il deviendrait ainsi le premier maire ouvertement gay de la Ville blanche. Non pas que ce statut potentiel soit sa principale motivation. Horowitz affiche de grandes ambitions pour la cité : améliorer ses infrastructures de transport, s’atteler au problème des migrants africains dans les quartiers sud et revoir le prix des logements.

« Et dire que je pourrais être à la plage », dit-il, essuyant la sueur de son front depuis son bureau de la place Rabin, clairsemée en cette chaude journée d’été. Au lieu de cela, il essaye de jongler avec ses fonctions de député de l’opposition, la préparation d’une rencontre avec des supporters locaux, l’organisation de son équipe de campagne et la réflexion sur ses propositions politiques.

Houldaï ne sera pas facile à battre. En fonction depuis 15 ans, il a supervisé une période de relative prospérité de la ville. En 2008, il avait battu haut la main son challenger du parti Hadash, Dov Henin, qui avec un tiers seulement des voix, avait dû revenir à la Knesset.

Pourtant, Horowitz, 48 ans, est optimiste. Pour avoir présidé la commission parlementaire sur les travailleurs étrangers et le lobby pour le logement social, il apporte dans ses bagages une certaine expertise. Cet ancien correspondant à l’étranger pour Haaretz puise son inspiration pour améliorer Tel-Aviv de son temps passé entre Paris et Washington. A son ordre du jour : un réseau de bus rapides, des permis de travail pour les migrants africains, et la volonté de limiter les mandats des maires. Entretien.


Qu’est-ce qui vous a décidé à concourir pour la mairie ?
Le besoin de changement. Après 15 ans sous l’égide du maire actuel, Tel-Aviv a besoin de sang neuf. Et depuis que j’y vis, j’ai appris à aimer cette ville, j’y suis actif et j’estime avoir beaucoup d’expérience sur les questions pertinentes. C’est le bon moment et la bonne opportunité.

Certaines choses essentielles, fondamentales, doivent être améliorées. Tout d’abord, en matière d’éducation. Tel-Aviv possède l’un des taux les plus élevés d’enfants par classe en Israël, avec des salles de cours de près de 40 élèves, des jardins d’enfants surchargés, car la ville ne construit pas suffisamment de salles de classe pour les écoles maternelles. C’est un gros problème pour les parents.

Un autre point épineux est celui du logement. Le prix de l’immobilier, qu’il s’agisse de biens à vendre ou à louer, est exorbitant, inaccessible pour beaucoup. Quant aux transports en commun, ils sont inexistants à Tel-Aviv, ce qui entraîne circulation intense, pollution, accidents de la route et tout ce qui va de pair.

Houldaï a fait un travail incroyable pour la communauté LGBT (lesbienne, gay, bisexuelle et transsexuelle). Grâce à lui, Tel-Aviv est devenue une destination gay internationalement reconnue. Cela ne risque-t-il pas de vous priver d’un bloc de votants qui aurait dû vous être naturellement acquis ?
Je ne veux pas me contenter d’être le maire de la communauté gay, je serai le maire de tous. Même si, bien sûr, je vais représenter la communauté homosexuelle pour devenir le premier maire ouvertement gay du Moyen-Orient – si tant est que cela ait un sens.

Mais là n’est pas le principal problème. Les homosexuels sont aussi affectés par les prix du logement, la faiblesse des transports et de l’éducation, la mauvaise situation dans le sud de la ville. Ils ne s’intéressent pas seulement aux budgets alloués par la municipalité pour créer des événements gays. Ce sont des citoyens comme les autres, qui payent leur loyer et leurs taxes et envoient leurs enfants à l’école.

Quant à Houldaï, il a entamé son mandat avec une attitude très hostile envers les homosexuels. Par la suite, il a changé, et c’est une bonne chose, mais il y a encore beaucoup à faire pour les organisations LGBT.

Qu’auriez-vous fait différemment de Houldaï, si vous aviez été maire tout ce temps ? Nous pouvons tous voir ce qu’il a fait ces 15 dernières années. Ce que je ferai différemment, c’est de changer les priorités de la ville, en matière de budget.

Tel-Aviv est une des villes d’Israël qui investit le moins dans l’éducation : 17 % de son budget, contre 34 % pour Ashdod ou 36 % pour Rishon Letsion. C’est une question de priorité. Je voudrais débloquer plus d’argent pour l’éducation.

Comment voulez-vous résoudre le problème du transport à Tel-Aviv, à la fois pour les résidents et les milliers d’Israéliens qui s’y rendent chaque jour ?
Tout d’abord, nous avons besoin d’un solide système de transports publics. Actuellement, les bus se retrouvent au coude-à-coude avec les véhicules privés sur les mêmes voies, bloqués dans les mêmes embouteillages. Il n’y a aucun avantage à prendre les transports publics.

Je proposerai un nouveau système : le bus à haut niveau de service (BHNS). Il a été mis en œuvre dans plus de 150 villes à travers le monde, comme Los Angeles ou Istanbul. Il s’agira principalement d’un réseau de véhicules électriques qui auront leurs propres voies réservées. Un système rapide et efficace, doté des mêmes avantages que le métro, mais pour un coût et une durée de mise en service beaucoup plus faibles, car il n’y a pas à construire de tunnels souterrains. Trois ans seulement seront nécessaires pour mettre en place cinq ou six lignes qui sillonneront Tel-Aviv.

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n quoi est-ce différent des voies de bus et de taxis qui existent déjà dans certaines parties de la ville ?
Mettre de la peinture jaune au sol ne signifie pas que vous avez un couloir de transport en commun : c’est juste peindre la route. Je parle d’un système plus élaboré, qui inclut des voies avec accès exclusif ; des véhicules spéciaux propres, rapides et silencieux ; des rampes d’accès spéciales ; des stations où les utilisateurs peuvent entrer et sortir au même niveau ; une fréquence de passage très efficace ; une couverture parfaite de la ville. Rien à voir avec les tentatives boiteuses de ces dernières années.

Pour ce faire, je voudrais coopérer avec le ministère des Transports. Une partie du problème, c’est qu’un conflit de longue date oppose le maire actuel et la direction de la ville, avec le gouvernement. Conséquence : tout est bloqué. Rien n’avance. Même le tramway est retardé. Il sera peut-être achevé en 2020, mais ils n’ont même pas commencé à creuser les tunnels.

Les citadins devraient être en mesure de se déplacer dans le centre-ville sans voiture. Si nous continuons sur la lancée actuelle, la circulation finira par devenir complètement statique presque toute la journée. Aujourd’hui déjà, l’autoroute Ayalon n’est qu’un embouteillage géant, et les choses ne font qu’empirer.

Quid de vos projets de rénovation urbaine ? Comment voulez-vous moderniser les zones défavorisées de la ville ? Le logement est la clé de voûte pour la rénovation urbaine. Selon un mythe mis en avant par le gouvernement et le maire actuel, rien ne peut être fait en ce qui concerne le « libre marché ». C’est un mensonge. Le gouvernement et la ville ont de très bons outils efficaces en matière de planification et de budget afin de réguler le marché du logement.

La ville peut planifier de nouveaux projets de logement en proposant toute une variété d’appartements – grands ou petits, bâtiments bas ou tours, pour célibataires, jeunes familles ou personnes âgées. A Tel-Aviv, la plupart des terrains appartiennent soit à la ville, soit à l’Etat, de sorte que la municipalité peut entreprendre des constructions, sans avoir besoin de passer par des entrepreneurs qui vendent ensuite les biens à des prix exorbitants. Cela se fait à Paris, à Londres et partout dans le monde. Mais jusqu’à présent, ici, la ville a refusé.

Je suis pour un changement radical. Tel-Aviv a besoin d’habitants comme vous et moi, pas seulement de millionnaires. Pour cela, il faut créer une variété de solutions. Le marché est devenu fou – ce n’est plus un marché libre, c’est un marché sauvage, c’est la jungle, et trop de gens restent sur le carreau en raison de ces prix déments. Avec une politique du logement saine, nous pourrons alors sérieusement parler de rénovation urbaine.

La magie de Tel-Aviv repose sur sa vivacité, sa vie vibrante. Si vous faites partir tous les groupes qui ne peuvent se permettre d’y vivre, elle perdra son caractère urbain. Je ne suis pas en faveur de communautés fermées. La ville doit être ouverte à tous, et pour cela nous devons donc intervenir et réglementer le marché du logement. C’est pourquoi je propose une approche plus sociale, progressive.

Qu’en est-il des migrants qui vivent dans le sud de Tel-Aviv ? Quelles sont vos priorités en ce qui concerne cette population ? La plupart d’entre eux ne peuvent pas rester dans le sud de Tel-Aviv qui ne dispose d’aucune infrastructure pour faire face à la situation. Ce qui se passe là-bas est extrêmement grave. Le gouvernement les a parqués, sous-évalués et leur a tourné le dos.

La seule solution viable à ce problème est de leur confier les emplois du pays actuellement occupés par les travailleurs migrants originaires de Thaïlande, du Népal ou du Sri Lanka. Israël continue de faire venir un très grand nombre de travailleurs de toute l’Asie : 27 000 sont affectés à des tâches agricoles simples. Ce que je propose, c’est d’arrêter l’importation irresponsable de travailleurs de partout dans le monde, pour délivrer des visas de travail aux ressortissants africains qui quitteront alors le sud de Tel-Aviv pour un emploi, ce qui permettra aux locaux de renouer avec un sentiment de sécurité.

Ces réfugiés, ces demandeurs d’asile, pourraient ainsi travailler sous protection temporaire, subvenir à leurs besoins au lieu de voler – pas besoin d’être un expert pour comprendre que quelqu’un qui a faim va voler pour manger – et vivre dans une dignité humaine fondamentale. Il s’agit d’êtres humains, et nous devrions les traiter avec dignité.

Autre problème : le commerce illégal du sexe en Israël. Les rues sont inondées de cartes de visite publicitaires de femmes qui proposent leurs services. Que proposez-vous de faire à ce sujet ?
C’est du ressort de la police. Je ne comprends pas ce phénomène, il y a un numéro de téléphone imprimé sur les cartes. Pourquoi les policiers ne téléphonent-ils pas pour les identifier et les traduire en justice ? Peut-être n’est-ce pas sur leur liste de priorités. Mais c’est un phénomène grave. Derrière ces cartes, il y a des femmes et des jeunes filles exploitées sexuellement, cela doit s’arrêter.

En Israël, ce n’est pas comme aux Etats-Unis. Le maire n’est pas le shérif responsable de la police, mais je pense que la ville devrait mettre davantage l’accent pour combattre les abus sexuels, la discrimination et le commerce illégal.

Que pensez-vous des efforts de la police pour lutter contre les kiosques de drogue légalisée dans la ville ?
Quelque chose est-il entrepris pour cela ? Je n’ai pas vu beaucoup d’actions contre eux. C’est pourtant de la responsabilité de la ville parce que ces endroits, je parie, n’ont pas de permis. Je suis sûr qu’ils fonctionnent illégalement. Alors je me demande pourquoi la municipalité est-elle réticente à les coincer ? Il s’agit de substances dangereuses, de médicaments piratés et autres. Ce n’est pas un commerce que nous devons encourager, et si des éléments criminels se cachent derrière ce trafic, les autorités devraient prendre des mesures répressives.

Elles ont les moyens et le pouvoir de le faire. La municipalité est riche et puissante. Si elle veut agir, elle le peut. Dans le cas contraire, ce n’est pas par manque de pouvoir, mais par choix.

Nombre des questions qui concernent Tel-Aviv sont décidées au niveau national. Ne seriez-vous pas, en un sens, plus utile à la Knesset qu’à l’hôtel de ville ?
Le maire de Tel-Aviv a du poids et de l’influence au-delà des limites de sa municipalité. Il s’agit d’une position nationale. Ceux qui ont voté pour moi en tant que parlementaire ne vont rien « perdre », même s’ils ne sont pas citoyens de cette ville, car être maire me permettra de poursuivre les réformes et autres projets de loi que j’ai promus et proposés lors de mon mandat à la Knesset.

En tant que maire, vous avez un contrôle plus direct sur les budgets et les pouvoirs administratifs. En tant que député, vous agissez surtout sur la législation et le débat public. Les deux sont importants. C’est mon deuxième mandat en tant que parlementaire. J’ai soumis des dizaines de projets de loi qui sont devenus lois, j’en suis heureux, mais maintenant j’aspire à faire la même chose ici. Pour moi, c’est une continuation.

Je crois que mon expérience, à la fois à la Knesset et au gouvernement, m’aidera dans mes fonctions de maire car tout converge pour le bien de notre petit pays. Tel-Aviv n’est pas un Etat en soi, c’est une ville importante au sein de l’Etat d’Israël. En tant que maire, il est essentiel de travailler en coordination avec le gouvernement, que vous parliez d’éducation, de transport, de logement, de crimes – tout. Beaucoup de points dépendent à la fois du gouvernement et de la ville, d’autres uniquement du gouvernement, l’expérience de l’exécutif est donc utile.

Vous êtes le candidat Meretz. Vous pensez avoir plus de moyens d’actions en tant que maire qu’en siégeant dans l’opposition ?
Nul doute que faire partie du gouvernement vous confère de l’influence. C’est pourquoi j’essaye de me faire élire à un poste exécutif, pour être capable de mettre en œuvre ma vision pour le peuple. Etre dans l’opposition est bien sûr important, et Meretz joue un rôle clé, mais je tiens à faire un pas en avant.

Autre chose que vous pensez important que les gens sachent ?
En général, 15 années de mandat, c’est suffisant. Les Américains ont raison de limiter à deux les mandats présidentiels. Si c’est valable pour le président américain, c’est valable pour nous, pour les ministres, Premiers ministres, et également pour les maires.

Je pense qu’il est bon de changer après un temps si long, parce que vous avez besoin d’air frais, d’une nouvelle ambiance, d’une nouvelle vision, de nouvelles personnes. Ce n’est pas sain pour un système d’être confiné dans la même position autant d’années. Personnellement, je serais en faveur d’une limitation des mandats à deux. Si le gouvernement devait soumettre un tel projet de loi, je le soutiendrais.





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