Le quartier de Mousrara, également connu sous son nom hébreu Morasha, est un quartier du centre de Jérusalem, à l’histoire particulièrement riche. Au lendemain de la guerre de 1948, la zone dessine la ligne de cessez-le-feu entre Israël et la Jordanie. Ce sont les habitants chrétiens de Jérusalem qui ont fondé le quartier dans les années 1880. Au milieu du 19e siècle, les autorités turques commencent alors à lutter contre le brigandage endémique et le sentiment d’insécurité générale qui sévit au-delà des murailles de la Vieille Ville. En 1870, le problème est en partie endigué et les plus riches commencent à construire euxmêmes des habitations hors des murailles. Plusieurs quartiers voient ainsi le jour. Dont Mousrara. A l’origine apanage de la classe supérieure, la zone a vu son statut changer du tout au tout en 1948. Les résidents d’origine arabe fuient durant les affrontements ; Mousrara, selon eux du “mauvais côté de la frontière”, devient alors une épave. Début des années 1950, le gouvernement décide d’utiliser les maisons désormais vides du quartier pour abriter les nouveaux immigrants d’Afrique du Nord. Les résidences sont divisées et subdivisées au profit de cette population pauvre et souvent sans instruction qui pose ses valises en Israël. Mousrara, qui avait compté parmi les lieux les plus chics de la capitale, prend rapidement des allures de bidonville. Ceux qui n’ont pas les moyens de trouver de meilleur logement se concentrent dans le quartier ; et au fil des ans la zone se dégrade considérablement. Les habitants, qui appartiennent aux plus basses strates socio-économiques de la société, n’ont pas la vie facile. Leur proximité avec la nouvelle frontière les expose aux attaques quotidiennes de tireurs d’élite jordaniens stationnés le long de la délimitation, et déterminés à perturber la vie des résidents. Une réalité qui perdure jusqu’à la réunification de la ville en 1967. Les habitants de Mousrara ont connu leur lot d’amertume. Pauvres, leurs conditions de vie sont loin d’être enviables. En 1971, les jeunes issus de la deuxième génération de l’immigration fondent les Panthères noires, mouvement de protestation contre l’injustice du gouvernement et les discriminations à leur encontre. Un musée vivant de l’histoire de JérusalemMousrara est bordée au nord par les quartiers de Mea Shearim et Beit Israël, au sud par la Vieille Ville, et à l’ouest par le Quartier russe et la place Safra. A son apogée, Mousrara était un avantposte chrétien. De nombreuses institutions rappellent ce fait historique. Notamment l’Auberge de Notre-Dame, l’Eglise Saint- Paul, l’Hospice français et l’Eglise roumaine. Aujourd’hui, l’emplacement stratégique du quartier, entre les zones ultra-orthodoxes au nord, et laïques à l’ouest, contribue à diversifier sa population. Dans les années 1990, de par sa proximité avec Mea Shearim, de nombreuses familles ultra-orthodoxes s’y installent. Au cours de ces dix dernières années, toutefois, des mesures ont été prises pour éviter que Mousrara ne devienne un quartier “noir”. Ses actuels 4 500 habitants sont mitigés sur la question. La zone restaurée est devenue l’une des plus pittoresques de la capitale. Son architecture est un musée vivant de l’histoire de Jérusalem, au-delà des murailles de la Vieille Ville de ces 130 dernières années. Les premières maisons étaient spacieuses et luxueuses, construites en pierres ; avec de grandes entrées et des toits recouverts de bardeaux. La deuxième phase du quartier, qui débute dans les années 1950, voit les chambres spacieuses des grandes demeures riches, subdivisées au profit des plus pauvres. Dès 1980, toutefois, la municipalité de Jérusalem appelle à restituer au quartier son ancienne gloire, et interdit la démolition des maisons existantes. Au contraire, des planchers ou annexes sont ajoutés. L’objectif : restaurer les maisons d’origine, pour en faire des résidences unifamiliales ou de vastes appartements. A l’instar de NahlaotMousrara est également un important centre culturel, riche en musées et centres artistiques. L’école de photographie Naggar est notamment connue comme “l’école de Mousrara” ; et avoisine l’Ecole Maaleh de télévision, de cinéma et d’arts ; et l’Ecole de musique de l’Est, centre artistique de la municipalité ; ainsi que le Musée sur la Couture. L’Académie des Arts et du Design de Bezalel, a quant à elle fait savoir qu’elle déménageait dans un nouveau bâtiment du complexe russe proche. Depuis 2009, le groupe Muslala, composé d’artistes, de créateurs et d’habitants du quartier, a mis au point différentes collections de design. Divers artistes sont invités à créer un site d’installations spécifiques dans les espaces publics de proximité, et le public est invité à les suivre en utilisant des cartes distribuées gratuitement. Pour Raphi Bloch, de l’agence immobilière Re/Max Vision spécialisée dans le quartier, “Mousrara vit un rajeunissement. A l’instar de Nahlaot, la zone attire des acheteurs étrangers sophistiqués qui apprécient son architecture unique ; et qui disposent des fonds nécessaires pour rénover et restaurer la magnificence des vieilles maisons arabes.” Et d’expliquer que si le quartier abrite encore certaines familles d’origine qui ont emménagé en 1948, ces dernières années, la majorité des propriétés ont été vendues à de nouveaux propriétaires qui ont rénové les lieux. De manière générale, le prix d’une propriété rénovée de style arabe s’acquiert pour 26 000 shekels le mètre carré ; ce qui implique qu’un appartement de 120 mètres carrés peut coûter plus de trois millions de shekels. Non rénové, le mètre carré est estimé à 18 000 shekels en moyenne ; tandis qu’un appartement de luxe est vendu à 33 000 shekels le mètre carré.