Le Quartier juif de la Vieille Ville est infime à l’échelle municipale de la capitale. En son sein : quelques chanceux 2 500 habitants. Mais en dépit de sa petite taille, il occupe une position centrale dans la tradition juive. Beaucoup y voient le lien entre l’antique Jérusalem - qui prospérait avant la destruction du Temple - et la trépidante capitale actuelle. Les Juifs ont vécu à Jérusalem de façon plus ou moins continue, depuis l’époque du roi David. Jusqu’au début du 20e siècle, voire même plus tôt, la majorité des résidents se concentrait à l’intérieur de l’enceinte protectrice des murailles. Puis, encouragés par la stabilité sécuritaire, ceux qui pouvaient se permettre l’acquisition de terrains à l’extérieur des épais murs de pierre se sont empressés de faire construire des maisons, bien décidés à déserter la Vieille Ville, alors surpeuplée et insalubre. Dans les années 1940, la majorité des habitants juifs du vieux Quartier juif se concentre dans la partie centre-sud de la zone. L’une des quatre zones traditionnelles de la Vieille Ville. Elle se situe entre le Quartier chrétien, au nord-ouest, érigé autour de l’Eglise du Saint-Sépulcre, le Quartier arménien au sud-ouest, autour de la cathédrale Saint-Jacques, et le Quartier musulman, qui couvre une grande zone de la partie orientale. Le Quartier juif est aujourd’hui très peu peuplé, en comparaison avec les époques passées. Au début du 20e siècle, environ 19 000 personnes y vivaient. En 1948, dans le cadre de la guerre d’Indépendance, la légion arabe jordanienne conquiert la Vieille Ville. Une grande partie du Quartier juif est alors détruite. Dans les années 1960, les urbanistes américains, conjointement avec les autorités jordaniennes de l’époque, souhaitaient transformer le Quartier en jardin. Et au cours des 19 ans que va durer leur administration sur la zone, les Jordaniens vont démolir le tiers des bâtiments. Le renouveau juif Quand l’Etat hébreu reprend le contrôle de la Vieille Ville, à l’issue de la guerre des Six-Jours, il reconstruit le Quartier juif. En avril 1968, le gouvernement exproprie près de 13 hectares du territoire, qui composaient le quartier avant 1948, et appartenaient alors en majorité au Waqf musulman. En 1969, le ministère de la Construction et du Logement met sur pied une structure gouvernementale, la Société pour le développement du Quartier juif. Son but : la reconstruction de maisons existantes, telles que Batei Mahassé (littéralement “Maisons de refuge”), un complexe construit à la fin du 19e siècle pour abriter les familles juives aux faibles ressources. L’édifice est alors converti en duplex de luxe, et la façade restaurée pour retrouver son apparence d’antan. Les bâtiments résidentiels sont également retapés. Vastes et spacieux, certains abritent des familles aisées : un seul foyer dans ces structures aux intérieurs modernes et extérieurs restaurés. D’autres sont divisés. Et comptent parfois jusqu’à quatre logements, répartis sur deux ou trois étages, plus le toit. Il peut aussi s’agir de deux appartements en rezde- chaussée et deux autres à l’étage. La Société de développement du Quartier juif a également construit de nouvelles structures - maisons jumelées ou immeubles dans le style architectural arabe oriental propre à la Vieille Ville. Les propriétés ne sont pas vendues pour une période illimitée. Les acquéreurs sont en fait détenteurs d’un bail à long terme de l’Autorité des Terres d’Israël. La majorité des appartements sont des quatre pièces d’une moyenne de 100 mètres carrés. Les maisons jumelées sont un peu plus spacieuses. Des prix répulsifs Au regard de l’importance religieuse que revêt le Quartier - que beaucoup considèrent comme le berceau du judaïsme - adjacent au Kotel, il compte un grand nombre de yeshivot et de synagogues. La Hourva fait partie des points les plus connus de la Vieille Ville. Construite en 1701, détruite durant les affrontements de la guerre de 1948, elle a été remise en l’état en 2010. En 1967, avant les massifs travaux de reconstruction entrepris, une équipe d’archéologues dirigée par Nahman Avigad de l’Université hébraïque avait mené des fouilles intensives. Résultat : des trouvailles exposées dans des musées ou en extérieur sur des sites situés pour beaucoup entre deux trois étages sous le niveau actuel de la rue. Quel impact sur l’immobilier ? Selon Rachel Klein, de l’agence immobilière Anglo-Saxon, les prix élevés freinent incontestablement le volume des transactions. “La demande est très forte”, commente-t-elle. “Ceux qui cherchent à acquérir une propriété dans le Quartier juif sont découragés par les prix irréalistes”. “La majorité des habitants sont très religieux. Beaucoup d’entre eux sont américains. Ce sont souvent de nouveaux immigrants ou des Juifs aisés des Etats-Unis qui veulent une résidence secondaire dans ce qu’ils perçoivent comme le centre du judaïsme.” Une maison familiale de deux étages, avec terrasse sur le toit, et surface habitable de 140 mètres carrés, a été mise en vente à 6,67 millions de shekels. Travaux à prévoir. Les quatre pièces de 100 mètres carrés, construits il y a plus de 40 ans, sont estimés à 3,5 millions de shekels en moyenne ; et un appartement de 70 mètres carrés dans le centre de Batei Mahassé vaut 1,8 million de shekels. Enfin, une maison familiale restaurée de 150 m2 sur trois étages a été mise en vente à 3,416 millions de shekels. La structure est surélevée par rapport à la rue : pour atteindre la porte d’entrée, il faut gravir une quarantaine de marches.