Le ministre des Finances Youval Steinitz aurait récemment promis au Centre universitaire d’Ariel une allocation de 100 millions de shekels pour la prochaine année scolaire, dans le cadre de la reconnaissance de l’établissement comme université à part entière. Mon intention dans cet article n’est pas de débattre si oui ou non Israël a vraiment besoin d’une huitième université subventionnée par le gouvernement, et si oui ou non cette institution doit se situer de l’autre côté de la Ligne verte. Puisqu’il est plus que probable que le gouvernement recevra cette somme, approuvée par la Knesset, la seule question restante est son origine, vu que le ministre de l’Education Gideon Saar a d’ores et déjà annoncé qu’elle ne sera pas prélevée sur le budget alloué aux universités. Trois options se présentent donc à nous : le fonds proviendra soit, d’un autre budget, soit d’une augmentation des recettes fiscales, ou alors contribuera à accroître le déficit budgétaire. Mais il existe une autre solution : employer 400 collecteurs d’impôts et de dettes supplémentaires (au moins) qui contribueraient à augmenter les revenus gouvernementaux de dizaines de milliards de shekels, une somme qui pourrait à son tour être reversée pour financer toutes sortes de projets. Une marée noire Comment ces 400 collecteurs d’impôts et de créances obtiendront- ils ce résultat ? Tout d’abord, parce qu’en Israël sommeille une vaste “économie noire”, estimée à près de 200 milliards de shekels par an (soit près d’un quart du PIB du pays), dont au moins une partie pourrait être reversée dans l’économie, via un régime de perception d’impôts plus efficace. Ensuite, les dettes impayées de particuliers et d’autorités aux ministères et organismes d’Etat pour divers services rendus sont estimées à environ 125 milliards de shekels. L’économie clandestine, ou “économie souterraine”, selon les termes officiels de la Banque mondiale, constitue ce pan de l’économie non déclarée aux autorités fiscales, et qui reste par conséquent non taxée. Si c’est un phénomène courant dans tous les pays, en Israël, il est particulièrement inquiétant. Ce type d’économie inclut les activités illégales telles que la traite des femmes, le trafic de drogues et les jeux non autorisés, pratiques que l’Etat ne peut imposer sans les légaliser. Mais une grande partie de l’économie souterraine comprend aussi des prestations légales, effectuées illégalement, c’est-à-dire sans justificatifs, telles que factures ou reçus, et qui ne sont donc pas signalées aux autorités à des fins fiscales. Qui n’a pas rencontré de plombiers, électriciens, dépanneurs, etc., prêts à réduire la facture en cas de rémunération “au noir”. Combien d’entre-nous refusent une telle offre ? En outre, de nombreux hommes d’affaires et professionnels indépendants soumettent des rapports aux autorités fiscales, mais “omettent “ des déclarations entières de revenus. Il s’agit d’un phénomène culturel autant qu’économique. De temps à autre, nous apprenons que les autorités fiscales ont effectué une “descente” sur des entreprises d’une zone géographique donnée, ou sur un type de commerce précis, et que des dizaines de millions de shekels ont été récoltés. Faire la guerre à l’économie souterraine Ainsi, prévoir des effectifs supplémentaires - collecteurs d’impôts et policiers - permettrait de mener une guerre plus impitoyable contre l’économie souterraine. Quant aux créances non recouvrées auprès des ministères et organismes gouvernementaux, près de 60 milliards de shekels sur les 125 milliards seraient des “dettes perdues” pour cause de date de prescription. Mais même la somme restante est énorme, puisqu’elle correspond à environ 18 % du budget 2012.Que composent ces 18 % ? The Marker cite plusieurs possibilités : 2,9 milliards de shekels d’impôts antérieurs que les autorités fiscales n’ont pas récoltés lors du premier semestre 2012. 1,8 milliard de dette des fonds de santé du ministère de la Santé. Ou encore 1,1 milliard de dettes de particuliers et d’organismes publics à l’Autorité de l’eau, et 1 milliard d’amendes infligées par la police pour infractions à la circulation, ou imposées par les tribunaux, qui n’ont pas été recueillies. Ainsi, des effectifs supplémentaires - collecteurs de créances et policiers - pourraient contribuer à réduire cette dette de manière significative. Alors, si tout cela est tellement évident, pourquoi rien n’est fait en ce sens ? Difficultés techniques mises à part, la raison principale reste le manque de détermination. Malheureusement, le but principal de nos dirigeants n’est pas simplement d’améliorer et de rentabiliser le système pour le bien du pays, mais de se faire réélire. Promettre au Centre universitaire d’Ariel 100 millions de shekels est non seulement plus facile que de s’attaquer à l’économie souterraine et aux créances non recouvrées, mais pourrait assurer quelques voix supplémentaires au Likoud. Plus en tout cas que de prendre des mesures qui, tout en améliorant considérablement la situation du Trésor, viendraient au détriment de millions de personnes bénéficiaires de la situation actuelle.Alors, bons citoyens, ne vous faites pas trop d’illusions. L’auteure était employée de la Knesset pendant de nombreuses années.