Rapport Wexler : une étude inégale

Une étude financée par le gouvernement américain sur les livres scolaires palestiniens et israéliens fait scandale. 50 % des manuels palestiniens véhiculeraient une image très négative d’Israël.

Palestinian children in school 311 (photo credit: REUTERS)
Palestinian children in school 311
(photo credit: REUTERS)
L’analyse était pourtant censée mettre en valeur la « rareté » dela démonstration de haine dans les livres palestiniens… Si l’autoritépalestinienne se réjouit des résultats, Israël affirme que les conclusions sontsans fondement.

Le ministère de l’Education israélien a sévèrement critiqué le départementd’Etat américain qui a parrainé l’étude.

L’Etat hébreu juge les conclusions biaisées et « manquant de professionnalisme».

La recherche, intitulée « Sommes-nous les victimes de notre propre récit ? » s’appuiesur la représentation de l’autre dans les manuels scolaires israéliens etpalestiniens. Elle a été publiée le 4 février et visait à évaluer les images duconflit véhiculées dans les manuels scolaires.

Les chercheurs ont constaté que la majorité des deux corps de textesreprésentent l’autre comme un ennemi, avec seulement 11 % des manuels scolairesisraéliens et 1 % des manuels scolaires palestiniens représentant l’autre sousdes traits positifs.

Alors que la déshumanisation et la diabolisation de l’autre se font rares desdeux côtés, selon l’étude, une caractérisation très négative de l’autre a puêtre identifiée dans 26 % des livres israéliens dans les écoles publiquescontre 50 % de ceux de l’échantillon palestinien.

Au total, 492 manuels israéliens et 148 palestiniens de littérature, histoire,langues, géographie, sciences sociales, éducation civique et religion ont étépassés en revue pour le projet qui s’est étendu sur 3 ans.

Une subvention du département d’Etat américain a financé l’étude menée par uneéquipe israélo-palestinienne d’universitaires. C’est donc sous la direction desprofesseurs Bruce Wexler de l’université de Yale, Daniel Bar-Tal del’université de Tel-Aviv et Sami Adwan de l’université de Bethléem que lesrecherches ont été conduites.

Mais, pour le ministère israélien de l’Education, il s’agit d’une étude «malveillante et calomnieuse vis-à-vis du système éducatif israélien et l’Etatd’Israël ». La ligue anti-diffamation a soutenu les critiques du ministère del’Éducation, la qualifiant de « déformée et contre-productive. » Le Premierministre de l’Autorité palestinienne, Salam Fayyad, s’est, lui, félicité des «conclusions qui ne sont pas dans la lignée des anciennes positions préconçues», a rapporté Ma’an, l’agence palestinienne d’information.

Selon les données recueillies, les livres des deux systèmes éducatifs onttendance à présenter unilatéralement des récits nationaux, montrant l’autrecomme un ennemi juré et omettant des vérités historiques, religieuses oupolitiques.

Des représentations « neutres » ont toutefois été constatées dans 40 % deslivres israéliens et 15 % dans le camp palestinien. En outre, les manuelsscolaires israéliens semblent être plus autocritiques que les publicationspalestiniennes.

Bien que présentes et problématiques dans tous les systèmes scolaires, laprésentation négative de l’autre, l’absence d’autocritique et la désinformationsont plus prononcées dans les livres scolaires ultraorthodoxes israéliens etles manuels palestiniens que dans les livres scolaires d’État israéliens.

En général, les récits dans les manuels scolaires reflètent la stagnation duconflit israélo-palestinien.

De la désinformation à l’offensive médiatique

Le Bureau de presse dugouvernement, en réponse au rapport, a publié les déclarations du directeurgénéral des affaires stratégiques du ministère, Yossi Kuperwasser.

Il a accusé Wexler d’essayer de « blanchir les livres palestiniens » dans sonrapport, et déclaré que le professeur avait « tenté de créer un équilibre artificiel» entre les textes de l’Autorité palestinienne et ceux d’Israël. « LesPalestiniens ont un système complet d’endoctrinement, y compris dans lesprogrammes de télévision parrainés par le gouvernement, les magazines pour lajeunesse et les camps d’été », explique-t-il. Pour preuve, selon lui, il suffitde se pencher sur les pages Facebook des écoles palestiniennes.

Kuperwasser a ainsi rendu publique une illustration trouvée sur la pageFacebook du ministère de l’Education de l’Autorité palestinienne. On y voit unserpent frappé d’une étoile de David sur le front en train d’étrangler un jeunePalestinien. Il a également cité un programme pour enfants de la télévisionpalestinienne où une jeune fille s’écrie spontanément : « Notre ennemi, Sion,c’est Satan avec une queue. » Sur une autre page Facebook, un enseignantpalestinien avait posté la photo d’un terroriste suicidaire. Le défi des élèves? Identifier l’homme en échange d’un chocolat.

Kuperwasser cite en outre un article de février 2011, extrait de la revue pourenfants Zayzafuna, où Adolf Hitler raconte avoir « tué [les Juifs] de sorte quetout le monde sache qu’ils sont une nation qui répand la destruction partoutdans le monde ». Preuve supplémentaire de l’extrémisme des informationspalestiniennes.

« L’étude est imparfaite car elle masque des différences significatives entreles textes israéliens et palestiniens. Ce blanchiment amènera à la conclusionpour les Palestiniens qu’ils n’ont pas à changer le message qu’ils véhiculent», a déclaré Kuperwasser.

De son côté, Washington a fait savoir qu’elle prenait ses distances par rapportà l’étude. Une porte-parole de la Maison Blanche, Victoria Nuland, a déclaréaux journalistes : « Le rapport n’est pas nécessairement approuvé par legouvernement américain. Nous ne prenons pas position ».