17 heures précises, le 20 février. Le drapeau israélien flotte fièrement sur la Colline des Munitions. D’anciens paras qui ont combattu sur les lieux, et les enfants de leurs camarades tombés en mission, sont réunis. Ils ont décidé de marcher jusqu’à la résidence du Premier ministre, munis du précieux étendard bleu et blanc. Ils verrouillent les portes du Mémorial derrière eux, probablement pour la dernière fois. La raison ? Le manque d’argent dans les caisses, pour maintenir ce symbole national de l’héroïsme sous le feu. Les problèmes financiers ont commencé environ deux ans auparavant. Quand la direction de la Colline des Munitions est contrainte de cesser de facturer un droit d’entrée à ses visiteurs. Le site, qui appartient au Mémorial national, se fait l’hôte de la cérémonie principale de Jérusalem, le jour de commémoration des soldats tombés pour la ville, durant la Guerre des Six jours. D’après la loi, même s’il s’agit de sites touristiques majeurs, au même titre qu’un musée, et qui réclament beaucoup d’entretien, certains lieux commémoratifs doivent rester libres d’accès au public. Immédiatement, le nombre de visiteurs a doublé. Mais si le ministre de la Défense a promis d’assurer un financement suffisant au fonctionnement du lieu, les subventions n’ont jamais été versées. “Le moment est arrivé où la Colline des Munitions n’a tout simplement plus les fonds nécessaires pour garder ses portes ouvertes”, déplore son directeur, Katriel Maoz. Lorsque les médias ont annoncé que la Colline des Munitions allait fermer le 20 février, Maoz a commencé à recevoir des appels téléphoniques frénétiques. Parmi eux : celui du bureau du Premier ministre, Binyamin Netanyahou, qui prie Maoz d’annuler ses projets de fermeture. “Une réunion sur l’avenir du site doit se tenir l’après-midi même”, lui promet-on. Le directeur assiste à la rencontre avec les ministres du gouvernement et une assemblée de différents représentants. Lorsqu’il est assuré d’un engagement de financement solide, Maoz appelle les manifestants et leur indique qu’ils peuvent cesser leurs actions. Cette nuit-là, sur la Colline des Munitions, le drapeau est hissé une fois de plus. Que représente véritablement la Colline des Munitions ? Et pourquoi l’annonce de sa fermeture a-t-elle provoqué un tel vent de panique dans les rangs des dirigeants ? Réponses le temps d’une visite... Guerre éclair Au début du Mandat britannique (1920- 1948), les dirigeants de la Palestine créent une école pour les officiers de police dans le nord de Jérusalem. Les grottes naturelles et la profondeur de la crête adjacente constituent l’endroit idéal pour stocker des munitions, et le site est rapidement connu sous le nom de Colline des Munitions. Au départ des Britanniques, à la mi-mai 1948, les forces jordaniennes font la conquête de l’endroit et le transforment en une puissante position militaire. Leurs fortifications sont fantastiques, protégées par des bunkers, des tranchées, des mitrailleuses lourdes - les meilleures de la Légion jordanienne - et une unité bédouine hautement qualifiée. La tension constante entre Israël et les pays arabes voisins atteint son apogée en 1967. L’Egypte et la Syrie ont intensifié leur bellicisme à la fin du mois de mai, et les efforts diplomatiques internationaux pour prévenir une confrontation se sont avérés vains. Pour éviter d’être pris par surprise - ce qui arrivera malheureusement six ans plus tard, en 1973 - Israël décide de provoquer le conflit. Et lancent des frappes préventives pour tenter de neutraliser les capacités aériennes égyptiennes et syriennes. Elles débutent à l’aube du 5 juin, et en l’espace de quelques heures l’aviation arabe s’écroule. L’Etat hébreu a exhorté à maintes reprises la Jordanie à rester en dehors de l’affrontement, sans succès. Le Royaume hachémite se jette dans la mêlée dès le premier jour de la guerre des Six Jours, avec des tirs massifs sur les quartiers de Jérusalem et ses positions militaires. En début de soirée du 5 juin 1967, les parachutistes sont envoyés à Jérusalem. Ceux qui sont dépêchés à la Colline des Munitions sont emplis d’une mission claire : attaquer l’école de police et prendre le contrôle des lieux à tout prix. Aujourd’hui, en inspectant le site, on peut aisément reconstituer le fil de l’Histoire. Marchez jusqu’à la Colline et tenez-vous derrière la tranchée. Vous pouvez encore sentir les soldats jordaniens à l’intérieur, prêts à l’action. Sur votre droite : la position fortifiée connue sous le nom de tranchée ouest. A l’intérieur, des troupes d’élite bédouines se préparaient à l’assaut israélien. La tranchée fortifiée centrale se tient sur votre gauche. Quatre barbelés et trois tranchées Le destin tient parfois à peu de chose. Pour les militaires israéliens en mission, c’est l’heure prévue pour l’attaque qui pose problème : avant l’aube, ils sont à peine en mesure de voir où ils se dirigent. Sans carte, dans l’obscurité et sous un feu nourri, la mission semble impossible. La première compagnie de parachutistes est chargée de s’introduire à travers trois rangées de barbelés. Mais au lieu des trois clôtures attendues, il y en a quatre. Un obstacle imprévu qui coûtera la vie à plusieurs des hommes, touchés par balle. Trois pelotons doivent prendre chacun l’une des trois tranchées (centrale, orientale et occidentale), mais la confusion règne. Les balles pleuvent. Les unités tentent de se prévenir, de se couvrir les unes les autres. Mais prises dans le feu des mitraillettes, elles subissent de lourdes pertes. Les Jordaniens, de leur côté, maîtrisent la situation. Les bunkers ont été construits en dénivellation, chacun plus élevé que l’autre, et se protègent ainsi mutuellement. Des positions fortifiées ont été disposées tous les quelques mètres, à intervalles irréguliers, de sorte que les troupes en mission ne savent jamais à quoi s’attendre. Les hommes avancent en file indienne, derrière un soldat qui prépare la mise à feu. Ce dernier cherche à surprendre l’ennemi. Lorsqu’il atteint un carrefour ou une fourchette, il tire, jette un regard furtif et court au rapport. S’il est tué ou blessé, un autre prend immédiatement la suite et continue d’avancer. Les tirs et les explosions se répondent, les flashes jaunes déchirent le ciel, et les hommes tombent sous les yeux de leurs camarades. La première intersection a depuis été rebaptisée “jonction des blessés”. Le médecin Yigal Arad y a sauvé plus d’une vie, aussi vite qu’il le pouvait, et chaque fois qu’il le pouvait. Les premiers mots des soldats qui se réveillaient à l’hôpital étaient généralement pour le médecin : “S’en est-il sorti ?”, priaient-ils. Oui, les rassurait-t-on. Le médecin perdra cependant la vie six ans plus tard, durant la guerre de Kippour. La voie est libre Poursuivez votre chemin. Si vous souhaitez réellement marcher dans les pas des soldats, inclinez-vous, penchez-vous, accroupissez-vous ! Si vous vous exposez, les Jordaniens sur le dessus de la colline risquent de fondre sur vous en un éclair. Une constatation qu’a inévitablement observée l’officier Nir Nitzan, dans la tranchée ouest. Et de demander à l’un de ses artilleurs de sortir du tunnel pour couvrir les troupes. Selon les paroles de la chanson qui immortalise la bataille de la Colline des Munitions, “le soldat Eitan Naveh n’a pas hésité un instant”. Usant furieusement de sa mitrailleuse, il a permis aux hommes de se déplacer de trente mètres supplémentaires, avant d’être abattu. A la jonction en forme de V, bifurquez à gauche et vous arriverez à un espace partiellement ouvert, où se trouvait autrefois le grand bunker. A l’intérieur : un énorme canon fait face au quartier de Ramat Eshkol. La politique de l’Armée de terre, et son avancée systématique, a rapidement mis hors de combat de nombreux officiers. C’est ainsi que Yaki Hetz s’est soudain trouvé en première ligne, en direction du grand bunker. Son commandant, Yoram Eliashiv avait conduit son peloton tout le long de la tranchée et constituait un exemple pour ses hommes. Mais Eliashiv avait été tué par balle. Hetz s’est retrouvé seul sur la Colline. Yehouda Kendal et David Shalom se sont précipités à son secours. Alors que les tirs persistaient, Kendal a grimpé hors de la tranchée, sur la rive gauche, et lancé une grenade dans le bunker. Les hommes se préparaient à entrer, supposant que personne ne restait en vie à l’intérieur. Mais à la dernière minute, mû d’une sorte d’instinct, Hetz a tiré dans le bunker avant de plonger à terre. Des Jordaniens ont alors jailli du bloc fortifié, bloquant les forces israéliennes qui ne pouvaient dépasser la position ennemie. Kendal, Hetz et Shalom ont regroupé près de 20 kilogrammes d’explosifs qu’ils ont actionnés avant de courir s’abriter. Une forte détonation a retenti et le mur ainsi qu’une partie du plafond se sont effondrés. La voie était libre. 182 batailles pour Jérusalem La dernière étape de la bataille est peut-être la pire : collecter les blessés et compter les corps des camarades morts. Dans une opération réunissant 90 soldats environ, seuls sept sont sortis sains et saufs de la bataille. En face de la saillie au toit incurvé du Musée de la Colline des Munitions, reste une petite cabane qui a servi de QG aux officiers jordaniens. Avant de quitter le site, les troupes israéliennes, éreintées, ont découvert les corps de 17 soldats jordaniens près de la cabane. Et alors qu’ils venaient de voir leurs frères mourir au combat, nos hommes ont déposé les corps de leurs ennemis dans une fosse commune et écrit dessus : “Ici sont enterrés 17 soldats jordaniens.” L’un d’entre eux a inséré le mot “courageux”. Devant le Mémorial de la Colline des Munitions, une plaque de pierre mentionne les noms des 36 hommes de l’unité, tombés dans les batailles pour Jérusalem. La majorité dans les batailles pour l’école de police et à la Colline des Munitions. Une autre plaque a été ajoutée plus tard, où figurent les noms des parachutistes du bataillon qui ont été tués lors de guerres ultérieures. A l’entrée du musée, vous trouverez le célèbre drapeau israélien qui avait été planté sur une clôture au-dessus du Kotel, lorsque les troupes ont eu accès à la Vieille Ville et libéré la partie est la capitale de l’Etat hébreu. Ultime décoration et marque de reconnaissance : près de la sortie, une médaille d’or brille sur le mur, en l’honneur des soldats tombés dans les 182 batailles pour Jérusalem.Un nouveau spectacle, en sons et lumières, raconte l’histoire de Jérusalem, depuis la division de la ville en 1948 à sa réunification en 1967. Renseignements : 02.58.29.392/3 Du dimanche au jeudi, de 9 heures à 17 heures.