Peu importe qui a finalement choisi ceux qui représentent Israël, le public ou le jury. Qu’il s’agisse de la pop de Sarit Hadad ou Shiri Maimon, respectivement en 2002 et 2005, du spectacle grandiose de Teapacks Drop the bomb en 2007, de l’hymne There must be another way d’Ahinoam Nini et Miri Awad en 2009. Voire même du retour de Dana International et son kitsch Ding Dong l’an dernier. Nos choix artistiques ont laissé de marbre les juges de l’Eurovision ces dernières années. Pour la compétition 2012, le comité israélien chargé de choisir notre représentant semble avoir décidé de suivre les conseils de Monty Python et d’opter pour quelque chose de complètement différent. C’est du moins ce que Ran Shem-Tov, fondateur et chanteur du vétéran et excentrique groupe de rock alternatif Izabo, a pensé, quand un membre l’a contacté pour solliciter une chanson à examiner. “J’étais un peu surpris qu’ils viennent vers nous”, confiait Shem-Tov le mois dernier. “Mais j’étais aussi très heureux qu’ils estiment qu’un groupe comme Izabo puisse composer une chanson qui représenterait Israël dans le monde !” Il existe peu de groupes comme Izabo. Formé il y a vingt ans par le guitariste et chanteur Shem- Tov, Shiri Hadar (clavier et chant), Jonathan Levy (basse) et Nir Mantzour (batterie), le groupe s’est consacré à ses propres sonorités, mêlant arabe, tambour et disco psychédélique. L’association des guitares, basses, clavier et des voix anglaises de Shem Tov et Hadar, qui parcourent les registres musicaux, a séduit tout autour de l’Europe. A force de tournées régulières, Izabo s’est fait une place et a sorti deux albums, en 2003 et 2008, bien accueillis par la critique. Vendre son âme au Dieu du marketing ? Si la nouveauté pop criarde qui caractérise l’Eurovision semble loin de l’éthique indépendante adoptée par Izabo, la chanson de Shem Tov soumise aux juges israéliens s’est hissée sur la scène de l’Eurovision. Time chanté en anglais et hébreu, sur fond de danse, basse profonde, clavier et choeur vibrant, a convaincu tout en restant complètement fidèle à “l’esprit Izabo”. “Les couplets ont été prélevés de la démo d’une ancienne chanson, écrite il y a trois ans”, explique Shem-Tov qui a produit des disques pour Yehoudit Ravitz, Harel Skaat et Dikla. “Quand ils m’ont invité à soumettre une chanson, j’ai retravaillé les paroles et écrit un nouveau refrain en hébreu. Je l’ai enregistré assez rapidement, en jouant tous les instruments moi-même. J’étais plutôt sceptique quant au concept de l’Eurovision. Mais ensuite j’ai pensé : ce n’est pas l’enfer, il ne peut rien se passer de terrible. Au pire, nous aurons une autre chanson pour Izabo. “ Finalement, le comité israélien, composé de Yaakov Naveh, Yitzhak Sonnenschein, Rina Hachmon à la tête de la Division des programmes de la Première chaîne, de Tal Argaman, producteur des émissions de Divertissement et Culture, et des musiciens Nimrod Lev, Mira Awad, Guilad Seguev et Roni Yedidia, ont choisi Time pour représenter Israël, le 22 mai prochain à Bakou (Azerbaïdjan) où se déroulera le concours de l’Eurovision. La décision a surpris l’artiste. “Au premier abord j’étais vraiment confus. Pourquoi vouloir un groupe de rock dans la compétition ? Mais j’ai ensuite réalisé que nous ne sommes pas seulement un groupe de rock alternatif : nous sommes disco, funk, et le plus souvent notre musique est très joyeuse, et j’ai compris le sens de ce choix. “ Shem-Tov a rapidement convoqué le groupe pour réenregistrer Time comme il se doit, et tourner le clip officiel de la chanson. Le titre a été lancé début mars. Sur le clip : les musiciens ont intégré l’esprit Eurovision avec des accessoires de cirque et des costumes colorés. Un exploit pour un groupe qui porte habituellement jeans et T-shirt. “C’est une problématique délicate. Nous savons que nous devons avoir l’air glam pour l’Eurovision, mais nous devons également rester naturels et authentiques”, a commenté Shem-Tov. “Cela m’a coûté d’enfiler un costume ! Je n’en avais jamais porté. Je pense toujours à la façon que nous avons d’envisager notre représentation. Cela va prendre un certain temps à tout démêler. Nous devons être fidèles à nous-mêmes et trouver le juste équilibre. C’est notre défi.” Avec un nouvel album en cours, produit avec un label 100 % britannique et son homologue israélien Anova, qui sortira une semaine après l’Eurovision et sera suivi d’une grande tournée en Israël et en dehors, Izabo ne risque pas de s’ennuyer. Un spectaculaire changement de rythme après deux années de relative inactivité. Le groupe s’attend cependant à subir le sort des derniers représentants israéliens. Mais il se peut toutefois que la chanson batte les dizaines de morceaux concurrents. “Je ne pense pas au sujet. Mais s’il nous arrive ne serait-ce qu’un petit pourcentage de ce qui est arrivé à Abba (que la victoire en 1974 a catapulté sur le devant de la scène internationale), alors je serai très heureux”, reconnaît l’artiste. Est-ce qu’Izabo rejoindra les rangs de Dana International (Diva, 1998), Izhar Cohen et Alphabeta (A Ba Ni Bi, 1978) et Milk and Honey (Hallelouya, 1979) en apportant une nouvelle victoire à domicile? Seul le “Time” nous le dira...