Le retour du Big Brother

Le quatrième pouvoir ne connaît pas ses limites

Big brother is watching you ! (photo credit: FREEIMAGE)
Big brother is watching you !
(photo credit: FREEIMAGE)
Il ne fait pas de doute qu’il est de l’intérêt public de mettre en évidence la corruption, la fraude et autres infractions. Faut-il pour autant bafouer le droit des gens non seulement à la présomption d’innocence, mais encore à la protection de leur vie privée et familiale ? A l’ère de l’Internet et des réseaux sociaux, les nouvelles passent au second rang derrière les « révélations » et les « informations exclusives ». Il faut faire vite et sensationnel. Plus rien n’échappe aux médias omniprésents qui enquêtent, jugent et condamnent. Fuites et informateurs anonymes, caméras cachées et micros dissimulés : tous les moyens sont bons pour s’assurer le « scoop » qui ouvrira le journal télévisé avant de faire la une de la presse du lendemain. Enveloppé des précautions d’usage et d’un conditionnel qui ne trompe personne, ce qui n’est encore qu’un soupçon, et ne fait pas même l’objet d’une enquête, est jeté en pâture à un public qui n’a pas les moyens d’en évaluer la véracité. Prévenus « comme par hasard », les photographes de presse seront là pour filmer l’arrivée et la sortie de celui ou de celle mis en examen ; quelques heures plus tard, leurs collègues journalistes feront état de « fuites » sur des investigations pourtant censées rester secrètes. Cela ne se passe pas seulement en Israël. Il s’agit d’un phénomène universel.
D’un continent à l’autre, d’un pays à l’autre, telle ou telle personnalité prise sous le feu des projecteurs voit son passé et son présent mis à nu, ses secrets les plus intimes – et les plus innocents parfois – dévoilés au grand jour. Coupables ou innocents, il leur faut affronter cette mise au pilori des temps modernes dont ils ne se remettent pas toujours. Il est si facile de les tourner en ridicule même lorsqu’ils n’ont rien fait de mal ! Ainsi tel président non marié surpris à se rendre chez sa belle. Il se trouvait dans son droit le plus strict, mais les paparazzis à l’affût ont immortalisé la scène et tout Paris – toute la France ! – en a fait des gorges chaudes. Naguère, c’est en toute impunité qu’un autre président, marié lui, entretenait aux frais du contribuable maîtresse et seconde famille, avec lesquelles il partait sereinement en vacances à l’étranger ; aucun organe de presse n’en a parlé. Pourtant, tous étaient au courant. Il faut encore ajouter l’amélioration des techniques de filature et d’écoutes qui font que plus rien ne demeure secret. Les propos plutôt lestes de l’héritier du trône britannique s’adressant à sa maîtresse, captés on ne sait comment, en ont choqué plus d’un. Il ne s’agissait pourtant que d’une conversation privée dénuée de toute importance politique. De nos jours, on cherche en vain les traces d’un quelconque respect pour les dirigeants de ce monde. Les courtisans ont disparu et le peuple est roi. Le peuple, ou les médias. Juste retour des choses, malheur au journaliste sur lequel tombe le moindre soupçon : ses collègues se retourneront contre lui avec la même férocité. 
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