Si le gouvernement avait déclaré, dans le sillage de l’obtention palestinienne
d’un statut d’Etat non-membre, qu’il donnait son feu vert au zonage et aux
plans d’urbanisation dans la zone E1, celle située entre Jérusalem et Maalé
Adoumim, il a rectifié le tir. Et tenté de bien se faire comprendre : son but
consiste à signaler la reprise des constructions, si jamais la Palestine
poussait plus loin ses actions unilatérales du type de la demande devant l’ONU,
formulée jeudi 29 novembre.
Les Palestiniens affirment que la construction en zone E1 couperait Jérusalem
du reste de la Judée-Samarie, en brisant la continuité territoriale d’un futur
Etat palestinien.
Et sonnerait donc le glas d’une solution à deux Etats. Autre précision de
Netanyahou à ses ministres : les 3 000 logements autorisés vendredi seraient
construits dans les grands blocs d’implantations, à l’image des quartiers
d’après 1967.
Selon un porte-parole du ministère de la Construction et du Logement, ces
unités pourraient fleurir à Ariel, Elkana, Efrat, Karnei Shomron et dans les
quartiers de Jérusalem : Pisgat Zeev et Gilo.
L’annonce du gouvernement des unités de construction supplémentaires est la
réponse subite au succès palestinien d’acquérir leur statut d’Etat observateur
non membre à l’Assemblée générale des Nations unies.
Dimanche, le ministre des Finances Youval Steinitz passait la deuxième couche :
refuser les quelque 450 millions de recettes fiscales qu’Israël envoie chaque
mois à l’Autorité palestinienne. A la place, ces fonds récoltés chez les
Israéliens iront tout droit au remboursement des 800 millions de dette de l’AP
à la Compagnie d’électricité israélienne.
La démarche de l’AP à l’ONU ne sera pas sans conséquence, a prévenu Steinitz,
peu avant la réunion du cabinet dimanche.
En particulier, en ce qui concerne le transfert de taxes.
Israël, isolé ?
A Ramallah, les responsables palestiniens ont qualifié la
décision d’acte de piraterie et de chantage. Ils espèrent maintenant que les
pays arabes respecteront leurs engagements en fournissant à l’Autorité
palestinienne 100 millions de dollars par mois, pour compenser la perte des
recettes fiscales israéliennes.
Hana Amireh, membre du comité exécutif de l’OLP, annonçait ainsi une réunion
des pays de la ligue arabe, le 9 décembre prochain, pour discuter des moyens
d’aider l’Autorité palestinienne dans le sillage de la décision israélienne.
Selon Amireh, Israël est maintenant en conflit, non seulement avec les
Palestiniens, mais avec tous les pays qui ont voté en faveur de la candidature
de l’AP à l’ONU.
Pendant ce temps, les ambassadeurs de plusieurs pays clés de l’UE - la
Grande-Bretagne, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas – ont demandé des
éclaircissements en exhortant Israël à reconsidérer ses plans. La question devrait
figurer en tête de liste des pourparlers entre Netanyahu et la chancelière
allemande, Angela Merkel, à Berlin cette semaine.
Et un diplomate d’ajouter que l’intention de poursuivre les constructions en
zone E1 pose problème aux Européens, car elle sape la crédibilité d’Israël face
à une solution à deux Etats.
Bibi, quant à lui, a ouvert la réunion hebdomadaire du cabinet en défendant les
constructions en Judée-Samarie.
Pour ce faire, il citait la réponse de son prédécesseur Itzhak Rabin, suite au
vote de l’ONU en 1975 qui assimilait le sionisme au racisme. « La riposte aux
attaques sur le sionisme et l’Etat d’Israël consiste à renforcer et souligner
la mise en oeuvre du plan de constructions dans tous les secteurs que jugera
nécessaire le gouvernement ». Puis de continuer par les paroles de Rabin : «
Aujourd’hui, nous construisons et nous continuerons à construire, à Jérusalem
et dans toutes les zones stratégiques pour l’Etat d’Israël. » Pour Netanyahu,
l’action de l’AP à l’ONU constitue comme une « violation flagrante des accords
signés avec Israël ».
« Il n’y aura pas d’Etat palestinien sans un arrangement dans lequel la
sécurité des citoyens israéliens sera assurée », a-til martelé. « Il n’y aura
pas d’Etat palestinien jusqu’à ce que l’Etat d’Israël soit reconnu comme l’Etat
du peuple juif. Il n’y aura pas d’Etat palestinien tant que les Palestiniens ne
voudront pas déclarer la fin du conflit. Israël n’acceptera pas que la
Judée-Samarie serve de base au terrorisme iranien, comme cela s’est produit
dans les régions que nous avons évacuées dans la bande de Gaza et au Liban. »
Le gouvernement a officiellement rejeté la résolution de l’ONU, à l’unanimité.