Une nouvelle proposition de loi fait la Une de l’actualité : l’école maternelle deviendrait gratuite dès l’âge de trois ans. Un rare moment d’unité nationale, penseriez-vous. Car tout parent qui règle, à la sueur de son front, des frais préscolaires devrait se réjouir de cette initiative. N’est-ce pas une réponse concrète aux revendications des manifestations de l’été pour améliorer les conditions de vie des couples actifs ? Pourtant, chaque membre de la Knesset interrogé sur les ondes ronchonne. Chacun glorifie son propre secteur et se plaint de l’autre. Sommes-nous donc tant occupés à défendre notre propre mode de vie qu’il est impossible à des grands-parents séculaires d’admettre qu’ils aimeraient avoir 50 petits-enfants comme les haredim ? Les parents haredim, quant à eux, s’opposeraient-ils vraiment à ce que leurs fils et filles particulièrement doués se voient offrir des outils pédagogiques pour devenir oncologues, comme leurs petits camarades laïcs ? Plutôt que de faire les listes de ce qui ne va pas chez l’autre, voici quelques exemples de ce qui, au contraire, est appréciable. Excusez d’avance les généralisations, les stéréotypes et mon choix de ne pas y avoir inclus le secteur arabe. Ce que nous pouvons apprendre des haredim : 1. L’engagement à mettre au monde de nombreux enfants. Peu importe les raisons, contestables ou non, de ce phénomène, comment dénigrer la motivation nécessaire pour élever 10 enfants. Pour entreprendre neuf mois de grossesse et un accouchement douloureux. Puis les infections auriculaires et des pleurs la nuit. Assurer à ces petits un environnement rassurant quand ils rentrent de l’école après une dispute ou un échec. Sans parler des déguisements de Pourim et des gâteaux d’anniversaire. Et toutes ces réunions parents-enseignants auxquelles il faut assister. Pourtant, les familles ultra-orthodoxes sont prêtes à assumer ces responsabilités, malgré des ressources financières souvent limitées. 2. La force du consommateur. Bien avant le boycott du cottage, les supermarchés haredi présentaient des marques moins chères et réduisaient leurs prix sur de nombreux articles. Les haredim utilisent leur pouvoir de consommateurs pour convaincre les fabricants de modifier leur supervision de casherout en fonction de leurs propres besoins. 3. La capacité à étudier. Leurs autobus scolaires ramènent à la maison les petits garçons en fin d’après-midi alors que leurs camarades laïcs y sont déjà depuis des heures. Les vacances scolaires sont également plus courtes que dans le secteur laïc. 4. Le don pour l’argumentation. Les élèves retiennent des poèmes entiers et sont capables de réciter des déclarations historiques par coeur. Dans le secteur haredi, les enfants sont encouragés à mémoriser des passages clés de la Torah et de la Loi orale. L’étude du Talmud favorise en outre la compréhension de questions complexes et de dialectique. 5. Le respect de la tradition juive, à l’école comme à la maison. Qui comprend des valeurs comme honorer son père et sa mère. 6. La générosité. Même les pauvres consacrent une partie de leurs maigres ressources aux plus nécessiteux. Un grand nombre de sociétés de prêt (gmah) allouent tout ce que vous désirez, depuis une robe de soirée à une boîte de pois chiches. Les organismes bénévoles dirigent des soupes populaires et des systèmes de distribution alimentaire. 7. Le rôle actif des parents dans la recherche d’un candidat approprié au mariage de leur progéniture est reconnu et encouragé. Si la méthode n’est certes pas des plus romantiques, elle garantirait une vie conjugale plus réussie. Ce que nous pouvons apprendre des Juifs laïcs : 1. Le patriotisme, exprimé à travers leur résolution à recevoir un bas salaire, endurer un inconfort extrême et risquer leur vie au service militaire. 2. Hommes et femmes s’enorgueillissent de leur vie professionnelle et de leur carrière, conscients que le développement personnel et le produit national brut sont liés et essentiels. 3. Le savoir : les écoles mettent l’accent sur les mathématiques, les sciences et l’anglais. Et offrent les outils nécessaires à ceux qui choisiront d’embrasser les professions du futur. La créativité est promue à travers une grande variété de programmes parascolaires générateurs de réalisations originales en arts visuels, musique et théâtre. Les émissions de télévision israéliennes sont copiées... même par . 4. Les innovateurs en high-tech, sciences, médecine et économie s’activent à faire du monde un endroit meilleur. Ces disciplines sont ouvertes aux hommes et aux femmes qui peuvent diriger des partis politiques, jouer au basket professionnel ou présider la Cour suprême sans se soucier aucunement de heurter la sensibilité du public. Bien au contraire. 5. Les pionniers sionistes étaient disposés à endurer des privations extrêmes pour construire ce pays. Ils ont transmis un amour de la patrie, de l’histoire d’Israël et de la culture hébraïque. La bien-aimée musique israélienne inspire aussi bien les fêtes que les moments de deuil. 6. Arpenter les chemins naturels et sentiers historiques est un acte noble. De cet amour de la Terre d’Israël naît une préoccupation pour l’environnement - de la préservation des fleurs sauvages au recyclage. 7. Une large gamme de comportements est acceptée chez les enfants, laissant un espace bienvenu à l’individualité. Ce que nous pouvons apprendre de Juifs orthodoxes modernes : 1. Un concept de “nous pouvons tout faire”, qui se traduit par la conviction que l’observance juive n’empêche nullement d’élever une famille nombreuse tout en s’impliquant dans la communauté au sens large. Vous pouvez être un expert en informatique, pilote ou promoteur immobilier et respecter la Torah, que vous soyez un homme ou une femme. 2. Les idées créatives qui allient tradition et idées modernes sont florissantes. Prenez par exemple les rabbins de Tzohar, l’école cinématographique de Maaleh et la Kehillat Shira Hadasha. Le cinéaste orthodoxe moderne Joseph Cedar a été nommé aux Oscars. Srougim, une série TV basée sur la vie orthodoxe moderne réalisée par des jeunes de ce groupe social, jouit d’un public international. 3. La volonté de vivre dans des endroits malaisés et dangereux. Des groupes de Juifs orthodoxes modernes ont créé des communautés dans le cadre du mouvement d’implantation dans des lieux comme le Goush Katif, mais aussi dans des villes troublées et des localités comme Yeroham et Lod. Qui pense vraiment que vivre dans une caravane plus d’une semaine est une partie de plaisir ? 4. L’assistance et l’hospitalité. Les Juifs orthodoxes modernes reçoivent régulièrement des invités, étudiants en visite et immigrants non pratiquants, dans leurs foyers animés pour un repas de Shabbat élaboré, même si les deux conjoints travaillent. 5. Les mouvements de jeunesse sionistes religieux renforcent les valeurs familiales de leadership et d’éthique de contribution à la société. Nombre de soldats orthodoxes modernes sont bénévoles pour les postes de combattants et d’officiers, animés d’un enthousiasme frondeur. Deux ans durant, les volontaires du Service national aident les nécessiteux dans les écoles, les hôpitaux et les villages de jeunes, comblant une pénurie latente des ressources humaines dans ces institutions. 6. Selon les études, les couples modernes orthodoxes connaissent la plus grande parité des couples mariés : les hommes et les femmes ont souvent le même statut éducatif et professionnel, générant une égalité plus vraisemblable dans la vie familiale. Ainsi, ils parviennent à maintenir un équilibre entre carrière et famille nombreuse. 7. Les écoles offrent des niveaux élevés d’étude de Torah et d’enseignement général, octroyant aux jeunes hommes et femmes un large choix d’opportunités personnelles. Alors, l’enfer est-ce vraiment les autres ? L’auteure, écrivain à Jérusalem, est directrice des relations publiques de Hadassah, l’Organisation sioniste des femmes des Etats-Unis.