La protection de l’environnement, une cause juive

Israël, où les mesures pour favoriser le développement durable sont encore timides, devrait être un phare pour l’humanité dans ce domaine

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January 28, 2018 15:38
La protection de l’environnement, une cause juive

L’auteur vêtu d’un talit coloré éthiopien lors d’un rassemblement en amont de la conférence sur le climat de Copenhague en 2009. (photo credit: ALLIANCE OF RELIGIONS AND CONSERVATION)

 
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Quand Dieu a créé Adam, Il l’a conduit dans le jardin d’Eden au milieu de la végétation et lui a dit : « Regarde cette beauté, cette nature que J’ai faite, tout ceci mérite d’être préservé et chéri. Tout ce que J’ai créé, je l’ai fait pour toi, pour ton bien-être. Penses-y et ne gâche pas tout. Si tu gâches tout, sache qu’il n’y aura personne pour réparer après toi » (Ecclésiaste, Rabba 7, 13). Aujourd’hui, il est légitime de se demander : « Avons-nous pris soin de cet environnement ? Avons-nous su préserver la nature ou avons-nous effectivement tout gâché ? »

Avec la proximité de Tou Bichevat, « le Nouvel An des arbres », fête du renouveau de la terre d’Israël et journée dédiée à la nature, c’est le moment idéal de s’interroger. Il est temps d’agir individuellement et collectivement : s’il le souhaite, le peuple juif peut mener une révolution pour sauver la planète. L’heure est à l’urgence : près de 97 % de l’électricité produite en Israël provient de sources fossiles, tandis que la part d’énergies renouvelables comme le soleil est encore faible ; cela, alors que le pays dispose pourtant de la technologie pour produire suffisamment d’énergie solaire et couvrir ses besoins, à un coût moindre que le gaz naturel.

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La population juive, dans son ensemble, à la fois en Israël et en dehors du pays, est peu économe en termes de consommation énergétique. On le constate avec le nombre de voitures par foyer : disposant souvent de revenus confortables, les familles juives américaines et autres utilisent bien souvent deux véhicules. On peut malheureusement en conclure que les juifs font partie des citoyens du monde les moins attentifs à l’environnement, et ce, même si nous nous cachons derrière une forme de bonne conscience en recyclant nos ordures. Mais c’est loin d’être suffisant.

Comportements paradoxaux

Nous vivons ainsi dans l’hypocrisie la plus totale. Nous utilisons par exemple des assiettes jetables pour servir les mets traditionnels de Tou Bichevat, censés symboliser la magnificence de la nature, sa préservation, et célébrer les ressources de la planète. Un comble quand on y pense. Et nos contradictions ne s’arrêtent pas là. Nous nous rendons en Terre sainte pour y effectuer un pèlerinage et nous retroussons nos manches pour y planter un arbre. Mais à côté, nous avons voyagé dans un avion qui a dégagé 1,5 tonne métrique de gaz carbonique… Nous sommes attentifs à la cacherout, mais accordons peu d’importance à l’huile de palme utilisée dans les produits que nous consommons, dont l’usage extensif est une des premières causes de la déforestation mondiale, privant peu à peu la Terre de son poumon d’oxygène. Nous prions Dieu à la synagogue pour nous précipiter ensuite dans nos voitures à essence et conduire en allumant l’air conditionné ou le chauffage. Des gestes basiques, accomplis sans réfléchir, mais qui sont tous potentiellement dangereux pour notre environnement, et qui auront de graves conséquences sur la vie de nos enfants et petits-enfants. Notre vision à court terme dégrade peu à peu les conditions de vie des futures générations. Il est temps de revoir tous nos principes, pour être en harmonie avec nous-mêmes et avec la mission que Dieu nous a confiée, à savoir préserver la planète, et préserver l’humanité.

Une voix religieuse

J’ai eu l’honneur de participer à la conférence sur le climat de Copenhague en décembre 2009, au sein de la délégation juive de « Alliance of Religions and Conservation (ARC) », une organisation dont la mission est de réunir les principales religions du monde pour bâtir des projets environnementaux basés sur leurs propres enseignements, croyances et pratiques. Sur la thématique De nombreux paradis, une seule Terre, nous avons travaillé main dans la main avec l’Organisation des Nations unies pour développer un projet environnemental sur les sept prochaines années. Malgré l’échec des responsables politiques, j’espérais que nous pourrions être une autorité morale religieuse suffisamment puissante pour créer un consensus capable de sauver la planète.

Nigel Savage, fondateur de l’ONG juive Hazon (vision) née en 2000, qui s’est donné pour mission de créer un monde plus sain et durable, ainsi que le rabbin Yedidya (Julian) Sinclair, universitaire et expert en ressources énergétiques, sont intervenus devant un parterre de responsables religieux venus des quatre coins du monde. Les deux hommes ont présenté leur vision juive de l’avenir de la planète et de l’environnement, en parlant au nom du peuple juif. Ils s’exprimaient devant le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon et le prince Philip, époux de la reine Elisabeth II et fondateur de l’ARC. Un tonnerre d’applaudissements a salué la fin de leur discours, et tous les dignitaires présents ont semblé prendre conscience de l’importance de l’enjeu. Sept ans plus tard, cependant, force est de constater que rien n’a changé.

Trop de voitures



La députée Yaël Cohen Paran (Camp sioniste), que j’ai accompagnée lors des négociations à la conférence sur le climat à Paris en décembre 2016, est la première élue dans l’histoire d’Israël à représenter une tendance verte au sein de la Knesset. Avant de siéger au parlement, elle militait au sein de nombreuses organisations écologiques dont Green Course, qui plaide pour une meilleure prise en compte des questions environnementales dans la politique et dans les prises de décisions économiques en Israël. « Il y a de nombreuses raisons de s’inquiéter des dégâts environnementaux en Israël, mais la première préoccupation est la pollution atmosphérique, provenant essentiellement des voitures et de l’industrie », explique Yaël Cohen Paran, précisant que certaines villes de l’Etat juif sont parmi les plus polluées du monde occidental.

Selon l’OMS (Organisation mondiale de la Santé), chaque année quelque 2 500 personnes meurent dans le pays de maladies liées à la pollution ambiante. C’est six fois plus que le nombre de morts sur les routes, et cent fois plus que celui des victimes du terrorisme ou de la guerre. En outre, plus de 200 000 nouveaux véhicules se rajoutent annuellement sur les routes du pays, aggravant la pollution de l’air. Haïfa, Tel-Aviv et Jérusalem envisagent d’interdire la circulation de voitures diesel très polluantes au sein de leurs agglomérations. Une intention qui, même si elle n’est pas suivie d’effet, montre qu’une prise de conscience est en train de s’opérer parmi les responsables du pays.

Surpopulation

La pollution atmosphérique, tout comme celle des rivières, de la nappe phréatique, et l’accumulation des ordures proviennent de la surpopulation. Or, il est parfois difficile d’évoquer les dangers liés à un trop grand nombre d’habitants en Israël, explique Alon Tal, professeur à l’université de Tel-Aviv. « Toujours traumatisés par la Shoah et hantés par les craintes d’une disparition du peuple juif, de nombreux Israéliens ont encore du mal à réfléchir rationnellement aux questions liées à la surpopulation », explique l’universitaire qui dirige le département de politique publique, et auteur de l’ouvrage The land is full : addressing overpopulation in Israël (Le pays est surpeuplé : comment répondre au défi de la surpopulation en Israël).

Mais les faits sont là : « Israël est un des pays les plus densément peuplés au monde en habitants au kilomètre carré », indique Alon Tal. « Cette surpopulation s’accompagne d’une dégradation des conditions de vie, d’une hausse de l’anxiété chez les habitants, de l’assèchement des ressources naturelles, des cours d’eau, de la pollution de la nappe phréatique. C’est tout l’écosystème qui se détériore. Les surfaces habitables vont en diminuant. A un certain moment, une ligne rouge sera franchie et notre terre deviendra incapable d’accueillir de nouveaux habitants », explique-t-il.
Comme dans de nombreux autres pays, une guerre oppose ceux qui défendent leurs intérêts financiers et ceux qui se soucient de l’environnement et de la santé publique. Dans cette bataille, le gouvernement se range souvent du côté des intérêts financiers pour des raisons électorales à court terme, sacrifiant ainsi les causes sanitaires et environnementales.

En Israël, les questions liées à l’environnement n’orientent pas les choix des électeurs, qui se déterminent avant tout sur les questions sécuritaires et la gestion du conflit israélo-palestinien. La qualité de l’air et l’écologie sont souvent abordés, mais de façon théorique ; ces sujets ne sont pas encore devenus des arguments suffisants pour orienter les votes.
Nous en avons eu la preuve avec l’usine d’ammoniac de Haïfa. Sa fermeture, suite à de fortes nuisances sur la qualité de l’air de la ville, avait été décidée par le ministre de l’Environnement ; toutefois, le Premier ministre est intervenu par la suite pour annoncer que son activité se poursuivrait pendant encore un certain temps. De nombreux autres exemples peuvent être cités, qui illustrent le peu d’empressement des responsables étatiques à se soucier des causes environnementales. Ainsi le gouvernement, avec l’aval du ministre de l’Energie et de l’Eau, a-t-il accordé de façon irresponsable des droits d’exploitation pour des forages de pétrole dans le Golan, et pour l’exploitation de gisements de gaz naturel tout près des rivages de la ville de Zikhron Yaacov.

Mesures timides

Dans ce contexte, les mesures prises en faveur de l’environnement sont extrêmement timides, quasi inexistantes. Contrairement aux requêtes des militants écologiques, le ministre des Finances n’a accordé que sur une courte période des avantages fiscaux aux acheteurs de voitures électriques. Il n’a pas osé s’attaquer à la racine du mal, à savoir réduire drastiquement les importations de voitures à essence, par crainte des représailles des constructeurs automobiles qui vendent leurs véhicules en Israël. Autre exemple : malgré les risques des émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement a refusé de modifier la taxe carbone sur les industries polluantes qui libèrent dans l’atmosphère de grandes quantités de dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre. Enfin, les responsables économiques et politiques encouragent l’exploitation du gaz, alors même que l’énergie solaire permettrait de créer plus d’emplois, tout en étant plus économique et moins néfaste pour l’environnement.

Une chose est certaine. Nous savons tous que lorsque le peuple juif décide de s’atteler à une tâche, il peut accomplir des miracles. Les exemples sont multiples. Nous l’avons démontré avec le retour de la Diaspora en Terre sainte après 2 000 ans d’exil, les opérations de sauvetage de juifs de par le monde, et la création d’un pays avec une dynamique économique exceptionnelle, une industrie innovante, et un secteur high-tech envié dans le monde entier. Et aujourd’hui, les juifs doivent être aussi soucieux de sauver l’humanité, en sauvant la planète.

Il n’y a pas de tâche plus honorable. Chacun peut y contribuer individuellement et aussi collectivement : le monde juif ne peut se permettre de voir Israël se laisser rattraper par des seuls intérêts financiers égoïstes. Le pays doit briller et être un phare pour les autres nations dans ce domaine. Rappelons-nous les paroles de Moïse adressées à son peuple avant le passage du Jourdain, juste avant d’entrer en pays de Canaan : « Choisis donc la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité », est-il dit.

Chacun de nous peut, à son niveau, respecter cette injonction. Il peut s’agir notamment d’accorder en tant que citoyen plus de fonds aux causes écologiques, aux organisations militantes pour sauvegarder l’environnement et promouvoir le développement durable.

Surconsommation de viande

Nous devons également avoir le courage de reconnaître que la consommation de viande est trop élevée au sein de notre communauté. Israël se place au 7e rang des pays plus grands consommateurs de viande de bœuf, avec une moyenne de 20,4 kg par an et par personne. Hors d’Israël, les juifs sont également de grands amateurs de viande rouge. Toute la chaîne de production, en partant de l’élevage, l’alimentation du bétail, son abattage, sa transformation, son transport sur les lieux de vente, a un impact très négatif sur l’environnement, en dégageant de fortes émissions de gaz à effet de serre. Ainsi, votre appétit pour le sandwich au pastrami est tout autant destructeur pour la planète que les voitures et les camions.

Nous devons faire des efforts. Face à la menace, il faut employer des méthodes fortes et imposer des règles strictes, sinon nous courons tout droit à notre perte. Il s’agit d’une question de survie de l’espèce et face à cet enjeu, les mesures à prendre doivent être radicales. Pourquoi ne pas décider qu’un jour par semaine, le lundi par exemple, serait une journée sans viande ? Et pourquoi pas un shabbat ou des repas de fête sans bœuf ?

Diviser par deux notre consommation de viande permettrait d’améliorer immédiatement la situation. On éviterait ainsi de dégager quelque 18 000 tonnes de CO2 dans l’atmosphère, tout en améliorant notre bien-être et notre santé. Et nous deviendrions un exemple pour les autres peuples et communautés. Tel-Aviv a ouvert la voie. La ville est ainsi qualifiée par le quotidien britannique The Independent de « capitale mondiale des végétariens et des végans ». Israël posséderait en effet la proportion de végétaliens la plus élevée au monde, avec près de 200 000 adeptes d’un régime alimentaire strictement végétal pour 8 millions d’habitants. Un créneau dans lequel s’est d’ailleurs engouffré le ministère du Tourisme, pour vanter Israël comme une « nation végan ». Il faut continuer sur ce chemin.

Concrètement, il s’agit aussi d’informer le consommateur de l’impact sur l’environnement de l’absorption de viande rouge. Il faut arriver à le culpabiliser, tout en appliquant des taxes sur la vente de bœuf. L’objectif est que d’ici 2021, la viande rouge soit quasiment bannie de notre alimentation, notamment lors des repas de fête. Le poulet dont les Israéliens raffolent remplace ainsi avantageusement la viande rouge, et son impact sur l’environnement est nettement moindre. L’Israélien est en effet le premier consommateur de poulet au monde, une viande beaucoup moins polluante en termes de libération de gaz à effet de serre. Si l’on aborde la question du poisson, on doit également s’alarmer car d’ici quatre cycles de chmita, les mers et les océans seront si pollués par les déchets que les poissons deviendront impropres à la consommation.

Valeur juive

« Le développement durable est une valeur juive », souligne Jeremy Kranowitz, responsable de l’organisation écologique Hazon. « Garantir un développement durable est avant tout lié à l’alimentation. Si vous êtes concernés par l’état de votre planète, par l’avenir que nous préparons pour nos enfants, par la qualité de l’eau et le climat, vous devez savoir que vos choix alimentaires ont un impact direct sur tout cela. Comment cultivons-nous la terre, comment nourrissons-nous le bétail ? Toutes ces questions doivent être étudiées et faire l’objet d’un consensus », poursuit-il.

Avec Hazon et le mouvement baptisé « Initiative juive pour le climat », il a conçu en 2009 un programme de sauvegarde de l’environnement inspiré de préceptes empruntés au judaïsme. Il s’articule notamment autour de la chmita, ce commandement de la Torah qui appelle les agriculteurs juifs à observer tous les sept ans une année de jachère. L’idée est que la terre doit se reposer comme le font les humains le jour du chabbat. La prochaine année de relâche commencera en 2021, le jour du Nouvel An juif. Les juifs et Israël ont encore quatre ans pour s’orienter vers une culture plus responsable, plus écologique, en abandonnant leurs pratiques actuelles néfastes pour l’environnement, et démontrer au monde comment ils sont capables de se transformer et de diriger la révolution verte dont la Terre a si cruellement besoin. L’an dernier, je suis intervenu lors de la convention internationale du World Union for Progressive Judaism (Union mondiale pour un judaïsme progressif) à Jérusalem. L’assistance a salué mon parcours de militant et d’entrepreneur solaire, mais lorsque j’ai évoqué les risques de dégradation de la planète et les actions que nous devions entreprendre pour la sauver, l’atmosphère a changé. J’ai choqué les participants en déclarant que tous les membres de la communauté juive qui continueraient à conduire une voiture à essence d’ici 2021, devraient être considérés comme commettant un Hilloul Hachem (profanation du nom de Dieu).

Leur réaction offusquée face à ma proposition illustre nos contradictions. Même les juifs les plus actifs, les militants les plus convaincus n’arrivent pas encore à voir les conséquences négatives et mêmes destructrices de nos actions quotidiennes sur l’environnement et sur notre qualité de vie future. Les juifs savent parfaitement s’adapter, ils l’ont prouvé maintes fois au cours de leur histoire tourmentée. La Knesset ne devrait pas hésiter à interdire la commercialisation de voitures très polluantes, comme la Chine, l’Inde, la Norvège et le Royaume-Uni se sont engagés à le faire.

Comportement responsable

Selon l’OMS, quelque six millions de personnes meurent chaque année dans le monde de la pollution. Les transports contribuent à quelque 14 % aux émissions de gaz à effet de serre, qui provoquent à terme dérèglements climatiques, feux de forêts, sécheresse, orages… Quand la fonte des glaciers s’accélérera en Antarctique, le niveau des mers et des océans montera au point d’inonder Amsterdam, Miami, New York et la plupart des pays insulaires, notamment dans le Pacifique.

Des centaines de millions de vies vont être menacées dans les quatre prochaines années par les effets négatifs des changements climatiques. Plutôt que de financer un mémorial aux victimes des dommages environnementaux, faisons en sorte d’être responsables, de mener une politique raisonnable pour l’environnement. Nous devons bâtir une nouvelle génération de « citoyens et consommateurs responsables » juifs et non juifs.

Le Rabbin Yonathan Neril est un militant vert qui vit à Jérusalem. Il s’entretient régulièrement avec d’autres dignitaires religieux pour trouver les moyens d’être plus efficace pour la planète. « Nous devons nous attaquer aux racines du mal et comprendre pourquoi nous dégradons l’environnement. Notre arrogance, notre besoin de sécurité, d’accumuler les richesses, notre absence d’empathie avec la nature, notre besoin de tout contrôler… nous ont conduits à cette crise environnementale. Pour renverser cette tendance, nous devons être plus généreux, s’inscrire dans le long terme, cultiver l’humilité et modérer notre consommation », souligne-t-il. « Nous devons suivre les principes du rabbi de Loubavitch énoncés en 1981 et nous priver autant que possible des utilisations de sources fossiles très polluantes pour privilégier l’énergie solaire », ajoute-t-il.

Vision de Ben Gourion

Souvenons-nous également qu’un des pères fondateurs d’Israël, David Ben Gourion, avait une sensibilité écologique et croyait déjà en 1956 à l’énergie solaire. J’ai eu le privilège, grâce aux hasards du calendrier, de concrétiser les aspirations de Ben Gourion en posant la première pierre de l’industrie solaire en Israël au kibboutz Ketura (dans la vallée de l’Arava au sud du pays). L’idée était d’alimenter en énergie solaire toute la région comprise entre la mer Rouge et la mer Morte pendant la journée, une initiative qui servirait d’exemple autant pour le reste du pays que dans le monde. Non seulement les responsables politiques locaux étaient contre cette initiative, mais ils estimaient que techniquement, le solaire ne pourrait fournir que 20 % de l’énergie de la région.

Malgré les oppositions, le chantier, premier du genre en énergie solaire au Moyen-Orient, a été lancé en 2011 à Ketura. Aujourd’hui, la région est alimentée 70 % du temps dans la journée grâce au soleil et le sera à 100 % d’ici 2020. Notre pari est gagné. Mais dans le reste du pays, le résultat est loin d’être satisfaisant : aujourd’hui, seule 3 % de l’énergie produite en Israël provient du soleil. Dommage, car elle est facile à produire. Quoi qu’il en soit, nous devons tenir bon, et convaincre des bienfaits des sources d’énergies alternatives, comme les panneaux photovoltaïques, les éoliennes et exporter notre technologie dans d’autres pays, notamment en Afrique.

Nigel Savage nourrit le rêve que le peuple juif sera le premier sur la planète à avoir une empreinte carbone neutre, c’est-à-dire qu’il ne dégagera plus de dioxyde de carbone émis par la combustion d’énergie fossiles. Les chiffres sont alarmants. La concentration de CO2 dans l’atmosphère a largement dépassé le niveau symbolique de 400 ppm (parties par million de molécules d’air) en 2016, pour atteindre 403,3 ppm en moyenne, selon un bulletin de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Ces concentrations forment une chape de plomb au-dessus de la planète et dérèglent le climat. Pour retrouver l’équilibre, nous devons redescendre à un taux moyen de 350 ppm. Mais si rien n’est fait, le pire risque d’arriver.

Voilà où la religion juive peut avoir un impact déterminant et sauver notre planète : grâce au respect du chabbat en Israël, on a constaté une réduction de près d’un tiers des gaz à effet de serre dans le pays, ce jour de la semaine. A Yom Kippour, les émissions de CO2 sont nulles. Si un jour par semaine était chômé dans le monde, les émissions de gaz seraient réduites d’un septième, permettant à notre planète de reprendre espoir et de ne plus sombrer. De quoi méditer… 

Militant écologique, lauréat d’une récompense décernée par la Knesset, l’auteur est le président de la société Energiya Global Capital qui travaille dans l’industrie solaire et a été nommé par CNN un des entrepreneurs « verts » les plus innovants.


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