Actrice, réalisatrice et scénariste à ses heures, Géraldine Nakache est incontestablement l’une des étoiles montantes du cinéma français. Ses premières heures de gloire, elle les doit au succès de son film aîné Tout ce qui brille, sorti en 2009, trois ans après le début de sa carrière de comédienne. Succès critique et commercial, l’opus sera nommé au César du Meilleur Film 2011 et vaudra le Meilleur Espoir féminin à Leïla Bekhti, qui partage l’affiche avec Nakache. Deux années plus tard, Géraldine signera un nouveau long-métrage, Nous York. L’histoire d’une bande d’amis partis à la découverte de la Grande Pomme qui ne séduira pas autant que son premier opus. Mais le public a une vraie affection pour cette actrice naturelle et pétillante. En 2006, la jeune femme de 26 ans est productrice sur la chaîne Comédie ! après être passée par Canal+. Un hasard de casting et elle se retrouve sur Comme t’y es belle de Lisa Azuelos, en compagnie de Michèle Laroque, Valérie Benguigui et Aure Atika. Le film fera un carton. Depuis, elle a parcouru un long chemin, qui l’a menée jusqu’en Israël. Dans le premier long-métrage de Shirel Amitay, Atlit (nom de travail), Géraldine Nakache incarne Cali, une jeune femme qui revient dans l’Etat hébreu après le décès de sa mère, pour y régler une histoire de succession avec ses deux sœurs. Le film, dont le scénario reste encore jalousement gardé, n’est pas loin du huis-clos. Il se déroule dans la maison maternelle, où une série d’aventures vont mener les trois femmes à se poser bien plus de questions que celles, tristes et classiques, revenant habituellement à la famille d’un défunt. Des comédies pêchues que l’actrice semble particulièrement affectionner, Géraldine Nakache passe donc à un genre différent, un registre qu’elle explore pour la première fois au cinéma, à 33 ans. Celui du drame, de l’introspection profonde, sur le « sujet de la famille et de la place qu’on peut y avoir ». La famille, justement, semble être ce qui tient le plus au cœur de l’actrice… Elle nous a fait partager son univers, le temps d’une brève interview sur le tournage d’Atlit. Une réelle effervescence se dégage du jardin de la maison où sont tournées les dernières scènes du film. Demain, l’équipe aura fait ses malles et tout aura disparu. Pour cet ultime jour de travail en Israël, le temps de l’actrice est compté. Elle arrive, souriante, décontractée, mais pressée. C’est donc seulement à grands traits que nous brosserons son portrait. L’humour en bandoulière De son propre aveu, c’est sa famille qui fait avancer Géraldine Nakache. En rentrant à Paris, jure-t-elle, elle va « casser la gueule à ses neveux et réserver le même traitement à son père pour son anniversaire ». Devant notre air incertain, l’actrice s’empresse de préciser : « casser la gueule de joie, bien sûr ». Paris ne lui manque pas, mais ses proches beaucoup. Elle le dit à sa manière, avec l’humour familial : « A la maison, nous sommes très pudiques. L’humour nous a toujours permis de dire les choses. C’est notre bouclier depuis que je suis petite. » Un humour qui a porté ses fruits puisqu’en plus de Géraldine, la famille Nakache a aussi donné naissance à Olivier, connu pour avoir cosigné Intouchables avec Eric Toledano, un film qui a fait plus de 50 millions d’entrées dans le monde… Une joyeuse tribu juive d’où la comédienne tire sa force, donc, sans pour autant que ces racines l’attachent particulièrement à l’Etat hébreu. « Bien sûr que j’ai un lien avec Israël, je suis juive, mais ce pays n’est pas dans mon histoire proche. Je suis venue quelques fois pour des événements familiaux, jamais seule… » Elle qui se dit désormais « addict au houmous » évite ainsi de se prononcer sur des sujets d’actualité, le rapport à l’Etat hébreu et autres questions politiques incontournables. Une attitude que l’on retrouve chez un certain nombre de personnalités juives dans l’Hexagone, imprégnées des valeurs de la laïcité républicaine, mais aussi des lois non écrites de l’industrie show-biz où l’identité communautaire reste à manier avec des pincettes. Même si elle admet : « Jouer en Israël m’influence naturellement. Je pose mes yeux partout et c’est particulier de changer de culture. » Avant d’ajouter : « D’ailleurs, j’ai dorénavant une bonne raison pour revenir : les gens que j’aime. J’ai fait de magnifiques rencontres, dont mes deux sœurs dans le film qui sont devenues comme mes vraies sœurs », confie-t-elle. L’affect et la fraternité, encore. Décidément, Géraldine Nakache est une instinctive. D’ailleurs, en s’entendant dire qu’elle est devenue une référence, en particulier pour les jeunes, elle répond, gênée : « Merci, mais je ne crois pas ». Réfutant le statut, elle balaye également de la main l’idée d’un parcours : « Mais qui pense à une carrière en 2013 ? Personne ! Tout peut s’arrêter du jour au lendemain… » Et de continuer, très génération Y : « Moi, j’ai simplement envie d’être heureuse. J’ai de la chance, je peux choisir ce à quoi je donne mon temps. C’est un vrai luxe. Et l’amour gratuit que tu reçois des gens dans la rue est extraordinaire… Rien ne vaut les rencontres et les amitiés. » Enfin, conclut-elle, « l’important, c’est de continuer à fabriquer tant que tu as des trucs à dire ». « Fabriquer », dans son cas, c’est se mettre à l’écriture d’un nouveau scénario, dès l’année prochaine. Voilà un an qu’elle « fait l’actrice sans avoir écrit que déjà l’envie revient au galop ». « Actrice et réalisatrice, ce n’est pas du tout le même boulot, ça me plaît d’être devant les caméras, mais ça me donne encore plus envie de retourner derrière, d’écrire », décrypte-t-elle. Une inspiration qu’elle a aussi puisée chez la réalisatrice d’Atlit, Shirel Amitay. « C’est une bord-génie », s’enthousiasme-t-elle. Sur quel sujet se focalisera cette fois-ci son concentré de joie de vivre ? Parions que ce ne sera pas (encore ?) sur ses racines. Quand on l’interroge une dernière fois sur Leila Behkti, sa collègue et meilleure amie d’origine algérienne ou encore son ex-mari réunionnais catholique, l’animateur et humoriste Manu Payet, elle ne cache pas son agacement. « Le jour où l’on ne se posera plus la question de savoir d’où la personne vient, on aura peut-être moins de tensions au Proche-Orient », tranche-t-elle. Géraldine Nakache, ou l’humain avant tout. © Jerusalem Post Edition Française – Reproduction interdite