Israël va prendre en compte toute requête égyptienne qui vise à déployer des forces militaires additionnelles dans le Sinaï pour rétablir son contrôle dans la péninsule. Et éradiquer l’infrastructure terroriste des djihadistes. Selon Tsahal, ces terroristes du Sinaï sont pour la plupart des Bédouins locaux. Jusqu’à maintenant, Israël a autorisé les Egyptiens à déployer près de sept troupes dans le Sinaï, même si selon le traité de paix la péninsule est censée demeurer une zone démilitarisée. Le ministre de la Défense, Ehoud Barak, a annoncé à la commission parlementaire de la défense et des affaires étrangères que “[cette attaque] pourrait servir de sonnette d’alarme aux Egyptiens. Et leur permettre de prendre les choses en mains de manière plus sérieuse.” Quant au Premier ministre Binyamin Netanyahou, il a fait remarquer que s’il est clair qu’Israël et l’Egypte ont le même intérêt, une “frontière sûre”, seuls l’armée et les services de sécurité du pays sont à même d’assurer la protection des citoyens israéliens. L’anatomie d’une attaque Les premières rumeurs d’une attaque aux abords de la frontière égyptienne dimanche soir sont parvenues en Israël durant le weekend. Bien que ne détenant que de vagues informations, le général de division du Commandement Sud, Tal Russo, a préparé ses forces à l’éventualité d’une attaque. Il a par exemple décidé d’évacuer les soldats en poste à la frontière, près du point de passage Kerem Shalom - lieu où les terroristes ont franchi la frontière ultérieurement - de peur qu’ils fassent l’objet de tirs antitank. Environ vingt minutes avant l’attentat, l’armée a remarqué du désordre de l’autre côté de la frontière. Exactement au moment où trentecinq hommes armés surgissaient dans une base militaire égyptienne. Les terroristes sont entrés par effraction dans la salle à manger des soldats installés pour l’Iftar, le repas qui rompt le jeûne du Ramadan, et ont ouvert le feu, tuant seize soldats, avant de voler deux véhicules blindés. Rejoints par une camionnette que l’on soupçonne d’avoir été chargée avec une demi-tonne d’explosifs, les blindés se sont dirigés vers la frontière. Les deux véhicules se sont d’abord rués sur le poste frontalier égyptien avant d’atteindre le poste israélien. Quant à la camionnette, elle est restée coincée dans le sable. Un blindé a poursuivi sa route en direction d’Eilat, longeant le grillage frontalier. Après un kilomètre, un groupe de soldats du Bataillon bédouin de reconnaissance a ouvert le feu sur le véhicule, ne provoquant que de maigres dégâts. Le blindé a néanmoins décidé de faire demi-tour et de retourner vers Kerem Shalom. Il a tourné à droite pour emprunter la route 232, principale voie de la région d’Eshkol. Entretemps, la camionnette a soudainement explosé. Un seul corps a été retrouvé sans avoir pu être identifié. Le blindé, après avoir roulé 100 mètres, s’est de nouveau retrouvé face à un autre Bataillon bédouin de reconnaissance qui l’a criblé de tirs, sans parvenir à stopper le véhicule. Et l’armée israélienne prend le relais Tsahal craignait que le véhicule lancé à 70 km/h ne cherche à atteindre une ville israélienne des alentours. L’armée a alors décidé d’envoyer trois tanks sur l’autoroute. Le blindé fou a poursuivi sa route sur 2 km avant d’être neutralisé par un missile, lâché par un avion israélien. Le bombardement, approuvé par Russo, n’a pas été une décision facile à prendre. Un fait inhabituel puisque le bombardement a été ordonné sur le sol israélien. Deux des terroristes ont réussi à s’échapper du blindé intercepté. Se couvrant la tête pour se protéger, ils ont couru à la recherche d’un abri, tout en ouvrant le feu sur un véhicule agricole. Pendant ce temps, un tank a pilonné le blindé. Résultat : le véhicule a été détruit et au moins cinq de ses passagers ont été tués. Deux autres terroristes ont été abattus par l’armée suite à un court échange de tirs. La plupart des djihadistes s’étaient munis d’une ceinture d’explosifs. Ce qui laisse penser que leur but était de s’infiltrer soit dans une base militaire soit dans une ville israélienne, et de faire autant de victimes que possible. Alors que l’armée a évité avec succès un désastre majeur, il est certain que beaucoup d’autres attaques sont en préparation. Et que la clé pour les prévenir réside dans une coopération accrue avec les Egyptiens, ainsi qu’avec les forces de défense aux abords de la frontière au sud d’Israël.