Libérer les captives

Le courant sioniste religieux a récemment entrepris de prendre part à la lutte contre le fléau de la prostitution

By HANNAH KATSMAN
February 11, 2018 16:02
Libérer les captives

Série de posters créés par Shaked Perez. (photo credit: IDIT WAGNER)

 
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La prostitution n’est malheureusement pas un phénomène isolé en Israël. Les chiffres officiels, glaçants, font état de 12 000 prostituées dont 600 hommes. 11 %, soit 1 000 environ, sont des mineurs, dont 80 % vont parallèlement à l’école. On estime toutefois à 2 000 le nombre de mineurs supplémentaires qui se prostituent. La plupart des filles commencent généralement vers l’âge de 13 ans.

Tordre le cou aux idées reçues

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Récemment, le courant sioniste religieux a entrepris de prendre part à la lutte contre ce fléau, à travers un mouvement baptisé « Coalition religieuse pour la lutte contre la prostitution ». Celui-ci vient d’organiser une conférence qui a attiré une centaine de personnes. Le nom donné à l’événement, « Ima Anohi Betzara », est tiré d’un verset des Psaumes : « Je suis avec lui dans la tristesse », féminisé pour l’occasion : « Je suis avec elle ». Les uns après les autres, les intervenants ont exprimé leur indignation devant l’étendue de l’industrie de la prostitution en Israël, et ont appelé à soutenir les prostituées qui souhaitent tourner la page et prendre un nouveau départ.

En mettant l’accent sur la souffrance de celles-ci, ils espèrent tordre le cou aux idées reçues concernant ce milieu. « La prostitution véhicule certains mythes, comme le fait qu’elle rapporte beaucoup d’argent ou qu’elle est le fruit d’un choix », explique l’avocate Nitsan Kahana, qui est partenaire du groupe de travail sur la traite des êtres humains et la prostitution. Elle évoque d’autres chiffres alarmants : l’industrie de la prostitution représente un montant annuel d’1,2 milliard de shekels ; 66 prostituées sont décédées depuis 2010, dont une mère de deux enfants âgée de 26 ans, après que son client ait mis de la drogue dans sa boisson. « Et cet incident n’est pas isolé », affirme l’avocate. Maître Nitsan Kahana s’attache également à démonter l’idée selon laquelle la prostitution devrait être préservée parce qu’elle prévient les viols de rue. « Il est inadmissible de sacrifier une population pour en préserver une autre », dit-elle.

Les nouveaux visages de la prostitution

Aujourd’hui, la prostitution ne s’exerce plus dans la rue, mais principalement dans des bars à strip-tease et des appartements spécialisés, accessibles via téléphone et Internet. Une prostituée a en moyenne cinq ou six clients par nuit, mais ce chiffre peut monter jusqu’à 20 ou 30. On estime qu’un Israélien sur dix fréquente régulièrement des prostituées.

Le problème est que la plupart des prostituées considèrent leur situation comme une fatalité et ne voient pas de porte de sortie. D’après une enquête récente, 77 % d’entre elles souhaitent que leur vie change ; elles aspirent à apprendre un métier et à ne plus avoir de dettes, un facteur qui les rend bien souvent otages de la prostitution. Un dernier chiffre, toujours plus aberrant : 90 % de ces femmes ont été abusées sexuellement dans leur enfance, dont 67 % par leur propre père ou un autre homme de la famille. Précisons que, bien qu’un nombre important de prostituées gagnent de grosses sommes, l’argent disparaît aussitôt dans la poche de leurs proxénètes ou pour assurer leur consommation quotidienne de drogue.



A l’origine de cette coalition contre la prostitution, Meital Bonchek, directrice générale adjointe de Keren Briah qui s’occupe de la promotion des droits des femmes au sein du système de santé, et coordinatrice de la lutte contre la prostitution au sein du bureau de la députée Shuli Moalem-Rafaeli (HaBayit HaYehoudi). Le déclic est venu après la lecture d’un ouvrage sur le trafic sexuel. « Ce livre m’a déchiré le cœur », se souvient-elle. « J’ai alors commencé à me pencher sur ce qui était mis en place ici en Israël pour venir en aide aux prostituées. » En visitant des refuges et des appartements d’urgence pour prostituées, Meital Bonchek a été particulièrement frappée par les tableaux d’affichage jonchés de dizaines d’avis citant les noms de femmes décédées. Elle s’est également rendu compte que « le sionisme religieux était absent de cette lutte », dit-elle en ponctuant sa phrase par un silence. « Mais cela doit changer. »

Avec ses collaborateurs, Meital Bonchek a entrepris de récolter des signatures de rabbaniot appartenant au courant sioniste religieux, qu’elle a ensuite présentées au centre de réhabilitation d’urgence géré par l’association Saleet dans le sud de Tel-Aviv. La seconde étape a été l’envoi de colis de nourriture aux ex-prostituées qui rencontrent des difficultés financières au cours de leur processus de réinsertion. Meital a par ailleurs pris soin d’envoyer des représentants de son mouvement à la cérémonie annuelle de commémoration des victimes.

Les clients bientôt incriminés ?

Puis il y a eu cette fameuse conférence. Dans le cadre du développement d’une nouvelle approche de la religion autour du sujet, la rabbanit Malka Puterkovsky a lu au cours de la rencontre une prière qu’elle a elle-même écrite, destinée à être récitée par des femmes qui espèrent se libérer des chaînes de la prostitution. La députée Shuli Moalem-Refaeli s’intéresse à une loi proposée par Zehava Gal-On du parti Meretz, qui permettrait d’incriminer les clients au lieu des prostituées. Emmy Palmor, assistante au ministère de la Justice, a suggéré une mesure supplémentaire pour favoriser la réinsertion des anciennes prostituées. Cette loi a récemment été adoptée en première lecture. « En attendant le vote définitif », a déclaré Shuli Moalem-Refaeli lors de la conférence, « les clients ne sont jamais inquiétés par la police lorsque celle-ci intervient dans une maison close. Ils sont juste priés de sortir. » « La prostitution s’oppose à toutes les valeurs, qu’elles soient juives, morales, humaines ou sociales », a poursuivi la parlementaire. « En 2018, on constate qu’il existe des soirées de remise de diplômes avec des strip-teaseuses ou des prostituées. Et je suis choquée d’entendre que l’on excuse un général de l’armée en disant qu’il est adulte et qu’il est libre de décider de quelle façon s’amuser. Ou que l’on dise que c’est la tendance aujourd’hui pour les jeunes d’aller dans des bars à strip-tease et que je ne devrais pas le prendre de cette façon. Le strip-tease, c’est de la prostitution, les salons de massage aussi. La prostitution n’a pas cours uniquement dans la rue. Et une seule visite dans l’un de ces endroits permet de se rendre compte qu’on ne peut pas parler de choix. » Lorsque Shuli Moalem-Refaeli s’est rendue dans les maisons de réinsertion gérées par Saleet, c’était la première fois qu’une femme religieuse s’y rendait. « Cette lutte est une cause des plus importantes face à laquelle nous devons apporter la voix de la Torah et du judaïsme », dit-elle.

Au cours de la conférence, des affiches créées par des étudiantes du Collège Emunah Appleman des Arts et Technologies de Jérusalem ont été présentées. « J’étais sous le choc après avoir appris les données sur la prostitution », affirme Shaked Perez, une étudiante de deuxième année. « Je suis rentrée chez moi et j’ai commencé à lire des témoignages. J’ai ressenti le besoin de faire quelque chose. » La jeune femme a produit une série de trois affiches ayant pour thème le jeu d’enfant, afin d’attirer l’attention sur la gravité du sujet, et sur le fait que beaucoup de mineurs sont impliqués. Mon but était de faire passer le message plus doucement », explique-t-elle. « Je voulais que les spectateurs soient interpellés, tout en étant capables de regarder les images. » Toujours au cours de cette soirée, des représentants de différentes organisations ont lu les témoignages anonymes d’anciennes prostituées. « Je me suis prostituée pendant trois ans », écrit « Yasmin ». « C’était comme un lent suicide. Vous vous faites du mal encore et encore. Je disais toujours que je m’arrêterais à Roch Hachana, ou à mon prochain anniversaire. Je ne savais pas comment sortir de ce cercle infernal. »

Une véritable mitsva

L’intervention de la rabbanit Rachel Sprecher Fraenkel, qui représentait l’institut d’études de Torah Nishmat, fut parmi les plus touchantes. « J’ai connu le meilleur de la société israélienne », a-t-elle déclaré. Suite au kidnapping et à l’assassinat de son fils Naftali avec deux autres adolescents en 2014, un grand nombre d’Israéliens s’étaient en effet mobilisés pour soutenir les familles. « Je ne veux pas considérer le côté sombre de notre société. Essayons simplement de faire le bien, alors qu’il y a tant de souffrance dans les rues, tant de mal et de crimes. La plage de Tel Baroukh Beach (à Tel-Aviv) fait également partie d’Israël et nous avons la responsabilité de savoir ce qu’il s’y passe. La société religieuse ne doit pas être déconnectée, penser que la prostitution n’existe pas ou que la seule qui existe est prostitution de luxe. »

La rabbanit a associé le travail de cette coalition en lutte contre la prostitution à au moins trois commandements : « La libération des captifs est une grande mitsva », a-t-elle dit. « Les prostituées sont retenues captives et sont violées en moyenne une fois par semaine. L’autre obligation de sauver quelqu’un induite par le verset “Ne tolère pas le sang versé de ton frère” ne signifie pas que l’on doive littéralement sauver la vie de quelqu’un, mais qu’à chaque occasion où l’on peut remédier à quelque chose de mauvais, on a l’obligation de le faire. » Pour finir, elle a comparé la réappropriation de son corps par une prostituée comme l’accomplissement du commandement de retourner un objet perdu.

Eitan Eizman, fondateur du réseau d’écoles religieuses Noam/Tzvia, a souligné que selon la loi juive, on a l’interdiction de se faire du mal. « La prostitution provoque des dommages physiques et émotionnels, elle détruit l’âme. Même si cela lui procure une source de revenus, la prostituée se fait du mal à elle-même. » Tout en mentionnant le taux élevé de suicides, il a prévenu : « Les hommes qui font appel à des prostituées doivent être conscients des dommages occasionnés tant sur les plans physique que psychique. » Le rabbin Doron Perez, chef du mouvement mondial Mizrachi dont les locaux de Jérusalem ont servi de cadre à cette soirée, a souligné l’importance pour ceux qui vivent en Diaspora d’être conscients des problèmes qui touchent la société israélienne. Liat Bar-Stav, une journaliste et activiste laïque infiltrée en tant que réceptionniste dans un appartement de prostitution, a témoigné : « J’ai rencontré des femmes qui pourraient être des médecins, des députées ou des enseignantes. La perte de ces talents est aussi la nôtre, pas seulement la leur. » « Suite à la conférence », raconte Meital Bonchek, « des activistes laïques m’ont dit qu’ils pensaient qu’il s’agissait d’un événement historique et d’un tournant dans cette lutte. J’espère qu’ils ont raison. »

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