Retour en force pour Liberman

Avigdor Liberman a été innocenté à l’unanimité. Après 17 ans d’enquête, les répercussions politiques de son retour sont majeures.

P6 JFR 370 (photo credit: Marc Israel Sellem)
P6 JFR 370
(photo credit: Marc Israel Sellem)
Deux événementspour changer la donne. Ces dernières années, lorsque les élus Likouds’adonnaient au jeu des spéculations et tentaient de prédire l’avenir de leurparti, ils ne manquaient jamais de mentionner deux événements incontournablesqui, croyaient-ils, renforceraient le Likoud et lui conféreraient mêmel’hégémonie dont jouissait le Mapaï en son temps : la mort du rabbin OvadiaYossef, mentor spirituel de Shas, et la condamnation d’Avigdor Liberman, présidentd’Israël Beiteinou.

Le premierévénement a eu lieu il y a un mois. Des dizaines de milliers d’électeursséfarades non orthodoxes sont désormais perçus comme des électrons libres quipourraient retourner au Likoud, le parti qu’ils soutenaient jadis, ou que leursparents élisaient, avant l’émergence de Shas. Mais le second événement ne s’estpas déroulé comme prévu. Pendant plus de 17 ans, alors que Liberman était sousle coup d’une enquête, puis en procès, sa condamnation était donnée pouracquise. Las, la justice qui poursuivait le politicien sans relâche, dépensantl’argent du contribuable sans compter pour récolter des preuves en Biélorussie,en Autriche et à Chypre, a manqué son objectif. Que le système ait fourni tantd’efforts pour renverser Liberman le renforce aujourd’hui considérablement. Sile président d’Israël Beiteinou a toujours minimisé et moqué les enquêtes levisant, son entourage rapporte que le soulagement se répandant sur ses traits àl’annonce de l’acquittement en disait long. Seul signe de tension interne chezun homme qui disait être « au paradis » quand les journalistes l’interrogeaientavant l’ouverture de son procès. Se faisait-il du souci ? Oui, répondait-il,faussement désinvolte, mais à propos de ses résultats au tennis seulement.

Liberman n’étaitqu’un proche conseiller de Binyamin Netanyahou lorsque la police a commencé àenquêter à son sujet. Toute sa vie politique s’est jouée sous la menace d’uneinculpation. Mais cela, c’était avant. Aujourd’hui Liberman est Liber-é. Commeun détenu qui sortirait de prison, un esclave dans le sud des Etats-Unis aprèsla guerre de Sécession ou encore une épouse qui obtiendrait enfin le guet deson mari après une union malheureuse, le voilà émancipé, libre de toutecontrainte.

Peser de tout sonpoids sur la scène politique

Que compte-ilfaire de cette liberté retrouvée ? Réponse : tout ce que Netanyahou et lacommunauté internationale redoutent, et bien plus encore. L’élu blanchin’hésitera pas à se servir des 11 mandats d’Israël Beiteinou pour faire avancerles causes qui lui tiennent à cœur et bloquer celles auxquelles il s’oppose. Enclair, il s’assurera tout d’abord du passage de la réforme électorale. Que ceuxqui l’imaginaient conciliant se ravisent. Avant la rentrée parlementaire, ilsemblait en effet que la proposition de faire passer le seuil électoral de 2 à4 % des voix pourrait être ramenée à 3 %. Désormais, les partis arabes ont toutintérêt à passer outre leurs divergences et à s’unir en vue des prochainesélections.

Quant auxquestions d’Etat et de religion, Liberman n’a guère apprécié de se voir volerla vedette par Yesh Atid qui a présenté des textes très semblables aux sienssur la conversion, l’union civile et la réforme du rabbinat. Qui se souvientencore que le « service pour tous » était un slogan d’Israël Beiteinoulongtemps avant que le parti de Yaïr Lapid ne voie le jour ? A compterd’aujourd’hui, Liberman pèsera de tout son poids sur ces dossiers. Lesorthodoxes, qui ont barré l’accès de son protégé Moshé Leon à la mairie deJérusalem, payeront cher le prix de leur trahison. L’enrôlement des étudiantsde yeshiva sera son nouvel étendard. Et il fera tout pour que les sanctionspénales à l’égard des fraudeurs ne soient pas retirées de la loi.

Mais le retour deLiberman se fera surtout ressentir sur les négociations israélo-palestiniennes.En tant que ministre des Affaires étrangères, il en était surtout resté àl’écart, d’autant plus que celles-ci n’allaient nulle part sous le mandatprécédent de Netanyahou, que l’on en fasse porter le chapeau à Washington ou àd’autres. Aujourd’hui, l’élu a bien l’intention d’empêcher Bibi et la ministrede la Justice Tzipi Livni de faire des concessions qu’il ne souhaite pas. Livnipeut tout bonnement s’attendre à ne pouvoir décider de quoi que ce soit sansson consentement. Elle pourrait en venir à quitter la coalition ? Soit.

Le reste dugouvernement convient bien à Liberman, lui qui ne souhaite voir siéger ni lesorthodoxes ni les travaillistes à ses côtés. Il croit la coalition capable defaire progresser des questions d’envergure, pour peu que les nouveaux ministreset députés apprennent à mieux travailler ensemble. Il a d’ailleurs été peiné devoir le gouvernement se tirer dans les pattes pour des questions relativementmineures et se dit persuadé que la mouture précédente, pourtant moins cohésive,était plus stable.

Reste que laprochaine étape pour Liberman sera source d’une plus grande instabilité encore.Le 24 novembre prochain, lors du congrès d’Israël Beiteinou, le lien qui unitle parti au Likoud depuis un an risque fort de se voir rompu. Pour le nouveauministre, ce lien a fait son temps et empêche aujourd’hui son parti de se faireentendre sur des questions clefs. Il craint que le parti n’y perde son identitéculturelle et idéologique. Et surtout, il veut retrouver son indépendance.

Un échec pour leLikoud qui rêvait de récupérer les russophones une fois Liberman en prison etles Séfarades une fois Ovadia Yossef disparu. Le parti de la majorité n’enbaisse pas les bras pour autant. Après tout, une nouvelle enquête est toujourspossible.