Picasso,sous un angle nouveau

L’exposition du Musée d’Israël jette un éclairage différent sur l’évolution personnelle et artistique du maître espagnol

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September 11, 2016 15:55
Minotaure aveugle guidé par une fillette dans la nuit, 1934

Minotaure aveugle guidé par une fillette dans la nuit, 1934. (photo credit: ELIE POSNER)

 
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Ceux qui doutent encore du fait que Pablo Picasso ait été l’un des plus grands génies de son temps doivent se précipiter séance tenante à l’exposition qui se tient actuellement au Musée d’Israël. Là, son œuvre se donne à voir dans toute sa dimension, à la fois extravagante, intrigante, drôle, et sombre aussi parfois. Intitulée Pablo Picasso – Puiser l’inspiration, cette rétrospective offre un angle à la fois frais et fascinant sur l’évolution de l’homme et de l’artiste
.
Une approche originale

En dehors de la Jeune fille à la mandoline, réalisée par Picasso en 1910 à l’âge de 28 ans, les connaisseurs ne retrouveront pas d’œuvres classiques de l’artiste au musée de Jérusalem. L’exposition, essentiellement articulée autour de son travail graphique, débute par une séquence vidéo montrant Picasso dans une alcôve dont les murs sont ornés de ces alambics monochromes caractéristiques de l’artiste, saisis par différents photographes de renom au fil des ans.
Homme de gauche, les convictions du maître espagnol affleurent dans son travail. C’est notamment le cas du superbe Songe et mensonge de Franco réalisé en 1937 à l’apogée de la guerre civile espagnole, qui est aussi la première création à visée politique de Picasso. L’œuvre totalise 18 images réparties sur deux feuilles de papier : la première partie, qui date de janvier 1937, a pour but de fustiger et ridiculiser Franco ; la seconde feuille, réalisée cinq mois plus tard, représente quatre figures féminines symbolisant la douleur engendrée par le conflit. Ce travail est aussi celui qui a inspiré au maître espagnol l’un de ses plus célèbres tableaux, Guernica, qui a vu le jour peu de temps après.

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« Les 300 travaux exposés appartiennent presque tous au musée, à l’exception de quinze œuvres prêtées par trois grands musées étrangers », indique Tanya Sirakovich, la commissaire de l’exposition. « L’idée qui sous-tend la rétrospective est de montrer l’artiste autrement, en suivant la chronologie. La création la plus ancienne date de 1904, la plus récente de 1970. Les travaux présentés vont de la Période bleue jusqu’à la Période rose, du cubisme au surréalisme en passant par le néoclassique. L’autre fil conducteur », poursuit-elle, « se concentre sur les sujets et les motifs que Picasso utilisait régulièrement tels les corridas, les femmes de sa vie ou la figure du Minotaure. On trouve aussi un certain nombre d’œuvres réalisées en atelier à partir de modèles. »

Comme le souligne Tanya Sirakovich, le musée est idéalement doté pour une telle exposition : l’institution culturelle de la capitale possède en effet près de 800 dessins et impressions de Pablo Picasso. Un trésor qui provient en grande partie d’un don de 350 estampes originales de l’artiste en 1970. A l’origine de cette dotation exceptionnelle, George Bloch, bienfaiteur de longue date du maître espagnol. « Ce collectionneur, qui était aussi un grand ami de Picasso, a été à l’origine de son premier catalogue d’estampes », explique la commissaire. L’autre source majeure des travaux exposés au Musée d’Israël est Ambroise Vollard, l’un des plus importants marchands, collectionneurs et éditeurs d’art contemporain français du début du XXe siècle. Celui-ci a soutenu un certain nombre d’artistes, devenus par la suite de véritables icônes, tels Renoir, Cézanne, Gauguin et Picasso. En 1977, une précieuse série de peintures et de dessins de l’artiste espagnol issus de la collection Vollard ont ainsi rejoint le Musée d’Israël, grâce à un don du collectionneur américain Isidore Cohen. Une série d’estampes considérée comme l’une des plus importantes du XXe siècle.

Le prodige allié à l’audace


Il est fascinant de traverser la vie de Picasso et d’observer l’évolution de son travail au fur et à mesure que l’on parcourt les salles. Les premiers travaux issus de la Période bleue témoignent déjà du prodige de l’artiste, mais aussi de son audace. Le repas frugal, une gravure de 1904, en est un bon exemple : cette œuvre, qui fait partie de la suite Saltimbanques, exprime la fascination du jeune Espagnol pour les plus démunis. S’il est difficile de ne pas ressentir d’empathie face à l’homme et à la femme décharnés et visiblement désespérés représentés ici, une certaine froideur transparaît malgré tout dans la description de la réalité ; il faudra attendre la Période rose pour voir s’exprimer la compassion de Picasso qui montre alors une approche plus tendre de ses sujets.
Au-delà de l’œuvre elle-même, on est forcément frappé par l’étonnante faculté de l’artiste à se laisser porter par de nouveaux courants et sa constante progression en terrain inconnu. Picasso est rapidement tombé amoureux de l’art africain qui a semé les premières graines du cubisme. Sa Tête de femme réalisée en 1907, exprime clairement une prédilection pour les formes géométriques, tandis que les incisions caractéristiques de l’art africain se retrouvent à travers les hachures. Nous arrivons ensuite logiquement au cubisme analytique développé par Picasso et Georges Braque entre 1908 et 1910, un procédé révolutionnaire de description de l’espace et des volumes. La Jeune fille à la mandoline est l’une des premières manifestations de cette école, de même que sa version masculine Jeune homme à la mandoline, une création à la mine de plomb.

La composition graphique s’épaissit par la suite avec le cubisme synthétique qui s’exprime dans des œuvres comme Bouteille de basse, verre, journal datant de 1914. Picasso montre ici son goût pour les jeux de mot avec les lettres « Jou » inscrites sur la bouteille, qui font référence à la fois au verbe jouer conjugué, et à l’abréviation du nom du principal quotidien de l’époque Le Journal. Cette réalisation offre également un angle de perspective totalement nouveau, Picasso montrant le goulot de la bouteille de face, sur le même plan que le devant de cette dernière. L’un des motifs favoris de l’artiste espagnol qui se retrouve tout au long de son œuvre est la figure mythologique du minotaure, mi-homme mi-taureau. La créature légendaire atteint son pinacle dans l’estampe de 1935 intitulée La Minotauromachie, qui scelle la rencontre entre le minotaure et l’univers de la corrida. Dans ce travail s’expriment toutes sortes de thèmes et de sensibilités, notamment à travers la figure représentant Marie-Thérèse Walter, maîtresse de Picasso à l’époque, tandis que le minotaure se pose comme l’alter ego de l’artiste.

Entre les peintures à l’huile, les estampes, les travaux à la pointe sèche, les lithographies en couleur et les découpes en lino, on prend conscience à travers cette exposition qu’il n’y a pratiquement aucun style, aucune discipline ni aucun format qui n’ait échappé aux doigts agiles et à l’esprit fertile du maître espagnol. Ce qui demeure peut-être son plus grand tour de force créatif est réservé pour la fin de l’exposition. Cette section nommée Suite 347 correspond au nombre d’assiettes réalisées par Picasso à partir de mars 1968 alors qu’il était âgé de 86 ans, une série achevée en moins de sept mois. Ce travail figuratif chargé d’émotion semble le fait d’un esprit possédé comme l’était sans nul doute celui de l’artiste au crépuscule de son existence. Une création qui avec ses scènes de cirque, de corrida, ses peintres et leurs modèles, ainsi qu’un érotisme délicat, apparaît comme un condensé de l’œuvre de l’auteur aussi bien que de sa vie.




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