Un journaliste qui
se respecte ne conseillerait jamais à ses lecteurs de ne pas lire ses propres
articles. Mais peut-être que, au cours des 4 à 6 prochaines semaines, ce ne
serait pas une si mauvaise idée… Pourquoi ? Parce que, au cours des négociations
de coalition, grand nombre d’élus vont dire des choses qu’ils ne pensent pas et
penser des choses qu’ils ne diront pas. Tout cela fait partie de l’âpre
marchandage qui précède la formation d’une coalition la plus stable possible.
Le Premier ministre Binyamin Netanyahou laissera entendre qu’il pourrait
laisser le leader de Yesh Atid, Yaïr Lapid en dehors du gouvernement, et Lapid
menacera, pour la forme, de prendre la direction de l’opposition pour une
courte période avant de remplacer Netanyahou. Shas affirmera qu’il ne siégera
pas avec Lapid. Yesh Atid clamera qu’il ne siégera pas avec Shas. Et les élus
de droite et de gauche se diront des amabilités depuis les deux côtés de la
Knesset.
Mais lorsque sonnera l’heure de la date butoir pour former un gouvernement, le
16 mars prochain, il est fort à parier que tout ce beau monde saura s’entendre
et s’asseoir ensemble sur les confortables fauteuils du bureau du Premier
ministre.
Le rituel a commencé dimanche 3 février, à l’hôtel Kfar Hamaccabiah de Ramat
Gan, un endroit fort agréable pour passer plusieurs heures derrière une porte
close, puis aller au-devant des journalistes et les induire en erreur. Devant
les caméras, les négociateurs ont la dent dure.
Mais qui sait ce qui se passe à l’intérieur ? En 2003, la presse a passé de
longues journées au Kfar Hamaccabiah ignorant totalement que l’hôtel servait de
trompe-l’oeil pendant que les vraies négociations entre Shinouï (formation du
père de Lapid, Tommy) et le Parti national religieux se déroulaient à
Jérusalem, à la résidence du futur Premier ministre Ehoud Olmert.
Lorsqu’ils s’adressent aux caméras, les politiciens déclament haut et fort
qu’ils ne se soucient guère de portefeuilles et que toutes les négociations
portent sur leurs principes politiques. Que la vérité en soit bien loin importe
peu. Les accords de coalition signés par les partis sont rarement honorés en
fin de compte, hormis les ministères dévolus à chacun. Le volet idéologique du
document est vite oublié.
Par exemple, lors des derniers accords signés en mars 2009, les 6 partis entrés
au gouvernement avaient fait voeu de mettre un terme au régime du Hamas dans la
bande de Gaza et de faire passer la loi qui permettrait aux Israéliens de
l’étranger de voter aux élections. En 2003, dans l’accord signé avec Shinouï,
il était stipulé que le mariage civil serait approuvé.
Mais aujourd’hui, le rabbinat contrôle toujours les unions, le Hamas est
toujours au pouvoir à Gaza, et aucun progrès notable n’a été enregistré sur la
loi dite Omri Caspi, du nom du joueur de basket israélien, qui mène une
brillante carrière aux Etats-Unis depuis 2009.
Alors s’il vous plaît, chers lecteurs, continuez à lire le Jerusalem Post.
Mais, jusqu’à ce que le nouveau gouvernement Netanyahou soit officiellement
signé et approuvé, lisez les déclarations des élus avec prudence et modération.
Les choses finiront par se mettre en place. Il faut juste encore un peu de
patience…