Quand la Shoah écrit à Dieu

Soixante-dix ans séparent ces deux lettres. Elles témoignent toutes deux de la détresse et de l’incompréhension humaine face à la tragédie de la Shoah. Mais aussi de la foi que beaucoup ont su garder, envers et contre tout

By ROBERT SPIRA
December 9, 2014 13:57
3 minute read.
Quand la Shoah écrit à Dieu

Quand la Shoah écrit à Dieu. (photo credit: MARC ISRAEL SELLEM)

 
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La première lettre a été écrite par une petite fille juive de 11 ans : « Dieu ? Que vous êtes bon, que vous êtes gentil, s’il fallait compter le nombre de bontés et de gentillesses que vous nous avez faites, il ne finirait jamais… Dieu ? C’est vous qui commandez, c’est vous qui êtes la justice, c’est vous qui récompensez les bons et punissez les méchants. Dieu ? Après cela je pourrais dire que je ne vous oublierai jamais. Je penserai toujours à vous, même aux derniers moments de ma vie. Vous pouvez en être sûr et certain. Vous êtes pour moi quelque chose que je ne peux pas dire, tellement vous êtes bon. Vous pouvez me croire. Dieu ? C’est grâce à vous que j’ai eu une belle vie avant, que j’ai été gâtée, que j’ai eu des belles choses que les autres n’ont pas. Dieu ? Après cela je ne vous demande qu’une chose : faites revenir mes parents, mes pauvres parents ! Protégez-les (encore plus que moi-même), faites que je les revoie le plus tôt possible, faites-les revenir encore une fois ! Ah ! Je pouvais dire que j’avais une si bonne maman et un si bon papa ! J’ai tellement confiance en vous que je vous dis merci à l’avance. »
Le 6 avril 1944, cette petite fille, Liliane, est arrêtée par les hommes de Barbie. Son frère Maurice, âgé de 13 ans, est également emmené ainsi que 44 autres enfants et 7 moniteurs. Tous se trouvaient dans la maison d’Izieu.
Le 13 avril, la plupart des adultes arrêtés et des enfants arrêtés sont déportés vers Auschwitz par le 71e convoi parti de France. Ils arrivent à Auschwitz le 15 avril après un voyage très pénible. La sélection a lieu sur le quai. Léa Feldblum, seule survivante du groupe, disposait de faux papiers ; cependant, elle a dévoilé sa véritable identité afin de pouvoir être déportée avec les enfants, « ses enfants »… Mais quand l’officier apprend que ces garçons et ces filles sont issus d’un foyer d’enfants, il décide de les séparer de Léa. Le petit Emile Zuckerberg, qui s’accrochait à Léa comme à sa mère, est brutalement arraché à ses bras. On pousse la jeune femme dans la file de ceux dont l’assassinat est remis à plus tard, ce qui permit à un petit nombre d’entre eux, dont Léa, de survivre et de témoigner. Les 34 enfants et les 3 autres adultes sont gazés le jour même. Les 10 autres enfants et les 3 autres moniteurs encore à Drancy ont rejoint Auschwitz quelques jours plus tard. Aucun d’entre eux n’est revenu.

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La seconde lettre a été écrite par Jorge Mario Bergoglios, catholique, né le 17 décembre 1936 à Buenos Aires. Devenu le pape François, c’est au cours de son voyage en Terre Sainte qu’il lit sa lettre au mémorial de Yad Vashem : « « Adam, où es-tu ? » (cf. Genèse III, 9). Où es-tu, homme ? Où es-tu passé ?
En ce lieu, mémorial de la Shoah, nous entendons résonner cette question de Dieu : « Adam, où es-tu ? »
Dans cette question, il y a toute la douleur du père qui a perdu son fils.
Le père connaissait le risque de la liberté ; il savait que le fils aurait pu se perdre… mais pas même le père ne pouvait imaginer une telle chute, un tel abîme !
Ce cri : « Où te trouves-tu ? », ici, en face de la tragédie incommensurable de l’Holocauste, résonne comme une voix qui se perd dans un abîme sans fond…
Homme, qui es-tu ? Je ne te reconnais plus.
Qui es-tu, homme ? Qu’est-ce que tu es devenu ?
De quelle horreur as-tu été capable ?
Qu’est-ce qui t’a fait tomber si bas ?
Ce n’est pas la poussière du sol, dont tu es issu. La poussière du sol est une chose bonne, œuvre de mes mains.
Ce n’est pas l’haleine de vie que j’ai insufflée dans tes narines. Ce souffle vient de moi, c’est une chose très bonne (Genèse II, 7).
Non, cet abîme ne peut pas être seulement ton œuvre, l’œuvre de tes mains, de ton cœur… Qui t’a corrompu ? Qui t’a défiguré ? Qui t’a inoculé la présomption de t’accaparer le bien et le mal ?
Qui t’a convaincu que tu étais Dieu ? Non seulement tu as torturé et tué tes frères, mais encore tu les as offerts en sacrifice à toi-même, parce que tu t’es érigé en Dieu.
Aujourd’hui, nous revenons écouter ici la voix de Dieu : « Adam, où es-tu ? » 

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