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P14 JFR 370.(Photo by: Ministère des Finances)
Yaïr Lapid voit l’avenir en rose
By JOHN BENZAQUEN
01/07/2014
Contre vents et marées, le ministre des Finances se veut optimiste. Une confiance que n’entravent pas un mauvais 3e trimestre économique, la chute du PIB et le ralentissement des exportations. Entretien.

Gare à l’autosatisfaction. En dépit d’une économie généralement bonne, le troisième trimestre 2013 affichait une hausse de 2,2 % seulement. Soit une croissance réelle de 0,5 % si l’on tient compte de l’accroissement annuel de la population qui est de 1,7 %. C’est un fait : le marché israélien est en berne et subit encore le contrecoup de l’énorme déficit budgétaire hérité du gouvernement précédent. Et pourtant, le ministre des Finances annonce une reprise pour 2015-2016. Un miroir aux alouettes ? Yaïr Lapid estime que non.


« Notre économie se porte de mieux en mieux, si l’on prend en compte le déficit budgétaire et la dette publique énormes dont le gouvernement actuel a hérité et qui ont pesé sur la croissance. Aujourd’hui, sans être totalement comblée, la dette est déjà considérablement réduite et une reprise est en marche entraînant une augmentation des revenus de l’Etat. Par conséquent, je crois que nous sommes sur la bonne voie et que conformément à nos attentes, nos promesses vont pouvoir être tenues », affirme Lapid. « La baisse de croissance affichée au quatrième trimestre est exceptionnelle. Elle est due à des aléas ponctuels qui n’affecteront pas durablement sur l’économie israélienne. Les chiffres de septembre et octobre indiquent une hausse de respectivement 5 % et 6 %, et conformément aux prévisions du Ministère des finances, le PIB par habitant pour l’ensemble de l’année 2013 affiche une croissance de plus de 3 %. Un bien meilleur score que les PIB de l’Europe occidentale et de l’Amérique du Nord, même si l’on tient compte de l’accroissement démographique annuel de 1,7 % », poursuit-il.


En prenant vos fonctions en tant que ministre des Finances, vous avez avoué ne pas être économiste. Feriez-vous le même aveu aujourd’hui ?


J’avais aussi précisé que je serais entouré de professionnels pour me conseiller sur ces questions. Ce n’est pas au ministre lui-même d’être expert en la matière et je ne le suis pas davantage aujourd’hui qu’hier. Pour qu’il puisse pleinement assurer sa fonction, il faut qu’il ait en main toutes les données nécessaires pour être en mesure de déterminer quels seront ses objectifs et de se montrer capable de les mettre en œuvre. Il doit avoir l’esprit d’équipe et être un gestionnaire compétent. En tant que ministre des Finances, j’ai trois priorités.


D’abord, fonder une économie qui repose sur l’innovation, c’est le seul moyen d’obtenir durablement un taux de croissance supérieur à 5 %. Ensuite, générer plus d’égalité de sorte que la croissance profite à tous les secteurs d’activité et toutes les couches de la population. L’une des statistiques les plus inquiétantes à laquelle j’ai été confronté, c’est celle qui compare le taux de croissance au salaire mensuel moyen. Au cours de la dernière décennie, entre 2002 et 2012, la croissance du PIB par habitant a été de 26,8 % alors que le salaire mensuel moyen n’a augmenté que de 2,1 % seulement. Enfin, faire entrer dans la vie active des pans entiers de la population qui se tiennent volontairement en marge du monde du travail pour que la population active augmente.


Ces inégalités que vous évoquez sont parmi les plus élevées des pays de l’OCDE. Or, l’Histoire l’a démontré : trop flagrantes, elles conduisent à une fracture sociale qui risque de dégénérer en révolution quand l’écart entre les plus nantis et les démunis est trop grand. Mais ce que vous préconisez va creuser encore davantage le fossé des inégalités. Une économie qui ne repose que sur l’innovation – R & D, industries des sciences de la vie, haute technologie... – nécessite du personnel hautement qualifié. Seule une minorité au sein de la population aura les qualifications nécessaires pour accéder ces emplois. Les gros salaires seront donc réservés à une infime partie de la population, tandis que la masse des travailleurs sera confrontée à des fins de mois difficiles. Et quand une majorité de la population est inadaptée au marché du travail, fatalement le chômage augmente.


Je ne suis pas du tout d’accord. Dans une économie axée sur l’innovation telle que je l’envisage, il y aura de la place pour tout le monde. Elle sera novatrice. L’industrie des hautes technologies aura forcément des retombées positives sur tous les secteurs d’activité, dans la mesure où les diverses applications issues de la recherche et de l’innovation donneront naissance à des produits dérivés qui entraîneront leur exploitation commerciale, favorisant du même coup la création d’emplois. Il faudra bien sûr veiller à diminuer les coûts de production pour amener sur le marché des produits de haute qualité à des prix compétitifs. Tout cela engendrera des bénéfices et permettra aux industriels de revoir les salaires à la hausse. Et comme les industries du secteur scientifique de haute technologie vont générer de la croissance, les retombées économiques profiteront par effet domino à d’autres secteurs d’activité. Autre avantage, ceux qui travaillent dans les secteurs de l’innovation et des nouvelles technologies vont percevoir des salaires très élevés. Conséquence : ils auront les moyens de dépenser plus dans des prestations de services tels que la restauration, les salons de coiffure, le bien-être etc. Mais avec l’accroissement de leur pouvoir d’achat ils vont devenir des consommateurs plus exigeants. Les prestataires de services seront donc obligés d’offrir des services de plus grande qualité et feront appel à du personnel hautement qualifié dans les domaines les plus variés, comme des professeurs d’éducation physique, des cuisiniers ou des serveurs. Ces employés qui auront reçu une formation adéquate bénéficieront à leur tour de salaires plus élevés. Je prône donc une économie axée sur la technologie avec un fort accent sur l’innovation, la production de biens de qualité compétitifs et des prestations de services de qualité. Israël est connu pour être la Start-up Nation. Je veux lui conférer une valeur ajoutée, l’excellence, et en faire une Nation Start-up haute gamme. Pour une économie leader en technologiques de pointes, il faut des gens qualifiés ayant bénéficié d’une formation adéquate pour la servir et à l’heure actuelle, on constate au contraire une pénurie chronique de personnel qualifié.


C’est juste. Mais ce ne sont pas seulement les secteurs de pointe qui peinent à trouver le personnel qualifié dont ils ont besoin. Globalement toutes les entreprises se heurtent à ces difficultés de recrutement. On déplore une pénurie de métallurgistes, serruriers, charpentiers, plombiers, informaticiens, etc. Le système éducatif est grandement responsable de cet état de fait. Les établissements techniques ont peu à peu fermé leurs portes au cours de ces 40 dernières années. A nous maintenant de renverser la tendance. Le ministère de l’Education est en train d’élaborer un programme éducatif lequel, une fois mis sur pied, permettra de former 40 % des étudiants dans des écoles techniques spécialisées. Ce qui correspond au pourcentage atteint dans les pays les plus développés d’Europe occidentale, comme l’Allemagne, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. De plus, nous avons l’intention d’augmenter la masse salariale en faisant entrer les femmes arabes et les hommes ultraorthodoxes sur le marché du travail.


Un vaste programme d’intégration va être créé pour aider les femmes arabes, entre autre financièrement, à créer leur propre entreprise. Nous avons également créé un contexte favorable pour que de plus en plus d’hommes ultraorthodoxes soient enclins à rejoindre le marché du travail, comprenant que leur mode de vie est inadapté à une société moderne. Selon nos informations, le nombre de jeunes hommes ultraorthodoxes qui s’inscrivent dans les écoles talmudiques a diminué, alors que celui de ceux qui trouvent un emploi est en très nette augmentation.


Dans le discours que vous avez prononcé lors de la conférence de Sderot, vous avez fait remarquer que le taux de chômage était faible et ne frappait environ que 7 % de la population active. Selon les chiffres publiés par le Bureau central des statistiques, ces chiffres sont exacts, mais la méthode de calcul n’est-elle pas biaisée ? Comme vous l’avez mentionné, la plupart des femmes arabes et des hommes ultraorthodoxes ne s’intègrent pas au marché du travail. De plus, l’armée israélienne a l’intention de réduire ses effectifs. N’y a-t-il pas là un risque à ce qu’ils se retrouvent tous en même temps sur le marché du travail ? N’est-il pas évident que ce flux soudain poserait problème et pèserait fatalement sur le taux de chômage ?


Je crois que ces chiffres correspondent à la réalité. Environ 74 % de la population âgée de 25 à 64 ans est active. La moyenne est d’environ 71,1 % dans les autres pays de l’OCDE. Notre taux est donc supérieur et ce, bien que de larges segments de la population n’ont pas encore intégré le marché du travail. Je compte bien sur notre programme pour amener les femmes arabes et les hommes harédim à se doter d’un emploi productif qui leur soit adapté. En ce qui concerne les femmes arabes, le programme est conçu pour les aider à créer leurs propres PME (petites et moyennes entreprises) et les encourager à devenir des entrepreneurs indépendants. Pour ce qui est des hommes ultraorthodoxes, leur arrivée sur le marché du travail se fera de façon progressive. Tous ne voudront pas commencer à travailler en même temps. Je suis également convaincu qu’avec une croissance économique de 5 % par an, nous serons en mesure de créer des emplois pour tout le monde.


Le gouvernement, dites-vous, veut promouvoir les hautes technologies et l’innovation. Mais au jour d’aujourd’hui, rien n’est fait pour soutenir ces industries de pointe, au moment où ce secteur en a justement un besoin crucial. Les exportations sont en baisse en raison de la crise de la dette en Europe occidentale et des retombées négatives de la crise des subprimes aux Etats-Unis. Sans compter que cette industrie peine de plus en plus à obtenir les levées de fonds nécessaires sur les marchés d’outre-mer, alors que son fonctionnement en dépend majoritairement. Enfin, le cours du shekel est trop élevé, ce qui pénalise les exportations israéliennes en général et l’industrie high-tech en particulier, puisque ce secteur dépend à 80 % de l’exportation de sa production. Et ce, alors même que le budget alloué au domaine des technologies de pointe ne représente qu’à peine la moitié de ce qu’il était il y a 10 ans et que celui du ministère des Sciences et des technologies est dérisoire…


En effet, le budget alloué au secteur scientifique de pointe est faible, mais il va bénéficier de fonds supplémentaires puisés sur les réserves budgétaires. Les problèmes que rencontrent les industries du high-tech sont temporaires. La demande pour des produits de consommation israéliens est en baisse sur les marchés d’outre-mer, non pas parce que nous n’avons pas de produits de pointe de qualité, mais parce que la demande mondiale a chuté en raison de la crise actuelle qui frappe l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale. Dès que les choses vont reprendre leur cours normal, le flux de commandes de nos produits va repartir. Il est vrai aussi qu’une monnaie trop forte nuit à l’exportation. C’est pour cela que je soutiens les mesures prises par la gouverneuse de la Banque d’Israël, Karnit Flug. Nous ne permettrons pas une hausse du shekel qui mettrait à mal nos exportations et ferait du tort au commerce extérieur israélien. Le ministère des Finances et la Banque d’Israël interviennent sur le marché des changes, en vendant des shekels et en achetant des dollars, afin de dissuader les spéculateurs de devises.


Le gouvernement veut construire des centaines de milliers de nouveaux logements pour stimuler la demande et faire baisser les prix. Mais est-ce réaliste dans la mesure où nos entrepreneurs ont à peine assez de main-d’œuvre pour assurer les chantiers en cours ?


Nous sommes déterminés à venir à bout de la crise du logement, qui reste un des grands défis auquel ce pays est confronté. Si besoin est, nous emploierons une main-d’œuvre étrangère dans le secteur du bâtiment. Et s’il le faut, nous ferons appel à des entreprises de construction à l’étranger. Rien ne dissuadera le gouvernement de mettre en chantier de plus en plus de projets immobiliers. Vous pouvez être sûr que nous allons résoudre cette crise du logement par tous les moyens.



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