Violente attaque de la part d’un ancien subordonné. L’ex-directeur du Shin Bet (Agence israélienne de sécurité), Youval Diskin, s’en est pris à Binyamin Netanyahou et à Ehoud Barak, vendredi 25 avril. Selon lui, le Premier ministre et le ministre de la Défense mentent quant à l’efficacité d’une frappe israélienne sur l’Iran. Et il va même plus loin, leur prêtant des impulsions “messianiques”. “On présente au public une fausse image et c’est ce qui me dérange”, a asséné Diskin en petit comité, à Kfar Saba. “Netanyahou et Barak donnent le sentiment que si Israël n’agit pas, l’Iran se dotera de l’arme nucléaire. La première partie de la phrase possède en apparence un élément de vérité. Mais dans la seconde, ils prennent le public pour, pardonnez-moi l’expression, “des imbéciles” ou des profanes... Ils font croire que si Israël agit, alors le programme nucléaire n’existera pas. Et ceci est la partie incorrecte de la phrase”, a déclaré Diskin. Et de citer “de nombreux experts” stipulant que l’attaque militaire israélienne sur les sites nucléaires de l’Iran se traduirait par une accélération du programme iranien. “Ce qu’aujourd’hui les Iraniens préfèrent faire lentement et calmement, ils le feront... rapidement et en moins de temps, après une attaque aérienne”, a-t-il poursuivi. Diskin devient ainsi le deuxième personnage le plus éminent pour la Défense à questionner publiquement la nécessité d’une frappe militaire israélienne, se joignant à l’ancien chef du Mossad, Meir Dagan. Lequel a déjà décrit une telle proposition, en ces temps qui courent, comme relevant d’une idée téméraire et insensé. Mais, l’ancien chef des renseignements est allé plus loin que Dagan en indiquant vendredi : “Mon principal problème sur cette question, c’est que je n’ai pas foi en la direction actuelle de l’Etat d’Israël, qui va nous conduire à un événement aussi grand qu’une guerre avec l’Iran ou qu’une guerre régionale. Je ne crois pas au Premier ministre ou au ministre de la Défense. Je ne crois vraiment pas en des dirigeants qui prennent des décisions basées sur des sentiments messianiques”. Diskin a alors sorti de sa poche un texte contenant une citation biblique du Prophète Zacharie, traitant des caractéristiques du Messie. Levant les yeux, il a demandé au public : “Est-ce ainsi que vous voyez nos deux messies ? L’un venant d’Akirov (résidence de luxe à Tel-Aviv, où vit Barak) et l’autre de Césarée (où Netanyahou a une maison de vacances). Est-ce que ces deux-là sont vraiment des messies ?”. Et de continuer sur sa lancée : “Je vous le dis, je les ai vus de près, et ils ne sont pas des messies. Ce sont des gens en qui je n’ai pas confiance pour diriger Israël lors d’un événement d’une telle ampleur”. Vers la fin de son intervention, Diskin a déclaré ne pas croire qu’une attaque sur l’Iran était, par définition, une “décision illégitime”. Il a ajouté : “Je suis juste très préoccupé car ce n’est pas eux que j’aimerais voir aux commandes à l’aube de ce genre de manoeuvres”. La question palestinienne Diskin a pris la tête du Shin Bet en 2005. En 2009, Netanyahou avait demandé que son mandat soit prolongé. Puis Diskin a démissionné en 2011, avant d’être remplacé par Yoram Cohen. Dans son discours, il a également blâmé le gouvernement de Netanyahou pour l’impasse actuelle dans laquelle se trouve le processus de paix avec l’Autorité palestinienne. “Laissez tomber toutes les histoires que nous vendent les médias. Je vous le dis : nous ne parlons pas aux Palestiniens parce que ce gouvernement ne le veut pas. J’étais là il y a encore un an, je connais ce dossier de près”. Diskin a en outre accusé le gouvernement de n’avoir “aucun intérêt à résoudre quoi que ce soit avec les Palestiniens. “Le gouvernement sait que s’il fait le plus petit pas dans cette direction, sa base du pouvoir actuel et la forte coalition vont s’écrouler. C’est aussi simple que cela”. Il a ajouté qu’il ne défendait pas les Palestiniens et indiqué qu’Abbas “avait fait des erreurs, mais que cela était moins important aujourd’hui”. “En tant que peuple, nous avons un intérêt à faire la paix, le gouvernement, lui, n’en a pas”, a-t-il lancé. Plus tôt, il avait déclaré que l’idée de parvenir à un règlement complet du conflit était utopique et irréaliste, et avait proposé de trouver une solution, dans les limites de la situation actuelle, passant par la mise en place de deux Etats. Réactions au sein du Likoud Les dirigeants politiques ont vertement réagi aux commentaires de Diskin. La parlementaire Carmel Shama-Hacohen (Likoud) a laissé entendre que les commentaires de l’ancien chef de la Sécurité intérieure étaient motivés politiquement, puisqu’ils coïncident avec une élection approchante. “Si telles sont vraiment ses opinions sur le Premier ministre et ministre de la Défense, nous aurions aimé que le chef du Shin Bet les énonce et agisse en conséquence en temps réel. Et non pas qu’il attende l’année électorale”, a noté Shama-Hacohen. Et pour le ministre des Transports Israël Katz (Likoud), les propos de l’ancien chef des renseignements intérieurs sont “brutaux et inappropriés”. En outre, a-t-il poursuivi : “Si ce sont ses opinions, il aurait dû les énoncer lors des forums appropriés, alors qu’il était encore en fonctions”. “Je pense que Diskin a eu tort de faire de telles déclarations. Quand il reconsidèrera ce qu’il a dit, il se rendra compte qu’il a fait une erreur”, a déclaré vendredi le vice-Premier ministre Silvan Shalom (Likoud). Quant à la ministre de la Culture et des Sports, Limor Livnat (Likoud), elle a jugé les propos de Diskin “ inappropriés”, ajoutant qu’ils pourraient “endommager la réputation du pays”. Ni Barak, ni Netanyahou n’ont fait de commentaires sur les remarques de l’ancien chef du Shin Bet, bien que des sources proches du ministre de la Défense aient déclaré ironiquement samedi : “Nous le félicitons de son entrée en politique”. Par ailleurs, un haut responsable a rappelé que Diskin avait travaillé avec Barak et Netanyahou, lequel avait demandé la prolongation de son mandat. “Si Diskin considère que Barak et Netanyahou sont si peu fiables, pourquoi a-t-il voulu travailler avec eux”, at- il questionné.