Le Moyen-Orient sur la bonne voie pour se transformer en un bloc islamiste,
dirigé par les Frères musulmans, a annoncé Avi Dichter, ministre de la Sécurité
intérieure et ancien chef du Shin Bet. Lors du Sommet mondial de lutte contre
le terrorisme, il a également évoqué la guerre civile qui fait rage en Syrie.
“La question est de savoir quand, et non si, le régime d’Assad tombera”, a-t-il
expliqué. Il est indispensable de savoir si le régime qui le remplacera sera
laïc et libéral ou fondé sur le modèle des Frères musulmans.
Autre question laissée en suspens : celle d’un Moyen-Orient nucléaire. Si
l’Iran se procure l’arme atomique, il y a tout à parier que l’Egypte et
l’Arabie Saoudite suivront son exemple. “Plus près de chez nous, le Hezbollah
dispose de 60 000 à 70 000 roquettes pointées sur Israël”, a complété de son
côté Amos Guilad, chef de la sécurité.
L’organisation terroriste libanaise stocke des roquettes de divers types,
rappelle-t-il. Et son arsenal est beaucoup plus robuste que celui qu’il
détenait avant la seconde guerre du Liban. “La prochaine guerre sera dirigée
contre le Front intérieur”, a averti Guilad. Le Hezbollah serait en outre
responsable de nombreux attentats terroristes perpétrés à l’étranger.
Surenchère de menaces
S’il reconnaît que la menace représentée par le Liban est de plus en plus
forte, Guilad est optimiste quant à la situation sécuritaire d’Israël. Il cite
des développements positifs en Syrie, Egypte, et dans la bande de Gaza.
“En Syrie, il y a de bonnes nouvelles”, assure-t-il. “Le plateau du Golan
est la zone la plus calme de la région. Nos capacités de dissuasion suffisent
pour l’heure.” Al-Qaïda relève toutefois la tête en Syrie, explique l’expert.
La chute d’Assad lui permettra de s’engouffrer dans un nouveau front de
terrorisme contre Israël.
Concernant l’Egypte, Guilad souligne que bien qu’il existe de nombreux
groupes terroristes qui cherchent activement à frapper Israël depuis le Sinaï,
le président Mohammed Morsi, nouvellement élu, et son gouvernement, restent
attachés à la paix. A Gaza, “la situation est relativement sobre”. D’après
Guilad, Israël ne doit pas faire face à une menace militaire conventionnelle.
Enfin, sur la question iranienne, le professeur Ouzi Arad, ancien
conseiller de Binyamin Netanyahou et chef du Conseil national de la sécurité,
considère l’année à venir comme cruciale. “D’une manière ou d’une autre, le
programme nucléaire iranien sera stoppé en 2013.”
La question des “lignes rouges” évoquées par Binyamin Netanyahou doit être
précisée entre les Etats-Unis et Israël, a-t-il également glissé, et en aucun
cas à travers un débat public, diffusé dans les médias. Le printemps arabe
était le thème récurrent lors de la conférence. En grande partie pour
comprendre ce que les locuteurs perçoivent comme le désordre et l’instabilité
au Moyen-Orient.
Eitan Ben-David, directeur du bureau israélien contre le terrorisme, a
déclaré qu’à la suite du printemps arabe, “Israël peut s’attendre à une recrudescence
du terrorisme, dirigé contre ses militaires et ses civils.” “La menace qui pèse
sur les citoyens israéliens qui circulent dans le Sinaï est sévère. Tout comme
la menace posée par le Djihad mondial, le cyber-terrorisme et le terrorisme non
conventionnel”, a ajouté Ben-David.
Nitzan Nouriel, ancien directeur du Bureau de lutte contre le terrorisme,
insiste de son côté sur les dangers qui planent dans le Sud, d’Eilat à Kerem
Shalom. D’après lui, le Sinaï est inondé d’armes à feu, et empli de terroristes
qui cherchent à nuire à Israël. La menace qu’ils représentent pourrait
largement justifier une opération de l’Etat hébreu, estime-t-il.
Parallèlement à ces propos, un certain nombre d’orateurs considèrent que le
principal défi auquel Israël est confronté reste l’impossibilité de parvenir à
une solution diplomatique avec les Palestiniens. Shaoul Mofaz, leader de
Kadima, est allé jusqu’à dire que “la menace pour Israël d’un futur Etat
binational est supérieure à la menace de l’Iran”.