Budget : la semaine tourmentée de Yaïr Lapid

Le ministre des Finances a dû affronter une tempête médiatique et populaire suite à sa proposition d’augmenter les impôts et la TVA.

Lapid at faction meeting 370 (photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)
Lapid at faction meeting 370
(photo credit: Marc Israel Sellem/The Jerusalem Post)
Une semaine qui se termine pardes excuses. Très critiqué sur sa proposition de budget 2013-2014, le ministredes Finances Yaïr Lapid a rédigé un message aux membres de Yesh Atid, samedi 11mai, s’excusant de ne pas avoir été suffisamment transparent, mais défendantson plan, « nécessaire pour l’économie israélienne ». L’élu s’était fait raredans les médias jusqu’à la publication du budget, mardi 7 mai, communiquantessentiellement via son compte Facebook.

Depuis, il a tenu une conférence de presse en compagnie du président de laHistadrout, Ofer Eini, accordé une interview à Aroutz 2 et envoyé un e-mail «Questions fréquentes » au sujet de son plan économique.

Révolution(s) à venir 

« Je vous dois des excuses. Au cours de ces dernièressemaines, je ne vous ai pas vraiment fourni de réponses. Je m’étais totalementinvesti dans cette tâche importante et compliquée qu’est la préparation dubudget », a écrit l’ancien journaliste et écrivain. « Ce budget, nécessaire,n’est qu’une première étape et il passera vite. Après lui, les réformesviendront », a annoncé le ministre, promettant des mesures pour réduire le coûtde la vie et améliorer l’existence de « l’homme qui travaille ». « Nousrévolutionnerons le logement, le marché du travail et le coût de la vie », a poursuiviLapid, exhortant ses soutiens de lui donner plus de temps.

Le ministre a également dévoilé sa rencontre de vendredi 10 mai avec leprésident de la compagnie pharmaceutique Teva, Jeremy Levin, qui portait sur lapossibilité de réformer la loi dite de l’encouragement à l’investissement decapitaux. C’est en vertu de ce texte que les 4 plus grosses entreprisesisraéliennes ont bénéficié de 70 % des exonérations fiscales accordées parl’Etat jusqu’en 2010, comme l’a récemment révélé un rapport.

Selon Lapid, les deux hommes se sont mis d’accord pour accélérer la réforme deces exonérations cédées aux grandes multinationales.

Le ministre a assuré avoir tenu ses promesses de campagne en ne ciblant passeulement la classe moyenne, mais aussi la classe aisée et le secteurorthodoxe. « Oui, la classe moyenne est touchée par ce budget, je ne le nie pasun seul instant, mais, au moins, cette fois d’autres secteurs sont égalementmis à contribution », s’est justifié Lapid. Et de poursuivre : sans ces sévèresrestrictions budgétaires, la note de crédit israélienne baisserait et le coûtde la dette augmenterait de 37 milliards de shekels par an. Ce qui signifieraitdes coupes encore plus profondes l’année prochaine.

Quant à savoir pourquoi il ne s’ést pas attaqué aux grands syndicats, l’élu apromis de revoir prochainement les conventions collectives de Hevrat Hahachmal(société d’électricité) et des ports maritimes. « Le but », a-t-il cependantrappelé, « n’est pas de se battre pour être applaudi, mais bien pour changer lasituation ». A ce sujet, a-t-il écrit, les concessions faites à Ofer Eini ontévité une grève qui aurait coûté 2 milliards de shekels par jour au marchéisraélien et aurait aggravé le déficit.

« Je ne suis pas socialiste » 

Cet e-mail faisait suite à une interview houleusediffusée par Aroutz 2 vendredi soir. Où Lapid a promis de « sortir l’économieisraélienne de l’abîme dans laquelle elle s’est enfoncée, et même plus tôt queprévu ». Pressé de répondre par les journalistes Danny Kushmaro et KerenMartziano sur la question de savoir pourquoi la plupart des hausses fiscales seconcentrent sur la classe moyenne, Lapid a fini par lâcher : « Je ne suis passocialiste. Je connais la théorie qui dit “prenons aux riches”, mais celaréussit nulle part… Je ne ruinerai pas l’économie israélienne juste pour quel’on arrête de me critiquer sur Facebook. Je suis déterminé à prendre lesbonnes décisions, même si elles ne sont pas populaires ».

Les 2 journalistes ont particulièrement attaqué Lapid sur son manque d’expériencedans la discipline économique. Mais Lapid a défendu sa nomination aux Finances,arguant qu’il s’était entouré des meilleurs économistes du pays et que letravail du ministre des Finances ne consiste pas à en être un soi-même. « Jevoulais être ministre des Finances pour découvrir “où est passé l’argent” ? »,a déclaré le politicien en référence à son slogan de campagne avant defanfaronner : « Avec 19 mandats, personne ne pouvait me forcer à prendre unministère dont je ne voulais pas ». Et d’ajouter n’être pas autrementimpressionné par le travail de ses prédécesseurs.

« Ce n’est pas parce qu’on est élu depuis 20 ans qu’on est prêt à devenirministre des Finances », a-t-il estimé.

Le budget devait être adopté en conseil des ministres dès lundi 13 mai. Ildevra ensuite être approuvé par la Knesset d’ici le 1er août, sous peine denouvelles élections générales.

En clair: tout ce qu’il faut savoir sur le futur budget 2013-2014 

Il devait êtreapprouvé dès lundi 13 mai en conseil des ministres. Puis adopté par la Knessetd’ici le 1er août.

Attendu les critiques qu’il soulève, de nombreux aspects risquent en définitived’être modifiés. Mais en attendant, voici les grandes lignes du budget défendupar le ministre des Finances Yaïr Lapid.

Objectif de déficit : 4,65 % du PIB Hausse de l’impôt sur le revenu en 2014 :1,5 % Hausse de la TVA : 1 % (passage de 17 à 18 %).

Hausse de l’impôt sur les sociétés : de 1 à 26 % Coupe dans le budget de ladéfense (sous réserve d’approbation) : 4 milliards de shekels Nouveaux impôtssur les cigarettes et l’alcool.

Réduction des allocations parentales : 140 shekels par enfant (jusqu’en 2015)et plus de prise en charge des activités d’après-midi pour les élèves âgés deplus de 9 ans.

Et aussi : réduction des exonérations d’impôts, nouveaux impôts sur lesacquisitions immobilières, nouvelle fiscalité sur les fonds de retraite… 

« Pourun budget juste » 

Le mouvement du social reprend du flambeau. Cette fois-ci,Yaïr Lapid n’est plus dans les rangs mais sur les pancartes. Dixmille personnes sont descendues dans la rue dans la soirée de samedi 11 mai.Cette fois-ci, ce n’était plus la « justice sociale » qui est indifféremmentréclamée, comme à l’été 2011, mais « un budget juste ». Et le ministre desFinances Yaïr Lapid faisait office d’ennemi public numéro 1. La foule a ainsiscandé : « Il n’y pas d’avenir avec Yaïr », en référence au nom de Yesh Atid («Il y a un avenir », en hébreu). D’autres défilés plus modestes se sontégalement tenus à Jérusalem, Haïfa et Ashdod.

La page Facebook de l’événement indiquait les revendications de lamanifestation : « Au lieu de ce budget meurtrier qui augmente les impôts payéspar ceux qui travaillent, les mères au foyer et les personnes âgées, le peupleexige la fin des exonérations pour les grands magnats (tycoons), la fin de laprivatisation des ressources naturelles et la fin des subventions auximplantations isolées ».

Les manifestants s’étaient armés de banderoles où l’on pouvait notamment lire :« Où est passé l’argent ? Chez les tycoons, idiot ! ». Ou encore : « A Yitzar !». Le mouvement social de 2011 avait évité de condamner directement lesimplantations mais, samedi soir, de nombreuses personnes dans le cortège sedisaient mécontentes des investissements en Judée-Samarie, « alors que l’onsait très bien qu’Israël ne gardera pas la souveraineté sur tous ces endroits».

De nombreux leaders de l’ancien mouvement social avaient répondu présents, dontDaphni Leef, et les nouveaux députés travaillistes Stav Shaffir et ItzikShmuly.