Arbres vénérables

Visite sur fond historique à Elonei Mamré. Mais où se trouve donc le chêne d’Abraham ?

By BEN BRESKY
December 10, 2017 16:42
Arbres vénérables

Le chêne de Mamré vers 1900. (photo credit: WIKIPEDIA)

 
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Jadis, Mamré était un marché prospère où juifs, païens et premiers chrétiens se livraient au commerce, tout en pratiquant leurs différents rituels religieux. Mais pour les 250 visiteurs qui s’y sont rendus il y a quelques semaines, le spectacle qui s’offrait paraissait beaucoup plus désolé. Le grand champ aujourd’hui désigné sous le nom d’Elonei Mamré (les chênes de Mamré) se distingue par ses murs de pierre massifs, ses piliers dispersés et quelques ruines éparses.
Le voyage s’est déroulé la veille du chabbat de la paracha Hayei Sarah, la section de la Torah qui décrit l’acquisition de la grotte de Mahpela par Abraham. Mamré est mentionné dans la Torah plusieurs chapitres auparavant, comme le site où Abraham et Sarah ont dressé leur tente et reçu la visite des trois anges venus leur annoncer la naissance d’Yitzhak. Aujourd’hui, en lieu et place des anges, ce sont trois bus et leur escorte de soldats de Tsahal qui conduisent un groupe de visiteurs curieux, dans ce qui fait aujourd’hui partie de la zone H1 d’Hébron contrôlée par l’Autorité palestinienne.

Le voyage était organisé par la Midreshet Hevron, un centre d’études consacrées à la Terre d’Israël fondé en 1978, qui propose des excursions à Hébron, Jérusalem, dans le désert de Judée et à travers le pays. Parmi les participants, des étudiants de l’établissement, mais aussi des hassidim coiffés de chapeaux noirs ou des membres de la communauté voisine des Bnei Menashé de Kiryat Arba.

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Les chercheurs affiliés au centre d’études, parmi lesquels Yoram Almachias, Meir Dana-Pichard, Noam Arnon et Doron Sher Avi, se sont partagés en plusieurs groupes pour commenter la visite, cartes et diagrammes à l’appui. L’un d’eux était également muni d’une Bible afin de pouvoir se référer au livre de la Genèse.

Près des térébinthes

Abraham et Sarah ont-ils vraiment vécu à cet endroit ? Telle semble bien être l’opinion générale, du moins depuis le Moyen Age. « La maison d’Abraham se situe aux confins du champ de Mahpela », écrit l’historien et voyageur juif Benjamin de Tudèle (1130-1173) dans son carnet de voyage. « Un puits se trouve devant la maison, mais par respect envers le patriarche, personne n’est autorisé à construire dans le voisinage. »

Certains considèrent cependant Nimra, un autre quartier de Hébron plus proche du caveau des Patriarches, comme l’emplacement de l’ancien Mamré, du fait de la similarité de leurs noms. Un autre lieu célèbre de Hébron, appelé le Chêne d’Abraham, porte, en hébreu, le nom d’Eshel Avraham. D’aucuns pensent qu’il fait référence à l’arbre, encore visible de nos jours, sous lequel Abraham s’est assis « près des térébinthes de Mamré ».

Aujourd’hui, l’arbre est situé dans la cour du monastère de la Sainte-Trinité de Hébron, construit au XIXe siècle. Cependant, pour Noam Arnon , auteur du livre Hamaara, tagliot vemehkarim bemaarat hamahpéla (La grotte, découvertes et recherches autour du Caveau des patriarches), le site archéologique d’Elonei Mamré est probablement le véritable emplacement de l’arbre qui a captivé l’imagination de nombreuses générations de voyageurs et pèlerins. « L’arbre n’a pas bougé. C’est la tradition qui a évolué. » Les historiens estiment que le site contemporain du Chêne d’Abraham est trop éloigné du Caveau des patriarches pour correspondre aux descriptions.



Selon Meir Dana-Pichard, qui travaille à la Midreshet Hevron, l’arbre était autrefois au centre du culte païen local, mais aujourd’hui tout ce qui subsiste, ce ne sont que des pierres. Ce sont de tels rituels qui ont poussé les rabbins du Talmud à mettre en garde la communauté juive de l’époque contre la fête annuelle qui s’y déroulait. Dans le Talmud de Jérusalem, au traité Avoda Zara, consacré au culte des idoles, Rabbi Yohanan se réfère à l’endroit comme Beit Ilanim ou Botnah, le site de la plus importante des trois foires annuelles.

Le puits d’Abraham

Des fouilles antérieures à Mamré, ont révélé des poteries de l’époque du roi Ezéchias, qui vivait au temps du Premier Temple, et des traces des Hasmonéens, explique Dana-Pichard. L’historiographe juif romain Flavius Josèphe parle du lieu, tout comme l’historien chrétien Jérôme. Ses murs de pierre mesurent environ deux mètres de haut. Fait frappant : une section inférieure du mur arbore la même maçonnerie hérodienne que le mur occidental de Jérusalem et le tombeau des Patriarches à Hébron. Les marges ciselées autour du bloc ont poussé les archéologues à conclure qu’il a été construit par le roi Hérode il y a environ 2 000 ans.

Après l’ère païenne, Constantin y construit une église. La carte de Madaba, qui remonte au VIe siècle, indique l’emplacement de Mamré à côté de ce lieu de culte chrétien. Dana-Pichard explique que les fouilles ont mis au jour les restes d’une église byzantine qui existait sur place et qui a ensuite été détruite pendant la période islamique.
Un des vestiges de Mamré est un grand conduit rond et profond qui ressemble à un puits recouvert d’une grille de fer. Selon Dana-Pichard, il servait à recueillir l’eau de pluie qui pourrait avoir été utilisée lors de rituels religieux. Des historiens ont jadis rapporté avoir vu une structure appelée le puits d’Abraham sur place. Pourrait-il s’agir de celui-ci ?

Les voyages du rabbin Pétahia de Ratisbonne décrit un périple qui s’est déroulé entre 1170 et 1187, et rend compte d’une visite auprès de l’arbre sous lequel les anges se sont reposés, parmi les chênes de Mamré : « Il lui a également montré un bel olivier, fendu en trois, avec une pierre en son centre. La tradition veut que lorsque les anges se sont assis, l’arbre s’est divisé en trois, chacun reposant sous son arbre, mais assis sur la pierre. Les fruits de l’arbre sont très sucrés. Près de l’arbre se trouve le puits de Sarah ; ses eaux sont claires et douces. Près du puits se dresse la tente de Sarah. Près de Mamré, s’étend une plaine, et de l’autre côté, il y a environ 100 coudées entre le puits de Sarah et celui d’Abraham. Son eau est très agréable. Ils lui ont aussi montré une pierre de 28 coudées sur laquelle Abraham, notre père, aurait été circoncis. »

Le marché aux esclaves

Debout au-dessus de la rambarde de fer, près du puits, Arnon montre la route en expliquant que c’est là qu’il avait l’habitude, comme beaucoup d’autres, de prendre le bus pour Kiryat Arba. Bien que le quartier juif voisin se situe seulement à cinq minutes en bus, la grande mosquée construite il y a trois ans et les drapeaux de l’Autorité palestinienne qui flottent dans la brise nocturne donnent l’impression qu’il est beaucoup plus éloigné. Un autre habitant du coin depuis plusieurs décades ajoute qu’il passait ici chaque jour, dans l’attente d’une voiture qui l’emmènerait à Jérusalem. Situé près du « carrefour Glass », ce qui constituait autrefois la route principale menant au quartier juif a subi les effets de l’étalement urbain : l’énorme bâtiment de l’usine de matelas Herbawi d’Hébron domine désormais le site archéologique.

Pendant ce temps, certains visiteurs s’amusent à prendre des selfies avec le puits d’Abraham au premier plan, et, en fond, la nouvelle mosquée imposante avec son minaret affublé d’un néon vert. Arnon déplore le fait que le site ne soit plus ouvert au public tous les jours et espère voir les visites reprendre plus souvent.

Le site a également joué un rôle important lors de la bataille sanglante entre les juifs et les Romains. Tout le monde a entendu parler de Massada, et de l’histoire de Shimon Bar Kohba et de sa révolte contre les Romains. Quand les Romains ont fini par réprimer la rébellion, c’est dans l’ancien Mamré qu’ils ont installé leur marché aux esclaves. « C’est ici qu’après la Grande Révolte, les Romains ont vendu des juifs comme esclaves », explique Meir Dana-Pichard. « Un historien romain a indiqué que le prix d’un esclave juif équivalait à un jour de nourriture pour un cheval, tant leur nombre était important. » « C’est fascinant de penser que nous sommes ici, après 2 000 ans », ajoute-t-il. « A l’époque, nous étions faibles et vaincus, alors qu’aujourd’hui, nous possédons notre propre armée et notre Etat. »

Il conclut par une histoire tirée du Midrash Raba sur la Genèse, selon laquelle Mamré tire son nom d’un ami proche d’Abraham. Lorsque le patriarche reçoit l’ordre divin de se circoncire, c’est à Mamré lui-même qu’il vient demander conseil. Et ce dernier lui répond : c’est le Dieu qui t’a sauvé de la fournaise ardente, de la bataille contre cinq rois, et de la famine. S’il te demande quelque chose, ne pose pas de questions, fais-le. En retour de ce sage conseil, Mamré a mérité qu’une révélation divine ait lieu sur son propre domaine. 

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