Gabriel Bennahim : une aliya au prix fort

Certains parcours d’aliya sont plus singuliers que d’autres. Histoire d’un soldat isolé devenu israélien envers et contre tout

Gabriel Bennahim (photo credit: DR)
Gabriel Bennahim
(photo credit: DR)
En voilà un qui n’aura pas signé son aliya sur une publicité mensongère. Gabriel Bennahim a reçu sa Teoudat Zeout (carte d’identité) en étant conscient plus que tout autre de ce qu’il faisait en devenant israélien. Car malgré son jeune âge, 23 ans, il a déjà expérimenté ce que le pays avait de plus rude et de plus douloureux : soldat durant l’opération Bordure protectrice de l’été 2014, Gabriel a été gravement blessé.
De ce jour fatidique, le jeune homme ne conserve que des bribes de souvenirs. L’unité de la brigade Golani à laquelle il appartenait avait reçu l’ordre d’entrer dans la bande de Gaza, première incursion en territoire ennemi pour Gabriel. Ce dernier se souvient d’avoir pénétré dans une maison avec ses compagnons, puis plus rien. Et pour cause. La maison, piégée, a explosé. Gravement blessé à la tête, Gabriel ne respire plus. Son cas est considéré comme désespéré ; un infirmier pratique tout de même une trachéotomie, un geste qui va lui sauver la vie. Dès lors, tout s’enchaîne : le transport en hélicoptère jusqu’à l’hôpital Soroka de Beersheva, puis deux opérations, une au cerveau pour déloger le caillot de sang qui encombre l’hémisphère droit du jeune homme, et une autre aux poumons. Les médecins réservent alors leur pronostic. Le cauchemar de tout parent de soldat, d’autant plus que ceux de Gabriel se trouvent à des milliers de kilomètres de là, en France.

Un objectif : rejoindre Tsahal
Deux ans plus tôt, leur fils, alors âgé de 21 ans, se trouve encore en France et se cherche. Conscient de ses origines, il entretient toutefois des liens assez minces avec la communauté juive. Elevé loin de toute pratique religieuse, il effectue même sa scolarité dans une école catholique. Et puis un jour, Gabriel a le déclic : « J’étais chez moi en train de regarder les infos lorsque j’ai vu un reportage sur l’opération Colonne de nuée (opération de Tsahal dans la bande de Gaza en novembre 2012). J’ai eu comme un électrochoc. Je me suis dit : « Je suis juif comme eux, moi aussi je devrais être en train de défendre Israël au lieu de rester ici à ne rien faire. » Le jeune homme ne rencontre pas d’opposition de la part de ses parents : ces derniers ont toujours mis l’armée israélienne et ses valeurs sur un piédestal, et se réjouissent que leur fils se fixe enfin des objectifs.
Gabriel veut apporter sa contribution à Tsahal, mais comment ? Il se renseigne sur Internet et écarte très vite l’idée d’un volontariat, jugé trop « amateur ». Il se tourne alors vers le programme « Mahal » qui offre aux recrues étrangères comme lui un programme spécifique d’intégration au sein même de l’armée avec un oulpan renforcé. Ces hayalim bodedim, « soldats isolés » comme on les appelle, bénéficient également de certains traitements de faveur dus à leur condition, comme un salaire plus élevé ou des permissions de sortie plus fréquentes. Gabriel Bennahim s’intègre bien et se montre plus que motivé. Très vite il se distingue et entre dans la brigade Golani, l’une des plus prestigieuses unités combattantes de Tsahal. Il en obtiendra même le Prix d’excellence. Jusqu’à ce fameux jour à Gaza qui met un terme aux ardeurs du soldat.
« J’aurais voulu faire plus… »
Aujourd’hui, Gabriel vit à Ramat Gan près de Tel-Aviv et se rend en hôpital de jour une fois par semaine pour sa rééducation. Ce véritable miraculé ne conserve aujourd’hui que très peu de séquelles de ses blessures. De sa convalescence, il garde paradoxalement un très bon souvenir : « C’était complètement fou. Ma chambre ne désemplissait pas. Les autres soldats étaient très solidaires des blessés et venaient à l’hôpital aussi souvent que possible. Les gens aussi venaient constamment nous voir avec des mots de réconfort, de la nourriture et des cadeaux. C’était épuisant, mais tellement touchant… D’ailleurs j’ai pris 10 kilos durant cette période ! »
Quand on lui demande s’il est sensible aux différents honneurs qui lui sont rendus, Gabriel explique qu’au-delà du plaisir qu’il en retire, ces hommages lui permettent surtout de réaliser qu’il a fait quelque chose de concret au sein de Tsahal. « J’ai un goût d’inachevé à cause de ma blessure, j’aurais tellement voulu faire plus… »
Même si son profil médical est encore faible, le jeune homme ne désespère pas de réintégrer un jour l’armée afin de travailler dans les renseignements. Autant dire que la mésaventure et les épreuves endurées par Gabriel ne l’auront en rien refroidi. Son parcours, Gabriel le revendique et il conseille aux jeunes français qu’il rencontre de suivre son exemple.
Le jeune homme nourrissait un autre projet depuis quelque temps déjà : devenir israélien pour de bon. C’est chose faite depuis le mois dernier. « Bizarrement, je me sentais encore attaché à la France. J’y suis retourné le mois dernier alors que je n’avais pas encore ma Teoudat Zeout. Le destin a voulu que je me trouve à Paris au moment des attentats. Autant vous dire que lorsque je suis rentré en Israël, je n’avais plus aucun doute sur ce que je devais faire… » Un autre bonheur devrait bientôt s’ajouter à celui de Gabriel puisque ses parents lui ont également annoncé qu’ils le rejoindraient très bientôt.

© Jerusalem Post Edition Française – Reproduction interdite