La reine des petits fours

Quand Efrat Libfroind s’est mariée, il y a 20 ans, elle ne savait même pas cuisiner une omelette, confie-t-elle. Aujourd’hui, son commerce est florissant.

Efrat Libfroind 521 (photo credit: Courtesy)
Efrat Libfroind 521
(photo credit: Courtesy)
Elle vend sespetits fours haut de gamme et ses créations chocolatées dans tout le pays etenseigne l’art de confectionner d’élégantes pâtisseries. « Peut-être que j’avaisça en moi », dit-elle. « Depuis que je suis toute petite, j’aime les belleschoses, le raffinement. Selon moi, les pâtisseries doivent toujours êtredécorées. Pas seulement les gâteaux, mais toutes les pâtisseries. » Libfroind,la quarantaine passée, vit dans le quartier haredi de Romema, à Jérusalem. Ellepartage sa passion et son savoir-faire. Elle enseigne et écrit dans lescolonnes des journaux culinaires. Ce qui ne l’empêche pas de prendre soin deses 7 enfants – dont un nouveau né – et de travailler au lancement d’unmagazine rn hébreu sur la cuisine casher.

Il y a 17 ans, Libfroind se rend à New York avec son mari, étudiant en yeshiva,et, sur un coup de tête, elle s’inscrit à deux mois de cours intensifs depâtisserie dans une prestigieuse école de cuisine. En rentrant en Israël, elledécide de franchir une nouvelle étape et se lance dans l’art d’orner lespâtisseries.

« Dans un premier temps, j’ai continué à m’instruire » nous raconte-t-elle. «Je suis allée en Allemagne, en Espagne, en Italie… mais surtout en France ! ».

Problème : les ateliers culinaires auxquels elle participe ne sont pas casherset elle ne peut donc pas goûter ses productions, aussi tentant que ce soit. «C’était très difficile », se souvient-elle. « Mais c’est un choix. Si tudécides vraiment que tu ne peux pas, il n’y a rien d’autre à dire ou faire, tune peux pas ! Certains professeurs étaient très compréhensifs, d’autresbeaucoup moins. » En rentrant chez elle après ses voyages à l’étranger,Libfroind s’amuse à convertir les recettes non casher en casher. Une foisqu’elle a bien rodé ses compétences, elle commence à enseigner à d’autresfemmes religieuses. C’est ainsi qu’il y a 13 ans, elle lance son affaire,vendant des petits fours et autres délices miniatures.

Très vite, elle devient connue dans le pays comme « la reine des petits fours», et écoule des centaines de créations chaque année. La petite entreprisegrandit et Libfroind demande alors à d’autres femmes orthodoxes de travailleravec elle. Sa cuisine devient trop exiguë et elle s’installe dans un véritableatelier professionnel.

Pour les religieux et les laïcs

« Au début, c’était très délicat pour moid’attribuer des tâches », raconte-t elle. « Je disais souvent à mes employées“Ok, ne fais pas ça, je vais le faire”, parce que je ne leur faisais pas tout àfait confiance. » Mais aujourd’hui, elle apprécie le fait de pouvoir déléguerquand elle le peut et de se concentrer sur d’autres projets, comme ce magazineculinaire qu’elle lance pour le prochain Pourim.

« Je trouve cela dommage. Nous sommes en Israël, une nation juive, et iln’existe même pas de magazine de cuisine casher », dit-elle. Le journal qui apour titre « Buffet » sortira tous les deux mois. Il fera intervenir de grandschefs du pays qui, selon Libfroind, se réjouissent de créer des plats casherpour elle.

Elle se fait peu à peu connaître en dehors de la communauté religieuse etconfie d’ailleurs que depuis quelques années, elle travaille de plus en plusavec des Israéliens laïcs. « Leur réaction est encore plus vive que celle desreligieux », s’étonne-t-elle. « Ils s’exclament : “Quoi ? Vraiment ? Vous êtesreligieuse ? Vous étiez probablement laïque avant” », décrit-elle.

Il y a presque deux ans, Libfroind publie un livre, L’élégance casher,présentant ses créations culinaires et décoratives. Il est d’abord publié enhébreu et se vend comme des petits pains avant d’être traduit en anglais etexporté aux États- Unis. « C’était mon rêve depuis des années », relate-t-elle.

« Je voulais que ce soit quelque chose de vraiment spécial, mon ouvrage devaitêtre différent des autres ».

Le livre est un épais recueil : sur une pleine page sont présentées lespâtisseries aux couleurs flash. « Il n’y a pas de mot pour décrire l’impressionque procure la publication de son propre ouvrage », s’exclame-t-elle. « C’estcomme donner naissance à un enfant. » Alors qu’elle pense déjà à un secondtome, elle s’occupe à plein temps de son magazine, de son entreprise et de safamille.

Elle voyage aussi régulièrement en Europe pour prendre des cours avec deprestigieux chefs et pour participer à des salons culinaires. Elle enseigneaussi à New York deux fois par an.

Libfroind est une femme à part, mais il y a bien une chose qu’elle a en communavec la plupart des Israéliens : « Je ne rate jamais un épisode de Master Chef! ».