La France face au vote

Gros plan sur les médias français et sur leur traitement des élections israéliennes.

3001JFR11 521 (photo credit: Charles Platiau/Reuters)
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(photo credit: Charles Platiau/Reuters)
Mais quelle surprise ! Voilà sans doute l’expression la plus employéedans les rédactions françaises pour parler des résultats. On chuchote un peupartout le nom de Yaïr Lapid, jusque-là méconnu et, surtout, on surinterprètele score du Likoud.

Petit tour à gauche tout d’abord avec les titres de Libération. Celui du mercredi 23 janvier, par exemple, « Elections israéliennes, le tempsdes surprises ». (Et d’un !) Le résultat du Likoud est résumé par « Netanyahouprend une claque ».
Et pourtant, il semble bien que Bibi soit toujours le Premier ministre, non ?Libération ne peut s’empêcher de mettre son grain de sel en donnant uneappréciation bien peu justifiée sur le fonctionnement de l’Etat juif : « Lepays se surprend parfois lui-même ». Et oui, les Israéliens savent faire preuvede réflexion, ils changent d’avis, ils se remettent en question. Quelle surprise ! L’article sous-entend que le gouvernement, la politique, lepays même, tournent un peu en rond. Il prédit même une coalition tellementbancale qu’il faudra se rendre à nouveau aux urnes, sans surprise, puisque – detoute façon, on le sait – le système électoral israélien ne vaut pasgrand-chose.

Passage par la relative neutralité du journal Le Monde qui avait choisi desuivre le déroulement de la journée de vote sur son site Internet. Le 22janvier, le quotidien a publié de sympathiques photos rendant mieux compte del’ambiance en Israël. Panneaux de campagnes politiques, visages des candidats,regroupements de partisans, un beau tableau pour un jour important.
Néanmoins, l’analyse un peu rapide a vite fait de Lapid le grand gagnant : «Lapid, gagnant inattendu de ce scrutin ». Encore une fois, les journalistes français sont surpris ! « Yaïr Lapid, lasurprise des élections » (et de deux !). Le journal attribue au parti centristeun franc succès et lui prédit même un certain avenir en politique. Il fautpourtant se souvenir des émergences fréquentes de partis centristes qui, auterme d’un mandat à la Knesset, disparaissent aussi vite qu’ils sont venus…Première et sans doute unique prise de risque pour Le Monde.
On peut encore relever les « demi-succès pour Bennett » et « succès étriqué deNetanyahou ». Avec 31 mandats, il semble que l’on puisse quand même dire queNetanyahou a gagné ces élections.

Et à part le processus de paix ? 

Les Echos, eux, ont utilisé tous les mots clésdans leur premier article post-élection : parlement, bloc, majorité, coalition.A nouveau, on retrouve « une victoire étriquée » et un « affaiblissement » ducentre droit face au centre et aux Travaillistes. On parle ici aussi de «semi-victoire ». Deux nouveautés néanmoins : à la rédaction des Echos, on n’estpas surpris et il y a un avenir. On parle déjà de coalition, de prochaingouvernement et des futurs postes ministériels.

A noter aussi l’article du journal Le Point, daté du 23 janvier, qui titre : «Netanyahou, contraint de composer avec le centre ». Et d’y ajouter une photod’un Bibi déconcerté. La veille, Le Point avait titré : « Israël : Yaïr Lapidou la victoire des indignés ». Pourtant, la plupart des jeunes qui était dansles rues de Tel-Aviv il y a un an et demi n’ont pas voté Lapid.

Le Figaro, plutôt positionné à droite, a proposé un bon dossier à la veille duscrutin. Il présentait les principaux partis et candidats à la future Knesset.Concernant les résultats, on peut noter le titre du 23 janvier en référence àNetanyahou : « Un vainqueur en demi-teinte ».

Et oui, de la mesure et de la modération pour les Français, un peu frileuxpeut-être. Pour éviter les prises de positions, mieux vaut user de nuance, mêmesi cela ne veut plus dire grand-chose. Personne n’ose vraiment parler d’enviede changement, de libéralisation, parce que – tout simplement – personne n’estvraiment sûr qu’il s’agisse de cela.
A 4000 km, on reste donc sur ses positions, en tentant de dévier sur le sujetplus général de la question palestinienne.
Parce qu’au final, concernant Israël, c’est encore ça qu’on connaît le mieux.