‘Comprendre les enfants de l’intérieur”. Janus Korczak a tenté de véhiculer cette idée tout au long de sa vie. De son vrai nom Henryk Goldszmit, Korczak est un pédagogue et écrivain respecté en cette Pologne du début du XXe siècle. Né en 1878 à Varsovie au sein d’une famille juive de classe moyenne, il ne prend conscience de sa religion qu’à l’âge de 7/8 ans. Son canari vient de passer de vie à trépas. Comme beaucoup d’enfants, il désire l’enterrer. Ses parents ne lui ont pas vraiment inculqué d’éducation religieuse. Dans une boîte à chaussures, il enterre l’oiseau, puis dépose une croix dessus. Les réprimandes pleuvent et le jeune garçon apprend alors qu’il est juif. Au fil du temps, il va découvrir ce que cela signifie. Toutefois, il ne parlera jamais yiddish ni hébreu, mais simplement polonais.A l’université, il étudie la médecine. Au cours de son cursus, il a l’occasion de travailler avec les plus petits en milieu hospitalier. Sa vocation se révèle peu à peu. Il est bon observateur et désire comprendre les enfants. Très tôt, il intègre qu’ils ont besoin de pouvoir s’identifier, savoir qui ils sont. Janus Korczak commence alors à rédiger des articles sur le sujet dans des magazines polonais et opte pour le patronyme sous lequel il sera connu. En 1904-1905, il sert comme médecin militaire lors de la guerre russo-japonaise. Dans le cadre d’une mission, il doit s’occuper d’enfants victimes de guerre en Mongolie. Et sera profondément marqué par les mauvais traitements qui leur sont infligés. De retour en Europe, le choix est fait : Korczak se spécialise en pédiatrie. A l’université, il rencontre une jeune femme, Stefa Vilczynska (1886-1942), dont il sera très proche sur la manière d’aborder les enfants, de les éduquer, de les comprendre. Les deux étudiants aspirent à instaurer une réelle égalité entre adultes et enfants, car ils considèrent que les anciens ne sont pas supérieurs aux plus jeunes. C’est en 1912 que Korczak fonde son premier orphelinat au 92 de la rue Krochmalna à Varsovie : Dom Sierot (la maison des orphelins) accueille des enfants juifs polonais. Un orphelinat existait auparavant mais c’était un endroit sombre peu apprécié par ses occupants. Progressivement, Korczak et Vilczynska organisent un lieu réellement démocratique où même la parité est respectée : 56 filles, 54 garçons. Un système d’entraide s’installe entre les pensionnaires. Les plus âgés s’occupent des plus jeunes. Leur inculquent les règles de politesse et de savoir-vivre en communauté. Quelques années plus tard, en 1918, Korczak ouvre un second établissement à destination, cette fois, des enfants polonais, chrétiens. “Notre foyer”. Il est dirigé en collaboration avec Marina Falska. “Comment aimer un enfant” Le jeune pédagogue a découvert une manière d’aborder les enfants, et tient à la démocratiser. Alors qu’il s’est engagé dans le conflit de la Première Guerre mondiale, il rédige au front “Comment aimer un enfant”. Son objectif n’est pas de montrer aux parents la manière d’élever leur progéniture, mais comment les aimer. Il s’agit de considérer, respecter l’enfant comme une personne à part entière. A deux reprises (1934 et 1936) Korczak se rend en Israël. Il y rejoint Stefa, qui a gardé des liens avec une de leurs anciennes pensionnaires, installée dans le kibboutz Ein Harod. Ces voyages lui permettent de comprendre le peuple juif. Il rencontre également de nombreux pédagogues et fait partager ses idées. En visionnaire, il demande à Stefa de rentrer avec lui en Pologne. Il sent l’approche de la guerre. En 1940, l’orphelinat dirigé par Janus Korczak s’installe dans le ghetto de Varsovie. Les deux années qui vont suivre seront très dures. Korczak lutte pour fournir de la nourriture aux 200 enfants qu’il accueille. Mais surtout, une des préoccupations majeures est de préserver leur dignité. Les conditions de vie dans le ghetto sont effroyables, encore plus pour les orphelins. Les enfants trouvent en l’établissement de Korczak un souffle nouveau. Korczak et Stefa Vilczynska y développent leur pédagogie. Les journées commencent tôt, dès 6h. L’hygiène de vie est importante. Après la douche et les exercices de gymnastique, les bambins se dirigent vers le réfectoire puis se préparent à la journée de classe. De nombreuses activités sont organisées dans l’établissement. Notamment des pièces de théâtre. Fidèle au précepte de démocratie pour tous, l’orphelinat est la “République des enfants”. Tous sont égaux et tous doivent se comporter correctement. Un système très innovant est mis en place : le Tribunal. Trois pensionnaires les plus sages, ainsi que Stefa, sont les juges. Et passent en revue ceux qui ont eu un mauvais comportement, ou n’ont pas respecté les règles de la vie en communauté. Tous peuvent y être confrontés. Korczak luimême y a été jugé à trois reprises. L’importance de l’égalité entre tous est une valeur essentielle pour le pédagogue. Mais la réalité va brusquement les rattraper. Malgré tous les efforts de résistance, des rafles d’enfants ont lieu dans le ghetto. Le 5 août 1942, Korczak et les 200 jeunes dont il a la charge, ainsi que les éducateurs, sont déportés vers le camp d’extermination de Treblinka, où ils seront exterminés. Conscient qu’il se dirigeait vers la mort, Korczak, qui aurait pu être épargné, s’est délibérément joint à ses protégés dans leur dernière marche, vers l’enfer. Rester avec les enfants, jusqu’au bout. Lorsqu’il est conduit vers son funeste destin, Korczak a déjà 62 ans. Très renommé dans le milieu de la pédagogie, il fait figure de référence. Sa bravoure à ne pas abandonner les enfants, même face à la mort, lui vaudra la reconnaissance de tous.